Psauiae cm
DE L’ORIENT
des formules dispensant de la prière. Les rapports directs, personnels entre le ciel et la terre sont rétablis.
Mais le ciel n’existe pas pour les Juifs ! Le seul peuple qui ait cru au Dieu vivant est le seul, ou peu s’en faut, qui n’ait pas cru à une autre vie! Ces Israélites qui prient, qui implorent le pardon de leurs péchés, qui font appel au berger divin dont le bâton et la houlette consolent dans la vallée de l’ombre de la mort, iis savent très-bien que la mort est l’anéantissement!
Je ne voudrais pas réfuter sérieusement ce qui n’est pas sérieux. Comment s’y prend-on pour croire en Dieu et croire au néant? Je l’ignore. Je ne suis même pas bien sûr que l’homme parvienne à supprimer jamais la conscience de son immortalité. Notre long voyage en Asie le prouverait au besoin. Il n’est pas jusqu’aux bouddhistes affamés de non-être qui ne témoignent par leur doctrine entière de la difficulté d’y parvenir; jamais ils ne réussissent à faire de leur Nirvana un néant absolu.
Pour comprendre l’Ancien Testament, il faut se rappeler que la révélation est progressive ; toutes les vérités n’ont pas été dévoilées à la fois. Le Dieu qui a toléré plusieurs usages des Israélites, le divorce entre autres, « à cause de la dureté de leurs cœurs, » n’a pas jugé bon dans sa sagesse d’éclairer dès le premier jour d’un vif éclat certaines doctrines qui auraient pu être mal comprises. Qu’avait produit chez les anciens peuples l’idée confuse d’immortalité? Ici, la perte dans le Grand Tout; ailleurs, la métempsycose; ailleurs encore, ces champs Élysées et ces enfers dont fa description avait amusé quelques poètes sans remffer une seule conscience.
LA JUDÉE
L’Ancien Testament, que les apôtres comparent à une faible lampe brillant dans un lieu obscur, n’a donné sur la vie à venir qu’un commencement de révélation. Il a montré les morts retenus dans le Shéol, en attendant le Rédempteur.
Le Shéol est un lieu de silence, d’attente et d’inaction. — Là, qui célébrera Dieu? Qui annoncera sa bonté 1 ?
Mais entre cette inaction momentanée du Shéol et l’anéantissement la distance est grande, on en conviendra. L’anéantissement est nié d’un bout à l’autre de l’Ancien Testament. — Qu’est-ce que l’ascension d’Hénoch quand « Dieu le prit? » Qu’est-ce qu’Élie montant aux cieux dans un tourbillon? Lorsqu’Élisée criait : « Mon père, chariots d’Israël et sa cavalerie, » pensait-il que Dieu venait d’accorder à Élie, comme à Hénoch, la grâce de les anéantir?
Et ce cri : « Que je meure de la mort des justes et que ma fin soit semblable à la leur! » Que renferme-t-il? En quoi la mort des justes est-elle donc souhaitable? Néant pour néant, en quoi celui d’Esaïe vaut-il mieux que celui de Jézabel?
Quelle est la perspective qui relève Job2, à l’heure de ses plus cruelles angoisses? — « Lorsqu’après ma peau ceci aura été rongé, je verrai Dieu de ma chair. Je le verrai moi-même ; mes yeux le verront. »
Plusieurs siècles après, Ésaïe écrivait à son tour : « Tes morts vivront; même mon corps mort vivra. Ils
1. Psaumes vi et lxxxviii; Êsaîe, xxxviu. Voir aussi /oà, ni, 13 et 14.