RÉFLEXIONS SUR CE QUI PRÉCÈDE
Notre revue est terminée; nous avons interrogé les civilisations païennes, et vis-à-vis d'elles nous avons placé la doctrine de Jésus-Christ Entre ces servitudes et cette liberté le contraste est tel, qu'il contient à lui seul la réfutation péremptoire de ceux qui, pour se
1. On s'étonnera peut-être de ce que, présentant rénumération des libertés que renferme l'Évangile, j'ai omis la liberté humaine et la liberté divine. — Elles éclatent l'une et l'autre d'une si éblouissante façon à chaque page de l'Écriture, que je me serais reproché de démontrer l'évidence en essayant de les prouver ici. C'est au point de vue philosophique que les problèmes du libre arbitre et de la liberté en Dieu se posent sérieusement; aussi le retrouverons-nous dans notre prochaine partie.
Autre remarque. — J'ai consulté le Nouveau Testament tel qu'il est, sans débattre sa vérité dogmatique, sans examiner l'authenticité des écrits qui le composent, sans m'occuper non plus de savoir comment l'inspiration s'est conciliée avec la liberté et l'individualité persistantes des auteurs sacrés. En d'autres termes, j'ai pris le fait chrétien, l'événement qui s'est passé an commencement de notre ère, les doctrines qui ont fait invasion alors, la révolution qui s'est incontestablement accomplie. Laissant la théologie et me renfermant dans l'histoire, j'ai mis tout uniment la religion nouvelle en face des civilisations antiques.
débarrasser du christianisme, essayent de changer notre révélation en une continuation.
Une continuation! Et de quoi? — Des panthéismes qui niaient à la fois la personne divine et la personne humaine? Du dualisme persan qui plaçait en dehors de l'âme la lutte du bien et du mal, expliquant le péché par Ahriman ou par la matière et terminant tout par un coup de théâtre qui prend les méchants et en fait des saints? Des métempsycoses qui anéantissaient l'individu? De l'Olympe des Grecs? Du formalisme romain? Du principe païen peut-être et des religions territoriales?
Jésus-Christ a-t-il continué Platon? Ce tressaillement de la conscience qui est la gloire de Socrate, ce dévouement au vrai qui illumine sa noble mort, ces lueurs vacillantes sur Dieu et sur l'immortalité, tout cela estil, je ne dis pas l'Évangile, mais un commencement de l'Évangile? L'immolation systématique de l'homme et de la famille à l'État établirait-elle une parenté spirituelle entre l'auteur de la République et les apôtres?
S'il suffisait de découvrir quelque part un certain nombre de beaux préceptes moraux pour trouver des ancêtres à la révélation chrétienne, je me charge de lui construire une généalogie qui remontera fort haut; nous avons rencontré de beaux préceptes chez les Indiens et chez les Chinois, chez les Persans et chez les Égyptiens, chez les Grecs et chez les Gaulois. Grâce à Dieu, la conscience humaine ne meurt jamais, et, quoi qu'on fasse, elle rend çà et là son témoignage. Reste à savoir si des passages isolés constituent une doctrine, s'il est permis d'écarter les énormités pour ne garder que trois ou quatre mots glanés à grand'-