‹ La liberté moraleChapitre 67 sur 122 · DIED · texte numérisé non relu

DIED

Demain appartient à Dieu comme aujourd'hui ; demain comme aujourd'hui il n'arrivera rien «ans sa permission. La sentez-vous inonder votre âme, cette sécurité délicieuse sans laquelle il n'existe pas de onheur? Travailler avec s&urité, aimer avec sécurité, ivre avec sécurité, quelle grâce! Se confier, espérer, iller en avant au nom du Dieu fort, quelle source de liberté!

Lorsque le Jeune aîglon, voyant partir sa mère.

En la suivant des yeux s'avance au bord du nid«

Qui donc lui dit alors qu*il peut quitter la terre

Et sauter dans le ciel déployé devant lui?

Qui donc lui parle bas, l'encourage et l'appene?

n n'a jamais ouvert sa serre ni son aile;

n sait qu'il est aiglon; — le vent passe, il le suit.

Il sait qu'il est aiglon. Sondez cette parole. Savezvous que vous êtes enfant de Dieu? On ne s'élance pas à moins. Quand on le sait, on étend ses ailes ; la conscience de l'amour divin, la certitude du secours divin nous donnent la force de planer par-dessus les petites craintes, les petits intérêts et les petites ambitions de la terre.

Mais la confiance a une compagne, une sœur, dont Tesprit austère nous effraye un peu, la soumission. Ce qu'il y a de plus de difficile, c'est de croire en Dieu jusqu'à dire : a Ta volonté, et non pas la mienne. » Un des hommes libres du xvi® siècle, dont j'admire l'énergie et dont je goûte rarement les vers, Théodore de Bèze, s'écriait un jour :

O Dieu ! si tu ven^i, Je sais que tu peux

Me tirer d'ici.

Mais si pour cette heure Veux que je demeure, Je le veux aussi.

Nous ne détenons véritablement libres qu'à la condition de la prononcer aussi, cette parole diflScile, douloureuse, qui est une parole d'afirancbissement parce qu'elle est une parole de renoncement : « Je le veux aussi. .) II ne s'agit de rien moins que de prendre son cœur à deux mains, de comprimer ses battements, de se jeter décidément, absolument, dans les bras d*un père et d'un maître. — Il sait ; moi j'ignore. Un jour, là-haut, je lui rendrai grâce pour ce qu'il m'a refusé autant que pour ce qu'il m'a accordé, pour ce qui m'a fait souffrir autant que pour ce qui m'a rempli d'allégresse. Ce que tu veux, Seigneur, ce que Va veux! « Mon cœur ne s'est point élevé, chantait le psalmiste... N'ai-je point soumis et fait taire mon cœur, comme celui qui est sevré fait envers, sa mère? Mon cœur est en moi comme celui qui est sevré, »

Notre indépendance est à ce prix ; il nous faut ce ventlà dans nos voiles pour entrer au havre de grâce. Autrement, que de tempêtes I Voici des prières qui semblent ne pas être exaucées, bien qu'elles le soient dans le sens le plus élevé et le plus réel. Voici des ruines, des séparations, des douleurs aiguës dont nous ne comprenons pas l'utilité. Voici des œuvres excellentes en péril. Voici des iniquités triomphantes. Voici que nousmêmes, à ''heure où nous pouvions être utiles, nous sommes arrêtés brusquement par la maladie ou par la mort. Que de pourquoi se dressent alors devant nous! Quelles tentations d'incrédulité ou de murmure I

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