CHAPITRE VIII
JLES AFFECTIONS ÉTERNELLES
Les affections qui nous rendent libres sont celles qui ont le sceau de l'éternité. Par elle-même d'ailleurs et indépendamment des affections, l'éternité est nécessaire à la liberté. L'histoire nous l'a déjà dit; examinons de nouveau ce point essentiel en interrogeant notre cœur.
Essayons un moment de nous placer en face de la vie, de ses joies, de ses douleurs et de ses devoirs, en supposant que la mort termine tout. Essayons, ai-je dit! Il n'est pas prouvé qu'on n'y parvienne jamais. Rappelez-vous les dantonistes mourant : pas la moindre idée d'une vie future, la soif du néant et du repos par le néant ; la seule immortalité qu'entrevoient ces hommes à la veille de Téchafaud, c'est celle qu'on trouve « au panthéon de l'histoire. »
Ceci est une énormité, je le sais, dans une époque de vertige, une exception dans une exception. Les disciples de Rousseau, qui sont alors la nation presque entière, protestent tous à l'envi , constituants , girondins, et Robespierre lui-même. Il y a au fond de cette génération de 89, dont les égarements ne doivent pas nous faire oublier la grandeur, une sorte de déisme
vague mais persistant, une foi réelle à l'autre vie. Y croit-on aussi généralement aujourd'hui ? Je n'oserais pas l'affirmer. Le positivisme, qui est la forme nouvelle du doute, ne ménage pas plus la profession de foi du vicaire savoyard que le symbole des apôtres. La nuit se fait donc complète dans beaucoup d'âmes: Beaucoup s'enferment dans les choses visibles et ne daignent pas même s'occuper de l'au-delà. Il nous est permis d'envier sous ce rapport les siècles
Où la vie était jeune, où la mort espérait.
Quand la mort n'espère plus, la vie se décolore étrangement. Qu'est-elle, la vie présente, sans la vie future? Une énigme? une ironie? Je ne sais. Toujours est-il qu'elle n'est point une école d'indépendance. Sur quoi m'appuierai-je pour résister au mal, c'est-à-dire à la servitude, s'il n'y a pas d'éternité? — Sur la foi en Dieu? Mais le Dieu vivant et la vie future disparaissent ensemble. — Sur la foi à la justice? Mais l'injustice règne ici-bas et les réparations sont impossibles, puisque la tombe achève tout. — Sur les tendresses? Mais que sont-elles, ces affections viagères ! — Sur les espérances? Mais l'air nous manque pour espérer comme pour respirer; ni les vastes horizons, ni les grands espoirs, ni les beaux progrès, ni les développements infinis ne peuvent tenir dans l'étroit espace de la vie. L'infini, qui est dans notre cœur, se heurte contre le fini qui nous enveloppe et nous étouffe. Ce n'est pas la peine de vivre, d'agir, d'être libres. Esclaves, faisons notre métier d'esclaves ; travaillons sous le fouet de la nécessité; allons à notre fin.
Il importe de signaler ici une erreur : nous nous imaginons très-souvent que l'indépendance consiste à ne pas craindre la mort. Je sais telle façon de craindre la mort, de frémir du moins à la pensée de notre entrée au sein des choses éternelles et définitives, qui est une des manifestations les plus éclatantes delà vie morale et de l'énergie pour le bien. Je sais telle façon de ne pas craindre la mort qui est une preuve d'engourdissement et de défaillance. L'insensibilité, l'habitude, l'oubli ou le dédain de l'invisible peuvent nous rendre indifférents à la mort.
