RÉPONSE AU RÉVÉREND PÈRE GAGARIN
Le révérend Père Gagarin, de la Compagnie de Jésus, nous fait Thonneur de répondre dans l'Univers aux articles que nous avons publiés sur l'Immaculée Conception. Nous ne refusons pas un pareil adversaire. Ce n'est pas que nous aimions l'institut des jésuites; en religion comme en politique, nous avons l'horreur des sociétés qui font un État dans l'État ; elles brouillent tout jusqu'à ce qu'elles aient tout asservi; mais il ne nous coûte pas de reconnaître que pris en particulier, les jésuites se sont toujours piqués d'être hommes du monde et de parler le langage de la bonne société. Garasse et Nonotte ne sont que des exceptions, le modèle est le Père Bouhours; ce n'est pas aujourd'hui dans la Compagnie de Jésus qu'on trouverait ces ergoteurs frénétiques, qui, dans leur aimable humeur, ressemblent à la méchante fille des contes de fées, et ne peuvent ouvrir la bouche sans qu'il en sorte un serpent. Le Père Gagarin a suivi la tradition de son Ordre ; il y a bien dans sa réponse un peu plus ^d'ironie que n'en comporte un sujet aussi grave, et quelques-unes de ces insinuations doucereuses et malignes qui sont chez les révérends Pères un péché d'habitude. Des défauts aussi légers ne nous empêcheront pas de rendre justice à hotre censeur; il a eu le courage d'être poli.
Malheureusement c'est la seule louange que nous puissions lui donner ; non pas que nous contestions sa science théologique , il est évidemment de l'école du Père Perrone; il sent que les raisons de conve* nances sur lesquelles le Père Passaglia appuie son frêle
édifice n'ont qu'une valeur secondaire; îl reconnaît bien que, dans la preuve d'un dogme, tout se ramène à une questiqn de fait} mais cettp preuve, il ne Tessaye pas sérieusement, il semble qull songe plutôt à assoupir une discussion qui le gêne, qu'à éclairer les esprits.
n n'y a rien, par exemple, pour aoua mpatrar quelle a été la croyance des Pères de l'Églisô gvâOr que durant les cinq premiers siècles, rien pous tqt pousser l'opinion décisive de saint Augustin, cette grande figure que dans toutes les diseussions les |é^ suites retrouvent toujours devant eux. Ce silence, qui est un aveu d'impuissance, il est aisé de l'expliquer. J'imagine du moins que le Père Gagarin a recomin la source où j'ai puisé. L'autorité que j'ai sui^e Q^. ce point, c'est un jésuite, le plus érudit que l'Ordre ait jamais produit, et aussi le plus impartial, le Pèiîe Petàu, que les protestants même ne citent qii'a^ee respect. Petau était convaincu que la Vierge avait été conçue sans péché, et il supposait qu'une inspiration du Saint-Esprit avait répandu dans l'Église cette pieuse croyance; mais il était trop instruit et trop sage pour trouver dans l'antiquité chrétienne ce qui n'y est pas, et, sentant bien que la tradition manquait, il se tenait aux sages décisions du concile de Trente et des pontifes romains. Son livre, écrit, il y a deux siècles, en un temps où la querelle n^était guère moins vive qu'à présent, est la réfutation anticipée de toute la science qu'on étale aujourd'hui pour éblouir les ignorants.
Qu'importe, après cela, qu'on nous allègue la fête de la Conception célébrée par l'Église grecque au septième siècle ou un calendrier de PÉglise de Naplos qu'on croit du neuvième siècle ? Ce sont des mo-
t'iMMACULÉE COi^CEPTlON. ÔOî>
numehts modernes auprès de sàiiit Augustin, et qui d'ailleurs ne prouvent rien ; car, ainsi que je Tai expliqué, ce qu'il faut montrer, ce n'est pas qu'on ait fêté h CoricetîflDh de là Vtei'f^e, Mais ibil fmmaculée bdnceptionf Yeut-on donnei' une preuve qui att de l'importance? Clti*on tious diSë où en est, Aahi l'É-. glise grecque, cette crf^yance à rimtnâëulée Coû-^ ceptibn, doht bii va therclier lès pjpcthîerâ germèà èti Orient. Car énfili, si, ÂèS rôrigltië du èhrlstiâhiéftiè, on a cru â ce privilège de là Mère de Dieu, il doit se retrouver àvefc tous tioà àûtreâ dôgfneâ clieî les Grecs, ijUî d'ailleurs bhî potif la Viêi'ge ilùê èittême dévotion. Ôr, sané oser rien àfBrmér, j*ëntëtidà dire que les 6recs ne ccimiâisëetif paè l'Irartiâctilée Cotiception, ce qui prouvèt'ait que Cette doôtrîrife est bien plus récefilé qu'on ne l'àf&rme aujourd'hui.
