‹ La liberté politiqueChapitre 12 sur 66 · Aucmn* ]k>i écrite, aucune constltation no paat 0e passer · texte numérisé non relu

Aucmn* ]k>i écrite, aucune constltation no paat 0e passer

de la loi natureUe.

Cet oubli momentané des principes serait doublement malheureux, si, en même temps qu'il abaisse Le caractère national, il venait en aide aux théories de ceux qui ne veulent voir dans la Révolution que des violences, et dans la société moderne qu'une lutte entre les intérêts, que ne gouverne aucun principe fixe . Lasociété, en quittant le j oug des religions d'Ëtat pour entrer en possession de la liberté, n'a pas pu et n'a pas voulu se soustraire à la loi naturelle, sans laquelle la liberté ne^erait ni souhaitable ni réalisable. Si je puir prendre impunément la vie, les biens et rhonneur de mon voisin, c'est-à-dire, en d'autres termes, s'il n'y a pas de morale et si l'ensemble des préceptes qu'on décore de ce nom n'est qu'une création de l'intérêt social, alors, je le reconnais, l'homme est un loup pour l'humme, < homo homini lupus, » et les chefs des peuples n'ont rien à respecteré Mais si la loi naturelle existe, si elle est écrite dans nos consciences par la même main qui a constitué cotre être et fondé l'univers, il n'y a pas de sophisme au gronde qui puisse soustraire les diverses communautés humaines à cette élernelle loi de l'humanité. On peut sortir d'une religion positive, . mais on ne peut sortir de la religion naturelle, sans sortir de l'humanité en même temps.

Le premier caractère de la loi morale, c'est son universalité. £lle ne serait pas obligatoire, si elle n'était pas universelle. Llle oblige évidemment tout le monde en même temps que moi-même. Je la subis, je rin)pu8e. Dès que vous faites acception des temps, des lieux^ des personnes, la conscience proteste, la loi est violée. On me

dit : t Tu ne tueras point 1 » J'entends cela parce que la règle est universelle et absolue ; maisisi on vient soute* nir que cette règle est bonne pour moi et non pour un autre, qu elle est obligatoire aujourd'hui, sur ce coin de terre, et qu'elle perd ailleurs son empire, elle n'est plus à mes yeux qu'un mensonge dont on veut leurrer mon esprit, une injuste entrave imposée à ma liberté. « Tune voleras point! » Que ce soit la règle, pourvu qu'elle nous enchaîne tous à jamais. Je veux bien vivre et mourir dans la pauvreté. Je veux bien que mon enfant manque denour« riture et de remède à la porte du riche. J'accepte la loi, si c'est une loi. Si c'est une convention et une imposture, je la foulé aux piedsr. On ne se sacrifie qu'à ce qui est éternel.

N'est-ce pas insulter au bon sens, à la logique, à l'humanité, que d'imposer une loi à l'homme quand il est seul, et de l'en affranchir quand il s'associe à d'autres hommes? Si je dirige ma vie privée par mon intérêt sans tenir compte de la loi morale, je serai condamné, je serai infâme , et si l'on me donne à gouverner le corps social et que je le gouverne d'après les mêmes principes, je serai absous ? La morale des grands rois sera la même que celle des voleurs de grands chemins ? On pendra ceux-ci, on adorera ceux-là, et ce sera bien ? Il y aura je ne sais quel méprisable sophisme, déguisé sous le nom de raison d'État qui aura plus de force aux yeux d'un pays, aux yeux de la postérité, que la justice? Non, s'il y a un Dieu, et s'il y a une morale, il ne se peut pas que la morale ne soit immuable. La France a trente-£ix millions d'hommes; la Grèce en a à peine un million ; Athènes était une bourgade; Est-<ïe que les chefs de cette petite république athénienne jouissaient, pour si peu, de l'impunité ? Que les défenseurs de la raison d'État nous disent combien il faut être d'associés pour avoir le droit de se railler de la vérité et de la justice.

C'est pitié devoir des hommes prendre et quitter une

doctrine au gré de leurs passions, sans ;îomprendre à quel point ils se dégradent. Tel qui n*a que les mots d'honneur et de probité à la bouche, et dont la parole est sacrée dans les transactions privées, fera un parjure politique sans hésitation. Tel homme de bien qui sactiiierait sa fortune plutôt que de faire tort à un concitoyen, volera dans une assemblée pour spolier tout un peuple, et aura la conscience tranquille. Cependant, vienne l'émeute, vienne la révolution, et vous les entendrez tous invoquer le droit, parler de justice et de sacrifice. Ils se souvienuent de Dieu alors, comme l'impie dans un naufrage.

3. n faut obéir à la loi naturelle lors même que ses preaoriptions sont ou paraissent être oontraires à rintérdt commun.