Ce que j'admire chez les stoïciens, ce n'est pas cette indifférence à mourir que plus d'un épicurien .a possédée aussi bien qu'eux. En fait de suicide, Pétrone se montre aussi ferme qu'un disciple du Portique. Ouvrez Tacite, vous verrez défiler cette série de mourants qui ne sont pas tous des héros. — Thraséas sort fièrement du sénat pour ne pas entendre Sénèque qui va lire l'apologie de l'assassinat d'Agrippine; condamné, il s'ouvre les veines, ainsi que sa femme et sa fille. Vient le tour de Sénèque; il entre dans le bain fatal, non moins tranquille, non moins résolu. Un peu plus tard, Pétrone, je l'ai dit, reçoit sans sourciller le même ordre de mourir ; le débauché, l'auteur des écrits infâmes, le directeur des plaisirs de Néron, se montre en cette circonstance l'égal des honnêtes gens.
Serait-ce donc qu'alors à Rome, quand se fondait le plus effroyable despotisme qui ait pesé sur l'humanité, l'indépendance courût les rues? Hélas, non, il y avait de ladocilité jusquedans le suicide, et plus d'un consacrait son dernier quart d'heure à tester en faveur de César.
Le lecteur sait que je ne marchande pas aux stoïciens ii. 21
les éloges qui leur sont dus. Mais ce n'est point à cause de leur dédain pour la vie que d'autres possédaient aussi bien qu'eux ; c'est à cause de leur notion du devoir. Voilà ce qui a créé parmi eux des âmes libres. Elles l'eussent été bien autrement, si elles n'avaient été pétries de dureté et d'orgueil. L'indépendance incomplète, que nous nous créons en mutilant notre nature et en rétrécissant notre vie, ressemble par bien des côtés à l'esclavage. Le sage du stoïcisme, dont la vertu aristocratique et inaccessible au vulgaire repose sur le retranchement des affections, qui se croit libre parce qu'il n'aime pas et ne désire pas, ce sage qui nie la douleur après avoir nié la tendresse et qui habite une région supérieure, la région glacée et sereine, les templa serena où rien d'humain ne peut entrer, ce sage que préoccupe surtout le devoir envers lui-même, ce sage qui est son propre Dieu et qui n'en connaît pas d'autre, puisque le dieu répandu partout n'est que le règne des lois immuables, ce sage vous sembie-t-i bien libre? Je le vois courbé sous la main de fer de son orgueil. II est esclave, car il n'ose aimer; il est esclave, car il n'ose espérer. Son cachot, un des plus étroits qui se soient construits sur notre terre, a été éclairé, voilà sa gloire, par un noble reflet de devoir ; c'est un cachot lumineux, mais c'est un cachot.
Si la mort insouciante était un indice de liberté, il faudrait mettre à côté des pauvres âmes héroïques du stoïcisme les Gaulois intrépides et vantards qui se tuaient par passe-temps, par gageure, pour faire de l'effet. Il faudrait mettre au-dessus de tous les hommes les Peaux-rouges qui acceptent et infligent les tortures avec un égal sang-froid, les Mexicains qui vont gaiement
à la potence, pourvu qu'on leur donne un cigare et qu'on ne les tourne pas du côté du soleil. L'habitude, l'abrutissement même, deviendraient les agents les plus efficaces de notre affranchissement moral ; les hideux terrorismes de l'histoire seraient des époques de liberté.
Sous la terreur de Sylla comme sous celle de Tibère, les Romains s'étaient accoutumés à la mort. Sous la terreur de 93, nos pères s'y étaient accoutumés de même : riches et pauvres, hommes et femmes, royalistes et républicains, bourreaux et victimes, tous montaient du même air dans la charrette. Et ce n'était pas une comédie, une indifférence de parade ; réellement, on s'y était fait. Il y en avait qui souffraient plus, qui regrettaient plus, qui espéraient plus aussi; il y en avait qui goûtaient les douceurs et les amertumes de la véritable liberté ; mais les autres ne se montraient pas moins braves, et c'est là le point que je tenais à signaler.