Venons â saint Bernard; on a vu qti*îï repoussait là croyance â lliûmàculée CDticét)tioti éomme une nouveauté; j'ai dit comment, pour tourner èctte opposition redoutable , les théologiens dvaiéht imaginé après coup cette distinction de là fconceptîon active et passive, qui ne résout point le ptt)blème, et qui soulève des difficultés dé toutô espèce '. Le Père Gagarin, qui ne voit rieri qui l'ertibatrasse dans cette théorie, écarte avec tme égale facilité l'autorité de saint Bernard.
k L'!!t«6tte àbbé dé GlairTadS, ditril, repousse avec énergie ht di)ctrine de rifflmaculée Conception ; Mais il explique nettement sa pensée ; à ses yeux, il est question de la Conception active, nullement de la Conception passive».. Ses objections ne peuvent former d'arguments contre la doctrine de rtmma-
1 N*èftt-ed pèa Xffn&tit un dogme tu^ uni» dMrfne physidogique i|ue les progrès de ia science peuvent démentir, et dôs a^jaurd'hui comprend-on qu'un germe existe sans être anitné!^
culée Conception telle qu'elle est posée dans l'Église, puisque ce n'est pas là ce qu'il combat. C'est un malentendu^ et voilà tout. »
Si je voulais faire de Tironie, j'aurais beau jeu avec de pareilles façons de raisonner, je croyais que depuis longtemps Pascal avait dégoûté ses adversaires d'employer leur fameuse méthode. Comment, vous avez contre vous une autorité qui vous écrase, vous imaginez quelque cent ans plus tard une subtilité théologique afin d'éluder une preuve qui vous accable, et vous vous croyez le droit de faire de la théologie rétroactive pour prêter à saint Bernard une . opinion qu'il n'a pas pu avoir ? Vous le faites distinguer là où il ne distingue p^s, et vous pensez répondre en disant : C'est un malentendu ! Mais cetto théorie même est votre condamnation, vous ne l'eussiez pas imaginée s'il eût été possible d'opposer à saint Bernard ou une raison suffisante, ou la tradition.
Qu'a-t-on cru dans l'Église après saint Bernard et pendant tout le treizième siècle, époque où le Père Gagarin place l'origine de cette subtile distinction? Rien autre chose que ce qu'avait cru l'abbé de Clairvaux. « Nous disons, enseigne Albert le Grand, que « la sainte Vierge n'a pas été sanctifiée avant son « animation, soutenir le contraire est une hérésie « condamnée par saint Bernard et par tous les maU (( très parisiens. » Saint Bonaventure n'est pas moins explicite; il est vrai que le Père Perronef «uivî par le Père Gagarin, prétend que le docteur séraphique a changé d'opinion , et cite en preuve un sermon assez obscur, dont l'éditeur même de saint Bonaventure conteste l'authenticité ; mais comment opposer des paroles plus que douteuses à l'enseignement
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que donne le saint dans son livre des Sentences avec autant d'énergie et de précision que saint Bernard?
« L'opinion qui dit que la sanctification de la Vierge a suivi la tache du péché originel est la plus générale (communtor),
LA PLUS RAISONNABLE et LA PLUS SURE.
