Barbier. Septembre
2. Les matirises Turent abolies en principe dans la nuit du 4 août; mais, par la diriiculié d'en rembourser le prix, on les laissa subsister jusqu'au décret du 16 février 1791, qui pmnnnça en même temps la suppression et le remboursement. Dans la séance du 4 5, La Rochefoucauld déclara que le reraboursement des cbarges de perruquiers , toutes déductions faites, coûterait vingt-deox millions, et celui du reste des
qu'à maintenir la discipline^ c'est-à-dire la routine. Les lois particulières à chaque corporation disaient à quel âge on serait apprenti, compagnon et maître ; par qnei»procédé et avec quels outils on ferait du drap; sur quelle place on le vendrait et à quel prix : tout était bien réglé, bien prévu, rimaginatioQ n'avait pas à se donner carrière. L'Étal n'encourageait guère l'industrie, puisqu'il était de règle que le travail était dégradant : travailler, pour un noble, c'était déchoir. Quand il s'occupait des ouvriers, c'était pour immobiliser leurs méthodes, ou pour les soumettre à quelque taxe. Vous voulez entrer dans un corps d'état? payez l'entrée. Être compagnon? payez le prix du compagnonnage. Être maître? payez la patente. Vous achetez des outils? une taxe. La matière première? une taxe. Vous emmagasinez vos produits? c'est tant par aune. Vous les portez au marché? c'est tant pour droit de transport. Vous les étalez? c'est encore une somme que vous demande le collecteur ^ Si vous passez d'une ville à une autre, vous avez une barrière à la limite de chaque territoire, et conséquemment un péage. Avant d'arriver du producteur au consommateur, les blés, les vins payent à la douane trois ou quatre fois leur valeur. Les créations de maîtrises sont traitées comme l'anoblissement et les charges vénales par le pouvoir central qui ne voit en tout
offices, quinze ou seize millions. Il ne s'agissait que des maîtrises postérieures au mois d'août 4 776.
1. «La base de ce» statuts est d'abord d'exclure do droit d'exercer 1è métier quiconque n*esi pas membre de la communauté; leur esprit général est de lesiremdie le plus qu'il est possible le nombre des malires, de rendre racipiisition de la mRtlrise d'une difficulté prer^qoe inAnrmnnlabla pour tout anire que les enrani-t des m«lires actuels. C'est A ce but que sont dirigées la muliip iciié des frais et des formalités de réception, let difficultés du cbef-d'œuvre toujours Jugé arbitrairement, surtout la cherté et la longueur de* apprentissages et la servitude prtdongée du compagnonnage LVspril de monopole qui a présidé à U confi-ctinn de ces statuts a été poussé juitqu*à exclure les femmes des métiers les plus conye* nablesâ leur sexe, lels que la broderie. » (Préambule de l'édil de février 4 776. Ministère de Turgot.)
cela qu'occasion de finances ^. Le commerçant est encore plus maltraité que le producteur. Là, le monopole est partQpty sous les formes les plus diverses et parfois les plus bizarres. Tantôt c'est l'État qui directement en recueille les bénéfices; le plus souvent ce sont des fermiers qui s'enrichissent de la substance du peuple, et ne rendent h l'État qu'une maigre part du produit de leurs exactions. Les admirables et éphémères lois de Turgot, «n 1774, nous montrent cette armée de traitants organisant d'un bout à l'autre du royaume la misère et la famine. Passe encore pour les poudres, ou les soies, ou les cristaux ; mais des privilèges sur le grain, sur la boulangerie % abolis seulement en 1775, et à demi restaurés quelques jours après I Tel est le sort de l'artisan, de l'industriel, du commerçant. Hors de là, il faut s'enrégimenter; car tout est une place à la nomination du roi, ou de l'intendant, qui le représente. S'il reste à faire çà et là quelque nomination d'échevin, on peut être sûr que les fonctions de l'échevinage sont nulles, et que le collège a au-dessus de lui un prévôt de nomination royale, seul et unique maître de la ville en dépit du conseil électif, car les élections communales ne sont plus qu'une comédie. Elles furent abolies toutes en masse en 1692, puis vendues aux villes qui avaient de l'argent pour les racheter; puis abolies de nouveau, pour être de nouveau vendues. Ce jeu infâme se renouvela sept fois dans l'espace de quatre vingts ans*. Toute province et toute place forte ontui
4 . Henri III yonlant donner, dit L'Estoile, à son eonsin le cardinal d« Bourbon, les privilèges de premier prince de «on sang, lui accorda» pai lettres du 47 août 4B88, le droit de créer nn maître de chaque métiei dans chaque ville du royaume.
5. On sait que Louis XV spéculait lui-même sur les grains, et qu'on s'oublia Jusqu'à faire flgurer dans l'almanach de 1774 le nom de Mirlavand, trésorier des grains au nom de Sa Ma/ esté. Dès que la cour s'aperçut de celte confession étrange, elle obligea l'imprimeur à faire un carton.
3. L'Ancien régime et la Bévolution, liy. II, chap. m. —Louis XIV ei
CHAP. U. HISTOIRE. lU
gouvenienr nommé par le roi, qui commande les troupes et la milice; douze parlements couvrent toute la France de leurs ressorts, et jugent sans appel. Au-dessous d'eux des sénéchaux, des baillis, des prévôts^ tous magistrats de nomination royale, rendent la justice, en matière civile, criminelle et commerciale. Il n'est question, bien entendu, ni de justice de conciliation, ni de jurys; la justice est dure et inquisitoriale dans ses formes, barbare dans ses arrêts; la loi n*accorde de conseil aux accusés pour crimes, que dans le cas de péculat ou de banqueroute frauduleuse^. L'organisation imparfaite et tardive des tribunaux consulaires, ébauchés plutôt que fondés par L'Hôpital, est un des bienfaits de radmiuistration de Golbert ^. Outre l'interdiction du prêt à intérêt, qui rendait le grand commerce presque impossible, l'usage avait introduit des arrêts de surséance, rendus en conseil, c'est-à-dire arbitrairement, et qui avaient pour effet de suspendre indéfiniment le recouvrement de la dette. Un débiteur ayant des protections à la cour payait ses créanciers avec un arrêt de surséance qui les mettait sur la paille. Louis XYI en accorda au prince de Guémené, après la plus énorme et la plus scandaleuse banqueroute, et l'on admira beaucoup ce roi honnête homme d'avoir exilé le banqueroutier dans ses terres, malgré le rang et les emplois de la familk de Rohan. Pour s'élever aux grades de l'armée, il fautetre noble, et de plus il faut être riche, car les grades se vendent, et montent parfois à des sommes fabuleuses. Il en est de
Louis XV agirent de même pour les titres de noblesse. Ils abolirent les titres qu'ils avaient vendus, et les vendirent de nouveau à ceux qui trouvèrent de l'argent pour les racbeter. «'Je ne crains pas de dire, ajoute M. de Tocquevllle, après avoir cité ce fait et plusieurs autres, qu'il n'y a pas un particulier qui eût pu échapper aux arrêts de la justice, s'il avait conduit sa propre fortane comme le grand roi, dans toute sa gloire, menait la fortune publique. » {Ibid,, liv. H, chap. x.)