CHAPITRE YI
i/ARABIE, L'ASSYRIE ET LA SYRIE
Notre voyage en Orient serait incomplet si nous ne visitions ces peuples sémitiques qui y ont occupé une grande place. Outre les Hébreux, dont j'aurai à parler plus tard, les Arabes, les Assyriens, les Syriens, les Phéniciens, semblent devoir se ranger dans cette catégorie 1.
En mettant le pied sur le sol de l'Arabie, nous entrons dans un monde nouveau, aussi différent de la Perse que la Perse elle-même diffère de l'Inde ou de la Chine. L'Arabie antique adorait les astres, avant fout le soleil, dieu suprême; puis la lune et les étoiles, dieux subordonnés. Ce peuple vivant au désert, sous le ciel, adressait directement ses hommages aux manifestations les plus éclatantes des forces de la nature. La religion des astres est si bien la sienne, qu'elle a emprunté à l'une de ses principales tribus, les Sabéens, le nom bien connu de sabéisme.
Il y a mieux : l'Arabie, où rien ne change, où le 1. Voir Gnigniaut et Creuzer, Religions de l'antiquité.
Bédouin de nos jours suit encore les mêmes sentiers qu'il suivait au temps de Moïse, a trouvé moyen, en dépit de Mahomet, de conserver quelques traces de ses vieilles croyances nationales. Un voyageur anglais, qui vient d'y faire un vrai voyage de découvertes et de le raconter admirablement \ nous apprend qu'à l'exception des wahabites, qui sont très-musulmans, les Bédouins sont en général restés fidèles au sabéisme. Ils joignent à l'adoration journalière du soleil un culte fétichiste qui s'adresse à divers objets et en particulier aux tombeaux de leurs ancêtres.
Nous sommes donc ici en dehors du polythéisme proprement dit. Non-seulement il n'y a ni images ni idoles, mais le dieu soleil l'emporte tellement, que l'adoration complète ne s'adresse peut-être qu'à lui seul.
Est-ce certain ? Je ne l'examine pas. En tout cas, le fait est moins rare qu'on ne le suppose. La notion du dieu unique, antérieure aux polylhéismes, aux panthéismes, aux fétichismes, et dont on retrouve la trace partout sous la forme d'un être suprême plus ou moins distinct, s'est conservée principalement chez quelques populations errantes et isolées. Ce qui est faux quand il s'agit des sémites en général peut être vrai quand il s'agit de certaines portions du désert arabe. Au fond d'un autre désert, d'autres tribus nomades, les Peaux- Rouges d'Amérique, n'ont d'autre divinité que le Grand Esprit. Mais quel rapport y a-t-il entre le- Grand Esprit et le Dieu personnel, libre, créateur et père?
Il est nécessaire d'insister sur ce point parce qu'on