«c La PLUS GÉNÉRALE, dis-jo, puIsque le sentiment presque universel [quia omnesfere illud tenent) est que Marie a eu la tache originelle.... La plus raisonnable, parce qu'on est naturellement avant d'être par la grâce.... Et c'est à cause de cela que saint Augustin dit qu't7 faut naître avant de renaître. IV a donc fallu que l'âme fût unie à la chair avant que la grâce y fût versée. Si donc cette chair a été infectée, cette infection a dû souiller de la tache originelle l'âme qu'on lui unissait. Et ainsi il est nécessaire d'admettre qu'il y a infection du péché originel avant l'infusion de la grâce ou la sanctification.
« C'est l'opinion la Pi.ûs sure parce qu'elle s'accorde mieoi» avec la foi, la piété et l'autorité des saints, car les saints, quand ils parlent de ce sujet, exceptent Jésus-Christ seul de la> maxime générale : Tous ont péché en Adam, Et parmi ceux que nous avons vus, ou que nous avons entendus de nos oreilles, on n'en trouve aucun qui ait dit que la sainte Vierge ait été exempte du péché originel dans sa conception. C'est l'opinion la plus conforme à la piété et à la foi, parce que si grands que soient le respect et la dévotion qu'on doive à la mère, on en doit bien plus encore au fils, de qui lui vient et l'honneur et la gloire, etc. »
On ne voit pas comment saint Bonaventure aurait pu dire plus clairement que la tradition était avec lui ; et il me semble qu'après un texte aussi formel, j'avais bien quelque droit de le ranger parmi ceux qui, malgré toute leur vénération pour la Vierge, n'ont point reçu la doctrine de l'Immaculée Conception, parce qu'ils la regardaient comme une nouveauté.
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206 LA LIBERTÉ RELIfttFXSÊ.
Ce manque de tradition, constaté par le ï*èrë Petau pour les premiers siècles , prouvé par saiiit Bernard au douzième, et par saint Thomas et saint Bonaveuture au treizième sièclle, noiis amène aitisf jii§- ^ qu'à Duns Scot, et nous pouvons maintenir une opinion que le Père Gagarin n*a pas même effleurée, c'est qvLëj si bti tf ôilvè vers lé neiivième siècle quelques traces delà ci'oyance à l'Iffiitfàculêê COiicepfîoti, ce n'est cependant qu'au quatorzième l^ii'ëllë S êtê reçue dans l'Église avec une faveur qui depuis, il est vrai, n'a fait que grandir. Ai-je besoin d'ajouter que ce n'fest pas là une opinion personnelle t Mon spirituel àdfersaîte donne le chailge; et inàsque la gl-ahdeùr de la quèstioti, qutod, âtèc iîflê éflfeHït^ tion qui n'est pas de bon goût, .il raille à èatiété îé théologien du Journal des Débats, il sait trop que jusqu'à ceà derniers temps les Dominicains ont soutenu fefette doctrine, et qu'ils n'étafent pas seuls dans rÉfelise; Oft âipntait ai bien que la tradition manquait, c[iie, depuis deux cents ans, toilë les papeê ont reculé devant la proclamation diî dogme ; comment le Père Gagarin ne nous donne-t-îl pas une explication ingénieuse de cette hésitation qui, selon nous, tranche la question?
Quant à la forme qu'on va suivre dans la définition du dcfgme} j'ai dit que le Pape allait décider seul, et que c'était le pas le plus considérable qu'on eût fait depuis longtemps a Rome. Le père Gagarin, qui trouve tout naturel et que rien n'effrayej ne conçoit pad notre étonnement.
k Le Papej dit-rt, à consfalté r%lige; l'Église lui a répondu, par Torgane de ses évêques, leurs lettres ont été recueillies, elles soni au nombre de cinq cents^ elles ont été imprimées ;
l'immaculée CpNÇEPTIQN. Jû?