Je sais bien que l'on dit quelquefois que la justice même et l'intérêt se confondent quand il s'agit de l'iniérêt de la société. C'est une proposition bien générale, et qui est à bon droit suspecte, car elle a servi à couvrir bien des infamies. Sans doute on peut prétendre que Dieu étant bon, il fait bien tout ce qu'il fait; qu'ayant jeté la société humaine sur la terre, il la conduit et la dirige luimême à travers le temps; que Tintérêt de l'humanité ne peut pas être différent de son devoir; et ique, le genre important plus que l'individu, chacun de nous peut être sûr de faire ce qu'il doit, quand il se sacrifie au bonheur de la famille humaine. Mais la question est de savoir s'il nous est loisible de quitter ainsi le principe pour la conséquence, et si nous avons été faits pour connaître aussi infailliblement la conséquence que le principe. Or, il n'en est rien, et il suffit de regarder en nous-niémes pour nous en convaincre. Prenons d'abord la notion du devoir que chacun de nous trouve au fond de sa conscience. Quel est le caractère propre du devoir? N'est-

ce pas d'être impérieux, et, pour ainsi dire, invincible? Il entraîne si visiblement le sentiment d'obligation, que c'est à ce signe surtout que je le reconnais. Le devoir est ce que je ne puis pas ne pas faire, sans me dégrader, sans sentir le remords. J'ai beau entasser les sophismes au profit de mes passions : dans l'exaltation même de mon plaisir, le devoir parle, et il m'arrache à la volupté coupable. Un sentiment contraire et tout aussi énergique naît spontanément de l'exercice du devoir : un sentiment de paix et de force. Je me sens dans l'ordre, en faisant le devoir; je me sens à ma place, je sens que je deviens meilleur, plus grand, plus digne de Dieu. Le devoir accompli est, comme la vérité découverte, une prise de possession de l'être; le devoir violé est, comme Terreur, un amoindrissement, nne déperdition de la force humaine. Voilà le devoir. Qu est-ce que l'intérêt? Moins que rien, si je le prends en lui-même : un fait, un accident; rien dégénérai et d'universel. 11 se compose de tous nos désirs, de toutes nos affections, troupe indisciplinée qui ne devient vraiment puissante que sous le joug de la justic». S'il s'agit de nous, l'intérêt change tous les aspects et nous change nous-mêmes; s'il s'agit de l'ensemb'e, il n'arrive jamais qu'à des systèmes dont la valeur dépend de la force de notre esprit, de la nature de notre âme. Chaque homme rêve le bonheur de l'humanité en songeant à soi, et les plus désintéressés nous rendent au moins dupes de leurs goûts et de leurs rêveries. Même quand l'intérêt est légitime, il n'en résulte non pour lui, sinon qu'il n'est pas nécessaire de le combattre. Et cette légitimité, qui n'est qu'une vertu négative, où la puise-t-il? Dans la justice; car c'est uniquement parce qu'il ne la blesse pas qu'il est légitime; de sorte que ce n'est pas lui, l'intérêt, qui est le principe, mais la seule justice, reine et maîtresse de toute action et de toute liberté. Le devoir n'est pas un conseiller, c*est un maître. La volonté évidente de Dieu est que nous nous soumettions sans

cesse à lai, dans nos sentiments, dans nos pensées, dans nos actes, dans Tordre des choses privées et dans la yie publique : c'est la lumineuse colonne vers laquelle doit tendre sans cesse Thumani'é, comme un navire guidé vers un phare au milieu des orages. « In regno nati sumus : Deo parère libertas est^ » Attachons-nous donc, il le faut, à la loi morale telle que la conscience nous la montre. A elle seule. Il est impie de la rejeter; il est dangereux et funeste de Tinlerpréter. On ne doit ni limiter l'autorité de la morale, comme ceux qui veulent la chasser de la politique, ni l'assujettir à un système, comme ceux qui, sous prétexte que la justice s'accorde avec l'intérêt commun, prennent l'intérêt commun pour règle et pour étoile, préférant les chances si souvent trompeuses d'un calcul à Tinflexible et inviolable avertissement de la conscience. Si une fois nous calculons, si nous pesons les chances, au lieu d'obéir purement et simplement à la loi, la passion aura beau jeu avec nous; elle se glissera dans nos raisonnements, elle nous fera voir avec ses yeux. Nous viserons à la profonde politique. Nous n'aurons plus ni assez de sens, ni assez de cœur pour rester simples^ et justes.

La fameuse doctrine de la glorification du succès n'est que la théorie des deux morales transportée de la politique dans la philosophie et dans l'histoire. De même qu'en politique on abaii donne la règle morale sous prétexte qu'il sortira de cctie violation du devoir un grand avantage pour l'Ëtat, de même en histoire toutes les fois qu'un grand but est atteint, on couvre, pour ainsi dire, de ce manteau de gloire les fautes et les crimes du début, et l^on nous dit, on ose nous dire : «Cela était juste, malgré les prescriptions de la morale ordinaire» puisqu'on définitive cela a été grand. »

A Taide de cette fausse maxime, des penseurs d'élite,

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