CHAPITRE
LIS REGUEILLEMEmr
le rappelais tout i Theure le travail «récessif qni est un chàtlm&at^ celui qui asservit pai>ce qu'il abrutit, eeloi qai iiousôtele temps et la force de penser, peutêtre de sentir, et qai nous transforme presque en bétes de somme. Remarquez qu'à moins de se tourna vers l'affranchissement suprême, vers le service de Dieu et r»»;omplissement dudevoir, l'homme n'échappe aux misères du travail servile que pour tomber dans les misères plus grandes de l'oisiveté doublement servile; le châtiment augmente pour ceux qui croient s'y dérober.
Mais le serviteur de la justice ne devrait pas plus connaître le travail servile que l'oisiveté servile. Il y a là un progrès à accomplir : nos vies ne seront complètejaent indépendantes que quand nous y aurons réservé avec un soin jaloux la place du recueillement.
« C'est un mal de trop travailler, u disait un des hommes qui ont le plus travaillé, Adolphe Monod. Il &ut qu'il y ait du repos dans notre iravaii, du repos matériel et du repos moral, de la paix en un mot. Il &ut que nous respirions, que nous penskuiSt que nous
rêvions même. Je plains ceux qui font toujours quelque chose et gui soumettent leurs proches à une règle si dure et si tranchante qu'elle tombe comme un fer de guillotine sur quiconque se permet de franchir les limites fixées par elle.
Nous avons besoin d'une règle, sa:)s elle aucun travail sérieux n'est possible, elle est un des gardiens nécessaires de notre indépendance; toutefois, prenons-y garde, le respect de la règle peut aller jusqu'à l'asservissement, l'idolâtrie de notre travail (je me le suis dit souvent, parce que je connais cette tentation) peut devenir un joug pour nous-mêmes et pour les auti'es,' nous pouvons finir par ériger nos habitudes en lois, presque en dogmes; nous pouvons en venir au point de traiter en ennemi quiconque commet le crime de nous déranger un moment.
Compris de la sorte, le travail se change en tyran : il nous enlève nos libres allures, le calme de nos pensées et l'élasticité de nos mouvements : il nous rend maussades, hostiles ; il diminue nos forces, loin de les accroître. Ne voyant plus qu'une chose, rétrécissant notre horizon, marchant droit devant nous, à notre œuvre unique, sans regarder ni à droite ni à gauche, nous perdons les larges aspects et les vérités complètes. Bien plus, les vérités mêmes que nous conservons, les nôtres, nous les faussons à force de les isoler. Nous nous créons ainsi une vie épuisante, préoccupée, une vie d'esclaves.
11 y a beaucoup de ces vies-là aujourd'hui, et ce n'est pas toujours, tant s'en faut, par le fait du travail. La mondanité la plus frivole s'entend à nous écraser ausâ