CeltQ impoganlp colleclion, qui doit êU'Q fni§§ §pi)§ jeg yp\\x des évéques en ce moment réunis à Rome, forme neuiyoiumea sortis des presses de ia Civiltà. Apparemment ii est permis d'y voir le sentiment de l'univers catholique. Lors donc dUfi te Edpe pcomulgiiara cetia bulie que oous ati£iidoiia ai^c iflaflaW^Ufi^, «çra-Hl «lli» seu} q\\^ Pi^ JV aPQï»nJ à ^qm |a ^ernièrq cpnfirroatioij et I3 dçrnièrp ^qpclioa a»jj (lépr^fç élaborés 4 Jf'fÇnte? Dans Tun et l'âujrp cas, l*Égl|*e universelle n'est- elle pas avec son chef?... Où est cçtte différence si grande? Dans les deux cas, c'est le sentiment de l'Église qu*il »• agit de constater ; dans les deux cas, ce sont les évéques qui paiteol au Bûm da r&giiae; dqo» las ^m oga^^ c*^ la sicairô de Jésus-Chpii qm yiant 1^ à»nm li^u Qpsmapr un i^iâsm^
Vraiment il est impossible d'être plu^ innocent pour un Jésuite, et de se tromper plus ingénument. Ce qui se passe à Rome est une révolution, le Père Gagarin est le seul qui l'ignore. Là-bas, du moins, on ne s'y méprend pas. Dans un^ question où l'Église, réunie en corps, devrait décider, après une mûre instruction, suivant des formes protectrices et de concert avec le Pape, on remplace le droit de tous les évêques par une grâce faite à quelques privilégiés, on demande un avis bénévole et qui ne lie pas à des pasteurs qui devraient prononcer éuf législateurs. Ce n'est pas seulement une opinion libre qu'on rédige en article de fol, on renverse du môme* coup l'ancienne constitution de l'Église. Jus- •qu'à ce jour, l'Église établissant le dogme, était la réunion des pasteurs légitimes sous la conduite du Pape. Demain l'Église sera le Pape seul, interrogeant les pasteurs, comme et quand il le jugera à propos; les*évêques, qu'en ce moment on veut bien cori* sulter à Rome, serviront, non pas à conserver les droits, mais à lier les mains de leurs successeurs.
Î08 LA LUERTÉ RELIGIEUSE.
Leur adhésion est la ruine des anciennes libertés de rÉglise, Quel pouvoir refusera-t-on au Pape quand il aura établi le dogme par sa seule décision, aux acclamations de Tépiscopat? L'Église était une monarchie dont on ne pouvait changer les lois qu'en convoquant les États-Généraux de la chrétienté ; demain, quelle que soit la modération de son chef, ce sera un pur despotisme. Aveugle qui ne voit pas la gravité d'un tel changement; bien coupable ou bien téméraire, qui, le voyant, pousse la papauté sur cette pente fatale où il n'y a ni arrêt ni retour l
En face de ce spectacle, qui émeut jusqu'aux indifférents, j'admire l'heureuse tranquillité d'un religieux, qui combine ingénieusement de petites pointes malicieuses; nous n'avons pas cette charitable patience, et, de grand cœur, nous adjugeons au Père Gagarin la palme du bel esprit. Le Journal des Dé' bats y dit-il, fait de la théologie d'opposition; le mot est joU, il ne lui manque que d'être vrai. On sait que l'opposition n'est ni dans notre goût ni dans nos habitudes. Nous ne combattons jamais que les partis excessifs et violents, qui, en outrant les prin^cipes, perdent la cause même qu'ils croient défendre. Dans l'État, comme dans l'Église, nous combattons la démagogie et le despotisme, sachant bien quelle est la faiblesse et quel est le danger d'un pouvoir que rien ne tempère; sincèrement dévoués aux institutions libres, nous soutenons le droit des coo^.iles, qui sont la représentation de l'Église , et qui ont été le modèle de nos assemblées. Il est naturel que chacun porte en rehgion ses sentiments et son caractère; les jésuites ont toujours été aux extrêmes , flatteurs des rois ou du peuple ; nous, nous restons dans ce . milieu où l'ordre et la liberté peuvent seuls se
L'iHMACUtÉE CONCEPTION. 209
maintenir. Notre théologie est comme notre poli* tique, elle est constitutionnelle.
