‹ La liberté politiqueChapitre 9 sur 66 · X.a législation dé 1789 est ionAto sur la loi · texte numérisé non relu

X.a législation dé 1789 est ionAto sur la loi

natOBette».

A peine l'Assemblée constituante eut-elle conquis l'union des trois ordres, qu'elle parla d'écrire une Déclaxation des droits de l'homme. Rien de plus logique : l'ur nion de& troiii: ordres, c'est la liberté ; la Déclaration des

droits, c'est le dogme de la loi naturelle. D'où vint Topposition? Du roi, de la cour, du haut clergé. A coup sûr le roi, Tévêque d'Auxerre, Tévêque de Langres, Malouet, n'ëtaient pas des athées en politique ; mais, attachés à la reh'gion d'Etat, ils ne voulaient pas laisser promulguer le droit naturel. L'A^emblée, suivant eux, avait un dogme, le dogme révélé ; elle devait donc entrer immédiatement dans les faits, dans la pratique. L'immense majorité pensa autrement, parce qu'étant fermement résolue à fonder la liberté, elle comprenait, sans se l'avouer encore, qu'il n'y avait plus de religion d'État, et qu'il fallait proclamer la religion naturelle. Oa n'était pas divisé sur la nécessité d'un dogme ; mais seulement sur l'origine et le caractère de ce dogme. Ce fut la philosophie qui l'emporta. La Déclaration des droits de l'homme, inscrite en tête de la Constitution, apprit au monde entier que la révolution française était faite pour lui. Cette déclaration est si réellement, si essentiellement une œuvre philosophique, qu'elle n'a pas de date nécessaire. Elle aurait pu être promulguée à Athènes, à Philadelphie, quatre siècles plus tôt ou quatre siècles plus tard. Personne en Europe ne s'y trompa. La chute dé la Bastille fut saluée avec enthousiasme jusqu'à Saint-Pétersbourg*. On répéta partout ces paroles de la F^iyetle donnant la cocarde tricolore à Louis XVI; « Elle fera le tour du monde; » et cette adresse de l'Assemblée nationale : « Noiiis porterons chez les princes allemands, non le fer et le feu, mais la liberté.» Dans ces actes, dans ces paroles, dans cette Déclaration

t. « Quoique la BastUle ne Tût asturémenl menaçante pour personne à Saintr-Pélersbourg, je ne saurais eiprimer renlbousiasme qu'excitèrent parmi les négociants, les marchands, les bourgeois et quelques jeunes gens d'une classe plus élevée, la cbuie de cette prison d'Éiat et le pre- .mier triomphe d'une liberté orageuse. Français, Russes, Anglais, Danois, Allemands, Hollandais, tous, dans les rues, se félicitaient, s'embrassaient comme si on les eût délivrés d'une chaîne qui pesait sur eux. » {Mé' moires de Jf. de Ségury ambassadeur de France à Saint-Pétersbourg en 1789.1

des droitS; éclate le sentiment de lafratemité des peuples, et de Tuniversalité de la révolution*.

Ses eni^emis ne manquèrent pas de lui en faire un reproche. Ih laccusèrent de n'être qu'une abstraction. C'est réternel grief invoqué contre la philosophie. Il lui revient de tous les côtés; et par une contradiction étrange, les catholiques, accoutumés cependant à vivre dans le monde spirituel, empruntent quelquefois ce médiocre argument aux docteurs du matérialisme. « Votre Constitution n'est pas faite pour la France, disait Joseph de Maistre, elle est pour Y homme. Or, il n'y a point d'homme dans le monde *. »

Assurément , quoique l'Assemblée constituante pût

4. J'emprunte à M. Wolowsky [Principes d'économie politique de Gtiillauiâe Roscher, traduits et annotés par M. Wolowski) la note suivante sur la date des lois modernes d'abolition de la servitude. Presque partout, c'est la Révolution française qui a prononcé, a Lois modernes d'abolition : Prusse, ^708, <807, <8I9 (Lusace) ; Autriche, <781 (Bohême et Moravie, 4 782 (les autres pays allemands) ; ^1790 (Hongrie); Bavière, 4 808; Royaume de Westphalie, 4 808; Hesse-Darmstadt, 4 844; Wurtemberg, 4847; Bade, 4783, 4820 (les pays nouvellement acquis) ; Mecklcmbourg, 4 820; royaume de Saxe, 4832; Hanovre, 4833; Danemark, depuis 4761 ; Livonie, 4804; Poméranie suédoise, 4 806; Pologne, 4807. La Russie est le seul peuple chrétien qui ait encore actuellement des serfs en Europe; en 4834, on en comptait plus de 22 millions, c'est-à-dire plus de 40 pour 400 de la population totale. » (Tomo I, p. 465.) — Celle note de M. Wolowsky était écrite avant le mouvement d'émancipation qui a commencé en Russie en 4 857. Charles-Emmanuel allhincbit les serfs en Sardaigne, par édit du .20 janvier 4 762.

