‹ La liberté moraleChapitre 90 sur 122 · LÀ LIBERTÉ DANS L*ÉDDCATJON · texte numérisé non relu

LÀ LIBERTÉ DANS L*ÉDDCATJON

Nous répétons sans cesse que notre siècle a perdu le respect. Au lieu de gémir et de nous voiler la face, nous ferions bien mieux de remédier à un si grand mal. Chacun de nous y peut quelque chose : en rétablissant dans DOS rapports avec nos enfants Tobéis* sance de principe que tend à supplanter l'obéissance d'inclinatioj), en restaurant ia subordination que menace la camaraderie, nous ferons plus que toutes les élégies pour ramener chez nous Iqs fortes libertés en même temps que les fortes affections.

La liberté ne se passe pas de Taffection. Ceux qui renoncent à se faire respecter pour se faire mieux aimer se trompent étrangement dans leur calcul; nos enfants si vite émancipés et dont nous ménageons avec tant de soin la fausse indépendance, désapprennent souvent la tendresse. Il y a du devoir dans tous les sentiments de famille, et quand le devoir s'en retire, tous s^affaissent à la fois. Le cœur n'est d'ordinaire pas mieux portant que la conscience, et parmi les choses qui me consternent je citerai Taîr dégagé que prennent, en France surtout, nos jeunes gens et nos jeunes filles. Il y a certes encore de bonnes et vraies familles, où Ton obéit, où Ton aime , où la tendresse a conserve ses embrassades, ses expansions, ses explosions, des familles où Ton se caresse, où l'enfant ne rentre pas après une absence sans rencontrer sur le seuil des bras ouverts et des yeux humides. 11 y en a, mais le nombre diminue, le genre sec prévaut, et plus d'un lecteur lèvera les épaules en me voyant si retardé.

Oui, je suis en retard. Oui, mes yeux se dirigent vers un passé qui ne reviendra pas, vers des visages

402 CAUSES DE LIBï:RTÊ.

aimés que je De verrai plus sur la terre. Oui, je me rappellerai toujours cette bibliothèque de mon père ^ns laquelle nous avons passé, nous en&nts, tant d'heureuses heures, allant de la machine électrique aux beaux livres d'images, visitant les rangées de volumes qu'on nous permettait de toucher, les voyages, Thistoire, et recueillant un à un les souvenirs ineffih cables qui viennent encore tant d'années après réveilter les aieilleurs sentiments de nos coeurs.

On essaye aujourd'hui de faire des hommes qui n'aient pas été des enfants. Devoir, respect, subordination, tendresse, tout ce que la famille avait en réserve pour nous préparer à la vie, tous les appuis que l'éducation assurait à l'indépendance, nous tentons de nous en pa^er. Au lieu du sanctuaire de la maison paternelle, nous semblons nous proposer d'avoir je ne sais quel logis banal, une sorte d'auberge ou de club, où l'on sye rencontrera sans se gêner, où diacun s'occupera de ses affaires, où l'on causera poliment une heure, où l'on entretiendra des rapports convenables, où l'on tâchera même de s'aimer de cd;te aileetion qui ne coûte ni un effort ni ua sacrifice et qui n*a jamais fondé une liberté.

Ce que la lib^é réclame, c'est nette haute nioralité qui ne s'apprend qu'au sein d^ familles; il lui £ftut ces ân^es accoutumées à l'idéal, ces jeunes loyautés, ces jeunes puretés, ces jeun^ courages, ces j^ines enthousiasmes, qui auront en eux de quel résister au rude contact de la destinée humaine. Au Jîeu de cela, que lui donnons-nous ? l>es familles si peu pr<^i^ à twm&r

LA LIBERTÉ DAMS L'tDtîOATION. 4(»

des hommes, qu'en vérité od peut se réjouir le plus souv^t de voir k maison paternelle remplacée par le coilége.

L'éducation de coliëgo cependant, surtout quand elle i^t seule, est bien loin de pouvoir fonder notre indé« pendance morale. Sans compter que Tobéissance o*y est plus pénétrée d'affection, que la grosse morale s'y substitue à la grande, que les saintes fiertés de l'en* fanée, sa foi ab»>lue au vrai, sa candeur, pour tout dire (quel mot vaudrait cetui*là?), y sont froissées chaque jour, sans compter que le devoir s'y fait règlement et que la ceHgion s'y &it leçon^ le collège a souvent des tyrannies plus ou moins lâches. Tantôt c'est un élève, tantôt c'est un maître d'étude, toujours c'est un être sans défense auquel on inflige des souffrances qui sont épargnées aux forts, aux influents, aux habiles.

Le collège ressemble à la vie ! Je le sais bien. Mais &ut-il que la vie commence si tôt? L*abri de la famille a-i-il été ^é pour rien? PouvonsHious assister impunément, dès nos premières années, au spectacle de la force encensée et de l'habileté triomphante? N'avonsnous pas besoin que quelqu'un en pareil cas nous édaire et nous soutienne? Voilà ce qu'il importe de se demander sérieusement. L'avenir y est engagé. En vain nous efEorcerons-BOus de mutité k liberté dans la société, si nous ne la mettras pas d'abord dans l'édur estiotU

£t notes enoone eeci, les édnc^ioos qui fondent des caractères sont les éducations énergiques. La teisdresse •«is énergie ne nous onaeigiierait pas l'indëpendlaûee.

404 GAUSRS DE LIBKRTÉ.

Vousvoulezquevotrefilsdevienneun homme, vousvoulez lui donner cet empire sur soi au défaut duquel on subit Pempire d'autrui ; n'allez pas Télev^ mollement.

11 y aurait ici tout un sujet à traiter, les rapports de la vigueur physique avec l'indépendance morale. J'y insisterais si le souvenir de ce que j'en ai déjà dit ailleurs ne venait m'attrister comme un remords. — Certains peuples, dit-on, plongent les nouveau-nés dans des rivières glacées. Je ne préconise pas cette méthode, qui a le tort de tuer les faibles; il ne faut pas les tuer, mais les f(H*tifier. Un peu d'eau glacée ne gâtera rien plus tard , quand ils seront en état de la supporter. Les enfants de l'ancien temps mettaient leur gloire à être stoîques, à dédaigner leurs aises et à affronter la douleur. On eût dit qu'ils se proposaient d'être dignes des Gaulois leurs ancêtres qui mesuraient les jeunes gens au moyen de la ceinture officielle et qui punissaient ceux dont l'embonpoint excédait la dimension autorisée par le règlement. Aujourd'hui nous marchons trop peu, nous nageons trop peu, nous montons trop peu à cheval, nous manions trop peu le fleuret, nous nous endurcissons trop peu. Nos institutions scolaires laissent trop peu de place au plein air, à la santé, à la liberté, au corps en un mot, dont l'âme ne se passe pas. Rappelons-nous ces Indiens auxquels les Anglais offraient d'élever quelques-uns de leurs enfants. Ils refusèrent, parce que, disaient-ils, les précédents «linsi élevés « n'étaient bons à rien. » Ils étaient prêts, ajoutèrent-ils, à élever eux-mêmes quelques jeunes Anglais, « de façon à en faire des hommes. »

Je n'ai pas l'enthousiasme de la vie sauvage et je crois que les Anglais firent sagement, à leur tour, de

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