Nous arrêterons là cette discussion, nous en avons dit assez pour les gens qui n'ont point de parti pris, nous n'espérons convertir ni le Père Gagarin ni ses amis. Dans quelques jours les jésuites auront atteint le but que depuis trois siècles ils poursuivent avec autant de patience que de politique; Rome, éclairée par eux, en aura fini avec l'indépendance des églises particulières. L'Univers nous apprendra bientôt quelle est la portée d'une pareille victoire , et, laissant de côté la simplicité du Père Gagarin, il nous parlera de l'Église gallicane avec sa modération ordinaire, et de l'orthodoxie de Bossuet avec un ton qui, cette lois, n'aura rion de suspect. Nous ne troublerons pas cette allégresse ; nous sommes descendus dans la discussion pour défendre la paix et la liberté chrétienne, nous avons rempli, sans nous faire illusion , ce qui nous a paru un devoir. Il nous suifit de cet honneur, que peut-être on n'aurait pas dû abandonner à des laïques; nous laisserons sans regret aux vainqueurs et l'orgueil du triomphe et la responsabilité de l'ave nii\
Octobre 1854.
CHA]HîfIN6 ET SA DOCTRINE.
(j|)«DT)|ng çsf à peu prè? îi^cpflnu eî> fr ance 5 piais §^j^ ]^1;4stUpm, §^ B^t"^? W imW d'Hpe gr^n(ip péléi^téi Pt Û§SW ?S WP^ti Ç'6?^"4IfP 4epiiiî? dix fins, ?flft Bflre Pt «jes jdégs on{ ponsidéfaljlemept gfandi. AlUPttP4'b« OPS idéps ont p^ssé les nje^^,' iii^e tradujiÎJQft tU^filPî^? ^P? 9 f^j* ?Rt^€r d^ns la science 4'0i}tre-|^|n; 46? éditions populaires les répandent à BJ^ôf^WW DM W\? V^^S^^\^Î^^'. Pl^^ 9?? plis^pning l'^St 9P<^raé ?Sll9Ht ^^ r^USW^i ^t 9H® c'est à ce §oi^f 4p Y^§ W'fl ^ ^ÎRÇlî^ ^S 9^'P^ nomme à présent tes ÎBBSt^QPs §gpi§Jp^, p'est à la fois donner le secret 0^ W BQPsW^^ &1^92 ïips yoi^^^, et pxpliijuer, niais I^QftiusIiftfflp gptfe indifféf^ncg à gon égard. Assurément ^^ ii'«j§f pas pn aflt^uç pr4}ftaire gjie cet An^^^icain dont on s'occupe en Europe dix ans après sa mort; nous ne manquons pas d'écrivains qui traitent des intérêts de la religion ou delà société, mais il est rare qu'on remue leurs cendres, et en général c'est de leur vivant même qu'ils entrent dans cet étemel repos que donne l'oubli.
Ea vie de Channing, que nous a racontée son neveu avec cette ampleur familière aux Anglais et cette exactitude de détail qui rend intéressante à force de vérité la plus insignifiante physionomie, n'est pas de nature à plaire aux lecteurs avides d'émotions qui cherchent avant tout dans VWstoire la Ivitte de rUorno^o
OHANNIîCG, 2H
-aux prise.3 avec les événements. p'es| }'ex|stence unifqpfni? Ot p^i^i^e ç^^m gage çuj nVut ^ Wai^ d'autre passion que la justice et la vérité. Au^si peut -on Técriçe m quelques ligne?.