2. Joseph de Maistre s'exprime ainsi dans une Critique de la Constitution de Van m : « La Constitution de 4 705, tout comme ses atnées, est faite pour V homme. Or, il n'y a point d'/iomme dans le monde. J'ai vu dans ma vie des Français, des Italiens, des Russes, etc.; je sai* même, grâce à Montesquieu, qu'on peut être Persan, • mais quant à Y homme, je déclare ne l'avoir rencontré de ma vie; s'il existe, c'est bien â mon insu.

« y a-t-il une seule contrée de l'univers où Ton ne puisse trouver un conseil des Cinq-Cents, un conseil des Anciens et cinq Directeurs? Celte Constitution peut être présentée à toutes les associations humaines depuis la Chiné jusqu'à Genève. Mais une Constftuiion qui est faite pour toutes k's nations n'est laiic pour aucune; c'est une pure Abstraction

ÎHAP. I. PHILOSOPHIE. 25.

montrer des esprits rompus aux affaires, et d'autres qui, comme Mirabeau, suppléaient aux connaissances pratiques à force de bon sens, la grande majorité manquait également de science et d'expérience. Ses généreux désirs de rénovation sociale étaient mêlés des plus étranges illusions. Sa hardiesse/ son enthousiasme tinrent souvent à son ignorance ; beaucoup de ses fautes vinrent de la même source. Pendant la période révolutionnaire, bien des choses furent rejetées, non parce qu elles étaient mauvaises, mais parce qu'elles étaient anciennes ^ Ces législateurs arrivés brusqueînent au pouvoir, et plus accoutumés pour la plupart à la spéculation qu'au maniement des grandes affaires, ne surent . pas toujours leur métier de législateurs; mais ils surent à merveille leur, métier de réformateurs. Leurs lois n'ont pas toutes été viables ; leurs constitutions sont tombées les unes sur les autres; mais les principes qu'ils ont proclamés sont restés debout, précisément parce qu ils appartiennent à la philosophie générale. Le vrai service qu'ils ont rendu, c'est d'avoir transformé en maximes populaires des propositions renfermées jusque-là dans les écoles et dans le monde des lettrés. C'est là proprement la Révolution; car la révolution qui n'est que dans les faits n'a ni la profon-

une œuvre scolaslique) faite pour exercer l'esprit d'après une hypothèse idéale, et qu'il faut adresser à Vhomme, dans les espaces imaginaires où il habite.

« Qu'est-ce qu'une Constitution? N'est-ce pas la solution du problème suiTant :

«Étant données la population, les mœurs, la religion, la situation géographique, les relations poliiiques, les richesses, les bonnes et les mauvaises qualités d'une certaine nation, trouver les lois qui lui con- Tiennent? •

c Or, ce problème n'est pas seulement abordé dans la Constitution de 4795 qiii n'a songé qu'^ Vho.nme. »

\, Robespierre disait (Rapport du 28 floréal an II, 47 mai 4794, sur le culte de l'être suprême) : « Qu'y a-t-il de commun entre ce qui est et ce qui Tut?... Le genre humain est dans un état violent , qui ne peut ètrii durable. »

deur ni la durée d'une révolution opérée dans les esprits. Quelques efforts qu'on ait tentés depuis 1789 pour restaurer le droit divin, les illégalités sociales, les privilèges, ni le raisonnement, ni réloquence, ni la force n'y sont parvenus; il a fallu que même les ennemis de la souveraineté populaire fissent appela la toute-puissance du peuple. Le sophisme s'est réfugié dans les conclusions, mais tout le monde a été obligé de subir les prémisses. Nousnaisçons, grâce aux réformateurs de 1789, avec la conviction et l'intelligence de notre droit. Nous nous savons citoyens. Nous savons, nous sentons ce que c'est que d*être un homme. Que M. d^ Maistre feigne dé l'ignorer, pour mieux injurier la raison. Avec lui et les siens, nous ne serions que des sujets. • Ce caractère philosophique n'éclate pas seulement dans les termes de la déclaration des Droits de l'homme et du citoyen; on le retrouve dans toutes les discussions de l'Assemblée constituante. Les orateurs écoutés défendent des thèses générales. Ils ont d'autant plus de puissance sur l'Assemblée qu'ils développent des principes plus élevés et plus abstraits. Quand de loin en loin un représentant , invoquant ses cahiers^ vient rappeler les droits particuliers de sa province ou de son bailliage, et introduire dans le débat des arguties de légiste, on sent qu'il n'est pas dans le courant des idées qui emportent tous les esprits; cette petite scène fait disparate dans le grand et puissant drame ; l'Assemblée passe dédaigneusement sur ces misères, et poursuit son œuvre générale , son œuvre spiritualiste. Elle est bien réellement l'organe de la révolution universelle, quand elle décide, le 14 juillet 1789, que la Constitution française contiendra une Déclaration des droits de l'homme et du citoyen; quand elle abolit, le 4 août, les derniers restes et le dernier prestige de la féodalité; quand elle pose, quelques jours plus tard% le principe de la distinction du pouvoir temporel et du pouvoir

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