LA LIBERTÉ INTELLECTUELLE
Ions- je le veux bien, que de la conscience artistique ; au moins faut-il que celle-là se fasse sentir. Qu'elle soit là, je serai presque tranquille. Le beau a en soi une moralité intrinsèque qui tend à le mettre en rapport avec le bon. Le véritable artiste, qui accomplit sérieusement son œuvre, y apporte d'ordinaire un sentiment de devoir qui est une garantie d'indépendance. Quant aux hommes qui n'ont que du talent ou de l'esprit et qui dépensent cela dans la fabrication courante, produisant les articles demandés, je les redoute et je les plains. Aimons l'art, la poésie, Fimagination ; personne n'y est plus disposé que moi. Volontiers je m'écrierais avec le poète :
Qui noas rapportera le bouquet d*Ophélie, De la rive inconnue où les flots Pont porté?
Un peu de folie, soit ; mais point de mécanisme littéraire ; des idées fausses, mais des idées. La forme sans le fond, l'esprit tout sec, le talent qui se meut dans le vide, le règne des phraseurs qui parlent beaucoup et qui n'ont rien à dire, voilà ce qu'il est urgent, indispensable d'écarter, au nom de la dignité même de l'art, au nom de l'indépendance intellectuelle.
Les grandes littératures, celles qui fortifient et qui élèvent, ont toujours eu une conscience. Elles ont eu quelque chose à dire ; elles ont eu en elles pour les soutenir une inspiration désintéressée, patriotisme, enthousiasme, indignation, que sais-je ? peut-être la simple passion de l'idéal. Quand les choses ne se passent plus ainsi, ondéclame, on fait des morceaux à effet comme Sénèque ou des lectures comme Pline le Jeune, l'heure de la
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rhétorique a, sppfté, et <J'Q,i^iiia.ire celle 4^ Tesçjjivagje. n'est pas loin.
Entend,ons-nous bien , je ne prétends pa& soutenir qu'il suflSsç d'avoir quelque cltose à dire pour le biea dire. La conscience est nécessairet mais elle ne soj^Sit pas. Le iiaonde est rempli d'écrivains très^consciencieiw: qui sont en même temps très-médiocres, et ilne manque pas de bons livres aux,q.nels. la bonne littérature ne saurait ouvrir ses rangs.
Qu'est-ce à. dire? Siniplement ceci, qu'il, n'existe aucune recette pour faire de bonnç littérature.. Q^afti à la liberté intellectuelle , que nous, avons^ si^uk W V^y elle se rattache de partout à la liberté morale el i^essemble en cela aux autres libertés. Aucune réforme de surface ne peut donc nous la donner ; W feui que le sentiment du devoir et par conséquent l'indépendance soient dans le cœur. Aussi suis-je loin de souhaiter que nous nous mettions à faire de la littérature vertueuse.. Rien ne serait plus misérable que cette morale de partipris. Cela rappellerait les préraphaélites qui se donnent^ pour mission d'avoir de la naïveté et, de 1^ codeur» ou les romanciers fort peu chrétiens qui se proposent un beau jour d'éprouver et de peindre des émotions religieuses. Romans dévots et tableaux moyen âge manquent également de la qualité première,^ la sincérité, La liberté intellectuelle ne se rencontre pas sur un tel chemin.