Né le 7 avril i780, ^ ÎJewport, da^s cet État de Rbûde-Mand que Roger Willfaips, spn fondateur, ppueacrait à H UWté religieijfig en nx\ tqpç^ps oy Je nom même de tolérance ^tait inconnu en Europe, William EUery Cbaiming, ^ppès ^^3 études briljantes 4 rUnivcreité de Clftmbri4s^ fip i^I^ssaphussets , résolut de se vouer au saiftj: jnifti^t^re. }] ^w^\\ ^ peine, vjngt-trois ans qu'une ès\m d^ QQ^tpn lui offrit un étaj^lisscmcnt; on sait qWm Amérique j? plupart des cpminunautés sont indépepdôRte», ^t gij^ pe sqijt les fidèles qui choisis- «ent JpuF p»§^^ïiP| fiqtte église, fLor^t le nom dit assez «e qn'il y * 4^ Jppal dan^ J^ religion aux États-Unis, c'était \% Société çf^réfjer^ne df la rue d^ /a fédération, réunion qï^ régAgip^^l l^s doc^rine^ unitaires, déjà favorites parpai le§ théologiens de Cambridge, et (|ue le jeune CUappiPg ay^ait embrassées avec une ardeur qqi ne s'affaiblit jamais. Depiiis 1803 jwsqu'à sa mort, arrivée en 1843» CSbani^ing § été le painistre de cette Église dissidente, et, malgré Toppositipi^ décidée et même la r(^pul§ioif que rencpntrent les unitaires dans une ville qu'op pourrait nommer la Genève du Nouveaur^onde et le sanctuaire du calvinisme, il leur a çofiqiiis pn^ pQsition considérable, c[ue cha(|ue jour a rendue plus forte ^t plu^ respectée. Durant ces quarante années, tout entier à ses devoirs, usant ^ne aanté délieete 4 F^P??i4^P ?e§ doctrines religieuses et gociales, CUanning p*^ Çpï^m^ 4'»utre^ événements que rémotiQQ causée par ses écrits, ceux surtout où, avec un courage §t 1^^^ chaleur admirables, il a poursuivi rabQlitiflï^ (le l'escjavage e| ^^mandO \%
liberté des noûrs au nom de rÉvangile. En deux mots, sa vie est tout entière dans les idées qu'il a propagées et défendues.
Ce sont donc ces idées qu'il faut connaître. Mais pour nous, Français et catholiques, elles sont si nouvelles, si étranges, si hardies, qu'il faut un certain effort pour résister à un premier étonnement et se garder d'un dédain déplacé. Un peu de patience est d'autant plus nécessaire qu'il faut aborder un sujet qu'en France on ne regarde pas comme littéraire, et qui partout est fort délicat : la religion. En ce point, nous sommes tout à fait en dehors du courant d'idées qui emporte l'Allemagne, J' Angleterre et les États- Unis ; cependant, à voir le réveil religieux qui a lieu parmi nous, il est permis de croire que ces grandes questions ne nous laisseront pas toujours indifférents. Partout où l'honmie porte son cœur, sa pensée l'accompagne, c'est une loi de sa nature, qu'il finit toujours par raisonner ses sentiments. Ne craignons donc pas de suivre le mouvement religieux des États-Unis ; le monde est solidaire, et ce mouvement, fait pour surprendre et même pour effrayer, bientôt peut-être U éclatera chez nous.
Ce n'est pas que je veuille insister outre mesure sur les doctrines religieuses de Ghanning." La théologie est chose trop délicate pour qu'un laïque y touche sans nécessité. C'est d'un point de vue purement historique et philosophique que j'entends étudier ces théories nouvelles, sans prendre parti pour elles, et surtout sans vouloir blesser en rien aucune des Églises chrétiennes, bornant mon rôle à celui d'un rapporteur qui raconte et ne juge pas. Dans l'histoire de la rehgîon, je crois l'unitarianisme destiné à prendre une grande place, car il est le dernier terme du
libre examen, et, pour dire toate ma pensée, Tavenir du protestantisme est à lui. Et quant aux hommes (le nombre en est grand) cjui sentent le besoin d'une croyance pour fixer la pensée, pour pacifier le cœur, et que cependant effrayent les difficultés du dogme, il me semble qu'il n*est pas sans intérêt pour eux de connaître un système qui entreprend de concilier la religion et la philosophie, non pas au moyen d'une mutuelle et dédaigneuse tolérance, mais en montrant que le christianisme est Tachèvement de la philosophie, et que la révélation est la perfection même de la raison. Si une pareille doctrine nous arrivait d'Allemagne, enveloppée dans de mystérieuses formules, déguisée sous des mots étranges, nous l'accueillerions avec respect, comme nous avons fait des théories de Schelling et d'Hegel; auronsnous moins d'attention parce que Ghanning n'est point resté dans le domaine de l'abstraction, qu'il a parlé simplement, pratiqué ses idées, et fondé bien plus qu'une école, une Église à laquelle appartiennent aujourd'hui les écrivains les plus inUuents, les esprits les plus élevés de la Nouvelle- Angleterre î Une doctrine nouvelle, et qui émeut les deux mondes, c'est là, selon moi, même quand cette doctrine est théologique, un sujet digne d'occuper quiconque ne professe pas une suprême indifi'érence pour toute étude sérieuse et qui force à réfléchir.
