‹ La liberté moraleChapitre 91 sur 122 · LA LIBERTÉ DANS L'ÉDUCATION · texte numérisé non relu

LA LIBERTÉ DANS L'ÉDUCATION

ne pas confier leurs enfants aux Mohicans« Toutefois n'y a-t-il rien à apprendre d'eux? Que de camarades j'ai eus qui s'imposaient de rudes privations ! Ce ne sont pas ceux-là qui ont le plus mal tourné. Moi-même, mieux rente cependant, il m'est arrivé de faire plus d'une fois l'économie d'un dîner.

Aussi avions-nous peut-être, à côté de défauts trè$« grands que je n^entends pas pallier, une qualité qui est devenue plus rare aujourd'hui et qui nous préparait à l'indépendance : nous avions de l'énergie. Un jeune homme distingué, auquel j'ose à peine rappeler ses fredaines de jeunesse aujourd'hui qu'il est devenu un grave fonctionnaire public, était entravé par la faiblesse de sa vue dans son ardeur presque héroïque pour le travail. Eh bien, il avait le courage de se lever chaque matin bien longtemps avant le jour, de traverser la moitié de Paris, d'affronter la boue et la pluie, de venir m'éveiiler et allumer ma lampe. Nous réalisions à nous deux une fable bien connue ; il était l'aveugle et j'étais le paralytique ; il portait ma paresse et je mettais mes yeux à sa disposition. A peine debout, je commençais à lui lire. Et que lisions-nous? De vieux bouquins, des in-folio dont il ne nous est rien resté que je sache. Je me trompe, il nous en est resté l'habitude de l'effort, et c'est quelque chose*

Ceci peut nous servir de conclusion. Ce que nous avons dit de la liberté dans l'éducation, nous pouvons le dire de la liberté morale en général. L'obstacle qu'elle rencontre presque partout, c'est l'affaiblissement ; les forces font défaut, on meurt d'anémie.

Tout ce qui nous affaiblit nous asservit; tout ce qui

nous fornfienoasrend libres, telle est la mérité centrale qaî s*est dégagée graduellement. Il fallait !a ^gnaier d'une façon bien précise en ce qui concerne l'édacation, car là se trouve la pépinière des hommes. Si les hommes manquent aujourd'hui, c'est que les enfants ont manqué hier, et si les enfants manquent aujourd'hui, les hommes manqueront demain. Ayons des enfants, de Trais enfants, soumis, respectueux, affectueux. Je frissonne jusqu'au fond de mon être quand j'entends dire : Il n'y a plus d'enfants.

Ceux qui parlent ainsi ne savent pas qu'ils signalent une des causes les plus profondes de notre impuissance en matière de liberté. Les questions de liberté, quoi qu'on fasse, se résoudront toujours au sein des familles. Là on décide, et pour longtemps, si nous fléchirons devant le monde, devant l'opinion, devant le nombre, devant le tyran quel qu'il soit, si nous céderons mollement aux difficultés inévitables de la vie, si nous aboutirons enfin au mal suprême et sans remède, l'aplatissement des caractères, ou si, serviteurs de Dieu, esclaves du devoir, armés de convictions, aguerris aux rudes combats de la lutte intérieure, prenant an sérieux l'existence et la trouvant belle car die peut être employée au bien, nous marcherons le cœur haut à b onquéte de la liberté.

Page 1