‹ La liberté moraleChapitre 42 sur 122 · L'ESPRIT CRITIQUE · texte numérisé non relu

L'ESPRIT CRITIQUE

Je suis loin , très-loin de désespérer. Il n*est nullement prouvé, Dieu merci, que le xix« siècle soit le plus sceptique des siècles. Mais le péril est là. Nous ne le conjurerons pas en fermant les yeux. Il faut le regarder en face et réunir nos forces pour résister. Que les amis de la liberté y prennent garde , si la foi s'en va, leurs chances sont perdues.

Et la foi marche avec l'admiration. Ces grands et nobles esprits naïfs qui croient, cfiï se confient, qui regardent du côté du ciel, ont conservé le privilège d'admirer. Je dirais volontiers de l'admiration ce que j'ai dit de l'espérance : c'est une libératrice. Elle fait entrer la gaie lumière dans nos demeures, dont la critique avait fermé avec soin les portes et les fenêtres. Elle nous élève au-dessus des petites questions et nous dévoile les grandes, qui sont les vraies. Elle ouvre notre âme aux bonnes ambitions ; elle ouvre nos yeux aux vastes perspectives. Elle nous amène la poésie , la vérité, l'idéal, cette vérité par excellence. Elle nous donne le bonheur, l'entrain, la vigueur, l'horreur des choses' basses et serviles. Le don d'admirer, lorsqu'il s'unit au bonheur de croire, transfigure réellement notre vie et nous prépare à notre vocation d'hommes libres.

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