On sait quelle est la profonde distinction du catholicisme et du protestantisme; elle est moins encore dans le dogme que dans le principe même de la croyance, c'est ce qui explique comment tout espoir de concilier les deux communions est chimérique. Un catholique et un protestant qui auraient tous deux la même loi n'en resteraient pas moins séparés par un
%l^ LA LIBBHTi RELIGIEUSE.
,î*îlî?ê jBF Je BT^wier croif. parag qu'\Hi^ aijtpritô gVipépepfpj qui pst l'Église, l'assure 4^ oiéritç de sa prpyançe, et je second, au contraire, parce que la Bible, telle qu'il Fentend lui donne directement la vérité. Le cattiolicisme| c'est le sacrifice de la raison Individuelle en tout ce qui est de foi j le protestantisme pp est J'exalt^tionj p'esj;, eij faif de refigipî}, 1^ principe <^g l^ souyerjaineté de l'individu, ce cfiji. pour je' ^îre ei\ passant, explique çpmiî^e|it }fj f épumique aipéricaine est naturellement sortie des mœurs et des jdées puritaîi|es, tandis que les peuples catholiques f 'accommodent miei^x eu général d'un État plus for- |ement constitué*
Fpndef une Église iipmuable sur le principe du }fbre examen, d^ la souveraineté individuelle, p'est ^^ problème aussi impossible que d'établir sur le suffrage un^yersel up gouvernement qui ne cliq.iige pas. Aussi, tandis que les catholiques ont gardé le dogpne, la biérarcl^ie, la discipline que suivaient leurs pères, chacune des Églises évangéliquesn'apu main- Jenir rpnion parmi ses membres qu'en apparence, par 4fis concessions sans nombre, par une tolérance chaque jour plus large, et qui détruit l'unité inêmc qu'on veut acheter à ce prî?. Aujourd'hui le seul ]ien véritable est la croyance commune en certains dogmes considérés comme étant de l'essence duscbrîstianîsme, tels que la chute de l'homme et l^ divinité (lu Rédempteur; et c'est ce qui explique le rapprofbemeiij: jies ÉgUses évangéliques. La diversité des (^onfessiops, la différence de discipline les avaient longtemps éloignées, la simplification du dogme, rindifférence à l'endroit de tout ce qui est extérieur et d'in§|i{}jtiQQ jjjjmaipç devait natqrellement les ré^nir.
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CHAKNING. îlSl
Mais le point où sont restés Itk pTttoitH réfôrmateurs n/étalt pas là derfiièrè M^è è\x tffife ëitWWfi On ne devait s'arrêter hi â Lûthtir, ni à Câlvîii j til mtm i Armînîus; après des persécution^ biutiielIëS ; fliS controverses sans tiombrè et cëtle tbléfaltiêë Çti! iuît répuisement, on se trouva en fatB Û'IibHimëS tpîf repoussaient les derniers mystèreé et flèèînf Slént BS derniers voiles de là religion, demandant ùS cMftiftîà? nisme où rien ne contrariât la raison, t'arâîe Çô'itî emploient contre les autres commumonl <5[ûî les fe» poussent comme des infidèles, c'est rârràe tnêîfil Aif&t s'est servi la Réformé pour ébranler ël ffi^èër M 6ïffétienté, c'est la souveraineté de IS fâHoH:
On à fait une généalogie kuî unitalRÇS ÉBffitflé 4 tous les dissidents, et dé fait, dépuiii Âtftis jiièqti't nos Jours, on a vii des chrétiens CM orit fiiis é âcjfutê là divinité de iésiis-CWist, tout fe£ îFefc(ihhâ[îéiîgfl( m lui le Messie et le fils de Ôîeù, é'éèt-S-(fir8 linè tfiws ture privilégiée, envoyée de bîèu feétiie j^otti^ |)8ftér aux hommes la vérité et le salut. Sans parler des Socias et de l'Église polonaise et brifiêiftë; MIttcm, Locke^ le grand Newton, Clarke, Priestlfey, Mîsë, fet ifîie fouM de j^testants distingués, qnt été eh ce sénsr ûb% tihitaires ; mais si Ghaniring ©'était qu^ùn s'ectàif'e âe fltê dans