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LA SOCIÉTÉ ANTIQUE SE TRANSFORME

tuel qu'il réalise en dépit de tout, je reconnaîtrais sa puissance à la secousse victorieuse qui partout vient de briser les fers des esclaves.

Remarquez que les pays musulmans restent en arrière des pays chrétiens, que parmi les pays chrétiens ce sont les plus chrétiens qui agissent les premiers, et que dans ces pays c'est l'élite chrétienne qui marche en tête du mouvement. On sait d'où est partie cette abolition anglaise de la traite et de l'esclavage qui a été le grand exemple et le grand signal.

Une autre application du principe d'égalité mérite d'être signalée auprès de celle-là. Nous avons constaté ce qu'était la situation des femmes non-seulement en Asie, mais chez les Grecs et chez les Romains i. Ici la polygamie, là le divorce avaient abaissé les niveaux; rien d'ailleurs ne pouvait tenir lieu de cette dignité suprême que confèrent l'amour du Père céleste, le rachat par le sang du Fils éternel, le prix infini de l'âme, la foi personnelle, les rapports directs de chaque cœur avec Dieu. L'Évangile vient, et la femme s'élève bientôt du rang indigne que lui assignait le droit romain jusqu'à sa situation légitime. L'homme apprend à respecter cette compagne qui est une sœur ; la mère de famille a sa place à côté du paterfamilias.

Je n'insiste pas sur la portée d'un tel changement; il touche à tout : aux affections, aux droits, aux devoirs,

1. Je parle du fait général, non des exceptions. Le lecteur a vu du reste si j'ai hésité à manifester l'admiration que m'inspirent les nobles matrones de Rome et les héroïnes parfois idéales des poètes grecs.

à la famille et à la société. Le contact des barbares entra sans doute pour quelque chose dans cette transformation providentielle, les lois germaniques aidèrent à améliorer les lois romaines ; néanmoins l'impulsion décisive ne cessa de venir du christianisme.

Beaucoup d'autres progrès, qu'il contenait en germe, sont restés ensevelis pendant des siècles sous les réactions victorieuses du principe païen. La liberté politique, en particulier, s'est dégagée bien lentement. Le moment n'est pas venu d'étudier en détail ce mystérieux travail des siècles, de signaler les obstacles et les secours, de suivre dans leurs rapports intimes les idées et les institutions.

Ce que nous pouvons entrevoir dès à présent, c'est que toutes les vérités se tiennent, que toutes les bonnes causes sont solidaires, et que plus nous étudierons le grand problème de la liberté, plus se dévoilera à nos yeux dans sa beauté le côté humain et libéral de l'Évangile.

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