L'accoutumance, pour employer un vieux mot qu'il vaudrait la peine de rajeunir, accomplit en nous une œuvre qui n'est pas toujours une œuvre de liberté. Pourquoi les paysans sont-ils moins troublés que nous par une grêle, par une gelée qui anéantit le fruit de leur travail? Parce qu'ils vivent chaque jour de leur vie en présence de ces périls. Pourquoi les marins dormentils au bruit de la tempête? Parce qu'ils Pont entendu cent et cent fois. Pourquoi les soldats, au bout d'une rude campagne, acceptent-ils avec si peu- d'émotion la chance de mourir? Parce qu'ils ont vécu au milieu des scènes de sang, parce que leurs camarades sont tombés à leur droite et à leur gauche, parce qu'ils ont vu des champs de bataille et des ambulances.
Et ce que l'habitude fait, l'hébétement moral le fait
pareillement. On en vient à ne plus craindre la mort, par cela même qu'on* met en oubli son âme, Dieu et l'éternité. La mort alors, réduite au fait brutal de la cessation de la vie, perd ses terreurs en perdant sa solennité. Souffrir le moins possible et en finir le plus tôt possible, voilà le seul désir qui, dans cet affreux état moral, puisse nous émouvoir. On meurt alors avec le calme des brutes.
J'hésite d'autant moins à caractériser ceci sévèrement, que j'ai connu par expérience cette légèreté-là. Qu'il me soit permis de citer un des grands faits, un des événements de ma jeunesse; je le raconte sans scrupule, car il n'a rien en soi d'héroïque ou d'extraordinaire. — Un jour, M. Thiers me fit venir au ministère de l'intérieur et m'annonça que, le télégraphe étant brisé partout et le gouvernement n'étant plus renseigné sur l'insurrection de Lyon et sur la situation de plusieurs départements, il avait pensé à moi pour me charger d'une mission. Il s'agissait d'aller à Lyon, en courant la poste jour et nuit, en voyant tous les préfets sur ma route, en expédiant des estafettes à Paris et en traversant au besoin les localités soulevées. Je fis ce que chacun aurait fait à ma place, ce n'est pas là ce qui vaut la peine d'être remarqué; ce que je remarque, c'est que je n'envisageai pas un seul instant par leur côté solennel les périls que j'allais naturellement affronter. Je savais que, si je trouvais devant moi une contrée en insurrection, si je poursuivais mon voyage coûte que coûte, comme ce serait mon devoir , si j'étais arrêté , et si mon nom venait à être découvert , le fils du préfet de Lyon aurait peu de chances d'être épargné. Eh bien, aucune pensée sé-
rieuse n'aborda mon cœur, ni quand je montai dans la chaise de poste du ministère, ni quand j'y plaçai mes pistolets à portée de ma main, ni quand la pauvre voiture se brisa au bout de quelques lieues par l'effet d'une course à perdre haleine , ni quand je continuai mon voyage sur des charrettes lancées au galop, ni quand je rencontrai dans les plaines couvertes de neige les régiments qui se hâtaient, eux aussi, mais que je devançais de bien loin. En fait, le danger fut nul; les préfets que je réveillais pendant la nuit ne m'annonçaient rien de sinistre; je ne vis partout que des figures bienveillantes, et je ne rencontrai que des marques de bonté. Quand j'arrivai à Lyon, la lutte était presque finie, et l'on n'entendait plus que de rares coups de feu. J'avais fait un voyage original, pittoresque, voilà la seule impression qui me fût restée; avant, pendant, après, aucune idée grave ne m'avait traversé l'esprit. J'y ai souvent réfléchi depuis lors, et je me suis dit que l'acceptation indifférente d'une chance de mort n'est certes pas de l'indépendance morale.
Il existe heureusement une autre manière de ne pas craindre la mort. Il est des hommes qui, sans se cuirasser d'insensibilité comme les stoïques, ou d'égoïsme comme les épicuriens, ou de légèreté insouciante comme tant d'autres, le cœur bien vivant, l'âme bien éveillée, pensant à la mort, la regardant en face et la prenant au grand sérieux, arrivent à ne pas la redouter. Ceux-là sont libres, libres et heureux; ils planent au-dessus des misères de la vie et s'emparent déjà de l'éternité.
