‹ La liberté moraleChapitre 43 sur 122 · ES IDOLES · texte numérisé non relu

ES IDOLES

Bien des routes conduisent à la servitude; je n*at pas la prétention de les indiquer toutes, mais je voudrais au moins nommer les prmcipales. Si nous devenons esdaves, faute de croire, faute d'espérer et d'admirer, faute de vivre en quelque sorte, nous le devenons aussi faute de gouverner nos passions.

Une affection idolâtre nous ôte notre liberté. Elle a pris possession, elle a posé sa main sur nous ; nous voilà incapables de paix, de joie et de force. Nous ne sommes plus maîtres de notre cœur ; nous sommes, à la lettre, possédés.

A notre idole, quelle qu'elle soit, nous immolons tout, en esclaves que nous sommes. J'ai parlé ailleurs de la Recherche de r absolu; ce n'est qu'un exemple entre mille. Qui a une idole a un maître. Qu'il s'agisse de notre vanité, ou de notre intérêt, ou de notre science, ou de notre parti, ou de notre Église, ou de notre bonne causfey ou de notre famille, dès que l'idolâtrie s'en mêle, nous ne nous appartenons plus.

S'appartenir, chose essentielle. Nous ne sommes guère libres, si nous ne le sommes d'abord vis-à-vis

lES IDOLES. S31

ie nomrmêmes, de nos haines et de nos passions. « Celui qui est i&aître de soa coeur Taut mieux que celui qui prend les villes. » Cette parole de la Bible est complétée ailleurs pariiU autre verset : a L'homme qui ne réprime pas ses passions est comme une ville où il y a une brèdie ou qui est sans murailles. »

Oui, Tennenû, le naître, entre là de partout La grande affîitre est de posséder le gouvernement de son âme. Ce n'est pas un homme libre, celui qui s'écrie sans cesse : C'est plus fort que moil Les âmes sans directicHi ne tardent pas à trouver des directeurs qui les mènent où elles ne comptaient pas aller. La passion qui nous a asservis, fût-ce la plus petite en apparence, la passion de collectionner, par exemple, nous trdnera bon gré mal gré dans la boue, dans les envies, dans les pensées hameuses; elle nous rendra fous ou méchants ; elle émoussera peut-être nos instincts de délicatesse et de loyauté *.

On ne m'accusera pas de placer le beau idéal dans la diminution de la vie. Je veux que l'homme soit bien vivant, ardent, passionné ; je ne le veux pas idolâtre, n s'agit pour nous d'être libres, avec un cœur qui bat et une imagination en travail. Au travers des amours, des joies, des douleurs, des repentirs, l'âme indépendante va son chemin; elle tient le gouvernail.

Je n'ai garde de développer. Ceci est un livre où les indications doivent suffire ; chaque chapitre, s'il était traité en détail, exigerait un volume à lui

Page 1