L’abaissement légal des femmes romaines n’a pas empêché
DE L’OCCIDENT
II faut voir de quel ton les Romains de la vieille roche parlent de ces êtres inférieurs ! L’histoire a conservé les invectives de Caton le censeur : « Donnez un frein à leur nature qui n’est jamais maîtresse d’elle-même et à l’animal indompté. »
Les dépravations gigantesques de Rome ne sont que trop naturellement sorties de ce régime du mépris. La famille romaine, qui avait commencé par avoir des matrones et qui n’avait pu s’empêcher de les honorer tout en maintenant leur humiliante minorité, aboutit à la dissolution que chacun sait. Les divorces se firent nombreux ; ils créèrent à Rome une polygamie aussi réelle et plus scandaleuse que celle de l’Orient. Mécène, qui eut du moins le mérite de reprendre toujours la même femme, la répudia une dizaine de fois. L’honnête Cicéron fit deux fois divorce.
C’est à lui, n’est-ce pas, qu’on s’adresserait volontiers pour découvrir cette famille modèle que Rome, dit-on, a eu la gloire de fonder. Or l’auteur du traité des devoirs ne s’est pas contenté de renvoyer ses deux femmes et de marier à treize ans sa fille chérie, il a adopté, ou peu s’en faut, la doctrine stoïcienne qui défend de pleurer les morts. Si Marc-Aurèle se moque froide-
lcur valeur morale et intellectuelle de se produire maintes fois. Est-il bien nécessaire de rappeler ce que chacun sait, les grands noms qu’elles ont comptés dans l’histoire politique de Rome et jusque dans son histoire littéraire? — Sous ce dernier rapport, citons d’abord la mère des Gracques « qui a nourri de ses discours autant que de son lait les enfants qui faisaient sa gloire, » ensuite sa petite-fille Liliaet les deux filles de celle-ci. — Hommes et femmes, dans ces illustres maisons, concourent également à leur grandeur.
ROME
ment du père qui redemande aux dieux ses enfants et le compare à un paysan qui chercherait des fruits sur un figuier pendant l’hiver, Cicéron s’excuse presque 1 d’avoir écrit son livre de la consolation et de n’être pas demeuré impassible quand sa fille lui était ravie par la mort : « Il est vrai, dit-il, que je n’étais pas un sage. »
Ne l’oublions jamais, chez les Grecs et chez les Romains, chez les Romains surtout, la vie publique absorbe l’homme entier. A côté de ces maisons si bien closes et si bien tournées en dedans qui semblent faites pour le bonheur domestique, j’aperçois le forum. Là est le centre des occupations et des préoccupations.
Chaque Romain, Cicéron le premier, ne pense qu’au forum; il se hâte de quitter son logis réservé aux femmes; il va trouver les hommes, ses seuls semblables, ses seuls égaux, sur le théâtre de leur lutte commune. Cicéron admet que nos parents et nos enfants nous soient chers, mais il ajoute vite que tous ces amours sont contenus dans l’amour de la patrie. Chez ce peuple politique de Rome, les passions politiques sont les grandes passions, les devoirs politiques sont les grands devoirs, et, par une conséquence inévitable, les libertés politiques sont les grandes libertés, que dis-je? les libertés uniques.
Quiconque a une âme indépendante sait qu’on est rudement esclave quand on ne possède que ces libertés-là.
Esclave! ce seul mot réveille tout un sombre côté de