Mais il ne suffit pas pour cela d'avoir une croyance
quelconque à la vie future. Il est telle façon d'y croire qui , loin d'éveiller en nous le sentiment de notre responsabilité , contribue à l'endormir. En fait de soporifiques, je ne connais rien de plus sûr que certaine immortalité sans rapport avec notre état moral , certaine béatitude où Ton entre de plain-pied quel qu'on soit, par le seul effet de la destruction du corps. Vous vous souvenez peut-être d'un vers célèbre au siècle dernier, de l'apostrophe adressée aux méchants :
Tremblez, vous êtes immortels !
Aujourd'hui, un autre poëte a célébré, sous une forme merveilleuse, une doctrine bien différente et bien plus commode. Écoutez ces strophes qu'on ne se lasse pas de relire :
Créature d'un jour, qui t'agites une heure, De quoi viens-tu te plaindre, et qui te fait gémir? Ton âme t'inquiète, et tu crois qu'elle pleure; Ton âme est immortelle, et ses pleurs vont tarir.
Le regret d'un instant te trouble et te dévore; Tu dis que le passé te voile l'avenir : Ne te plains pas d'hier; laisse venir l'aurore; Ton âme est immortelle, et le temps va s'enfuir.
Ton corps est abattu du mal de la pensée; Tu sens ton front peser et tes genoux fléchir. Tombe, agenouille-toi, créature insensée : Ton âme est immortelle, et la mort va venir.
J'ose à peine dire que c'est un chant de sirène, tant je suis touché de l'accent sérieux, tant je devine là une
douleur vraie et des besoins profonds. Mais quelle illusion malsaine! Tous les ressorts de la moralité se détendraient en nous, si nous parvenions à nous rassurer par cette parole : « La mort va venir. »
Oui, elle vient, auguste, solennelle. Elle n'est pas une transformation magique , un coup de théâtre : celui qui meurt, c'est celui qui a vécu ; celui qui entre dans l'éternité, c'est celui qui a marché sur la terre, qui y a choisi sa route, qui a mis son trésor en haut ou en bas, qui a donné son cœur à quelque chose. Nous deviendrions les plus lâches des esclaves, le jour où nous appliquerions à l'éternité , et par conséquent à l'existence actuelle, le système qui confond le bien et le mal. Quelle folie de veiller sur son âme, de discipliner ses sentiments, de lutter contre ses vices, de servir la vérité, de s'attacher au devoir! Non-seulement il n'y a pas de profit à faire (je ne me place pas sur ce terrain), mais tout cela est néant en soi, car le grand niveau va passer sur les devoirs, sur les vérités, sur les vices et sur les vertus, l'égalité par la mort va réduire à leur juste valeur les inégalités morales que notre sottise avait inventées. Réjouis-toi, débauché; réjouis-toi, despote; réjouis-toi, égoïste, « ton âme est immortelle et la mort va venir. »
L'éternité qui nous affranchit est celle qui nous sanctifie ; la moralité et la liberté ne se séparent pas. L'éternité m'enseigne mieux que quoi que ce soit au monde le sens élevé de ma destinée : j'ai à prendre ici-bas des déterminations éternelles, j'ai à commencer sur la terre ce qui se prolongera ailleurs; mes pensées, mes actes ont une portée incalculable; ma responsabilité est
immense. Je suis éternel, une grâce éternelle m'est offerte , je prononcerai à son sujet un oui ou un non éternel. 11 s'agit d'ouvrir et de donner mon cœur, d'aimer, de travailler, de combattre, d'avancer, de monter. Plus de hasard , plus de fautes indifférentes , plus de vérités sans conséquence, l'éducation virile de l'homme libre s'accomplira , car tout est grave dans la vie , tout met la conscience en jeu, tout est éternel.
Nos tendresses sont éternelles , et par cela seul elles sont transformées. Comme elles contribuent pour leur part à nous affranchir! Je sais que je retrouverai làhaut pour ne plus les quitter ces bien-aimés avec lesquels je chemine ici-bas. Le Dieu d'amour et de pardon que nous essayons de servir ensemble a mis le sceau de l'éternité sur notre affection. L'oubli n'est pas- la condition du bonheur à venir, le Léthé ne coule pas à l'entrée du ciel; il n'y aura ni absorption, ni mutilation; la grande égalité du ciel ne sera pas fondée sur le dépouillement de ceux qui ont, mais sur l'enrichissement de ceux qui n'ont pas ; Dieu a de quoi donner à tous. Quels que soient les mystères devant lesquels nous devons nous incliner en mettant la main sur nos bouches, ceci est plus clair que la lumière du jour; nous entrerons dans l'éternité avec nos tendresses, car nous y entrerons avec notre cœur.
Je ne passe jamais à côté de cette vérité sans y insister avec force, car elle est capitale. Voyez en particulier comment notre indépendance se rattache à l'éternité de nos affections :
On s'aime d'autre sorte, quand on s'aime pour l'éternité. On s'entr'aide , on se fortifie réciproquement. On ne se sent plus le droit de ménager aucune faiblesse et
de faire grâce à aucune lâcheté; il faut qu'on se mette ensemble à l'accomplissement du devoir. L'affection éternelle ne fait pas seulement le sérieux des relations, elle en fait l'excellence, le charme, le rayonnement, la liberté. Les petites considérations, quelles qu'elles soient, s'effacent devant la grandeur du but à atteindre.
Les grands buts enfantent les nobles vies. Grâce aux affections éternelles, nous contractons les habitudes de la demeure d'en haut; la famille éternelle, la morale, éternelle, le droit éternel nous apparaissent dans leur majesté. Nous apprenons à renverser nos idolâtries, c'est-à-dire nos servitudes, à nous établir dans la confiance en Dieu et dans la soumission à Dieu. On n'est bien que là; j'ajoute qu'on n'est libre que là. Tant que des combinaisons, des plans longtemps médités et choyés pèsent sur notre pensée, nous sommes misérables et affaiblis; élevons-nous, et l'obsession cessera. Allons avec nos bien-aimés nous établir dans la maison éternelle ; aussitôt nous sentirons une paix qui est une force descendre au fond de nos cœurs. Nous nous accorderons tous à vouloir ce que Dieu veut.
Le point de vue du ciel est-il celui de la vraie et complète liberté? Demandez à ceux que soutiennent des affections éternelles. Ils vous diront qu'ils sont libres, parce que tous leurs trésors sont en sûreté. Il leur semble, en vérité, qu'ils consultent encore chaque jour ceux qui les ont quittés, qu'ils sont encore ensemble, qu'ils prennent ensemble leurs décisions, dans une région où n'atteignent guère les ambitions et les craintes d'ici-bas.
Les affections éternelles mettent de l'éternité, une éternité tangible en quelque sorte, dans la vie présente.
Elles nous font remonter au-dessus de la sphère où dominent ces maîtres dont nous connaissons la puissance et la dureté, le monde, les opinions régnantes, le qu'en-dira-t-on, les inquiétudes, les découragements, et tant d'autres.
Grâce aux affections éternelles, notre regard se fixe fermement sur l'invisible, nos yeux s'habituent à la lumière du ciel. Et loin de devenir indifférents aux choses de la terre , nous découvrons alors toute leur valeur. Elles ont cela de magnifique qu'elles sont des commencements : pas un acte qui n'ait des conséquences infinies, pas une vérité, pas une erreur dont l'influence ne doive se prolonger au siècle des siècles. Comment donc nous croiserions-nous les bras et nous mettrions-nous en dehors du labeur commun ? A mesure que la maison de là-haut, notre maison, se remplit, à mesure que nous nous habituons à aimer en vue de la vie qui ne finit pas , le ciel prend pour nous une réalité actuelle et effective , notre foi devient une prise de possession , et par conséquent la grande indépendance, celle qui met à leur vraie place les succès et les vanités, s'établit dans notre cœur.