la Babel rel^4!ute/ on «l'Mffah pas appelé siit lil! i'àttentibti: Gé |M Mt iâ feiM et le danger de sa doctrine, tfëst ^rf«îte i tiâ* pOftee bien autrement vaste que toutes lès , SïVersîïél ^fdtestftSiCès^ et ne s'enferme pas dans l'e:q>lîcati6n âë Qtï^lqties Tercets de l'Évasigile» Soa principe, emfrriilité dd VhrîÈtimismn mU&moM^ ée iiecke^ et qui p'esî iulrè cîibsè ^tiè le ptinclf^fe fenfflàiïWfciitài de ki Réforme daiis sa dcrniet'è feofièè^eSéèWtS |lîb!JlW!!fWi expression, c'est qiie la révélation eit l'a ïafeoS; ffiiH^
2iO lA ttfiCRf^ ftEltGItÛâË*
nées toutes deux à l'homme pour le conduire, sont nécessairement d*accord et ne peuvent jamais se contrarier; tontes deux, suivant la comparaison de Channing, sont une même lumière, avec la différence de l'aurore au midi ; Tune est la perfection et non l'opposition de l'autre, elle l'achève et ne la renverse pas. D'où cette conséquence que là oi\ l'Évangile et la raison ne semblent pas d'accord, c'est dans le sens naturel et raisonnable qu'il faut interpréter le livre divin. Le mystérieux et le surnaturel (Channing entend par là non point ce qui dépasse la raison de l'homme, nécessairement bornée, mais ce qui la contrarie) ne sont pas de l'Évangile, il les faut bannir de la religion. Tel est le principe de l'unitarianisme moderne; ce qui le constitue, ce n'est pas seulement de rejeter les dogmes qui sont considérés comme le fondement du christianisme, c'est de ne reconnaître, même en matière de foi, d'autre autorité que la raison; Channing est un rationahste chrétien.
« La révélation, dit-il, n'est pas notre premier maître: l'homme n'est pas né avec le seul pouvoir de lire la parole de Dieu, et on ne l'adresse pas tout d'abord à ce guide. Ses yeux s'ouvrent sur nn autre livre, celui de la création. Bien avant qu'il puisse lire la Bible, il regarde la terre et les cieux qui l'environnent; il lit sur le visage de ceux qui l'aiment, ii écoute et il comprend leur voix. Peu à peu il regarde aussi au dedans de lui-même et acquiert quelque idée de son âme. Ainsi sa première école est celle de la nature et de la raison, elle est nécessaire pour le préparer à une communication du ciel. La révélation ne trouve donc pas l'esprit à l'état de table rase, prêt à y recevoir tout ce qu'on y mettra ; elle le trouve en possession de connaissances diverses données par la nature et par l'expérience, et plus encore en possession de grands principes, de vérités fondamentales, d'idées morales tirées de lui-même, et qui sont le germe de tout perfectioa
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nement. Cette deniière vue a une importance particulière. L'esprit ne reçoit pas tout du dehors. C'est en lui-même que naissent les grandes idées , c'est à cette lumière native qu'il lit et comprend les livres de la création et de la révélation. Nous parlons, il est vrai, de la nature et de la révélation comme nous faisant connaître une première cause intelligente ; mais les idées d'intelligence et de cause, nous les avons tirées de notre propre fonds. Les éléments de l'idée de Dieu, nous les puisons en nous-mêmes. Puissance, sagesse, amour, vertu, "beauté, bonheur, ces mots qui contiennent tout ce qu'il y a de glorieux dans l'univers et d'intéressant dans notre existence, expriment des attributs de l'esprit, nous ne les comprenons que parce que nous en avons la science intérieure. Il est vrai que ces idées — ou principes delà raison — sont souvent obscurcies par d'épais nuages et mêlées de déplorables et ^ nombreuses erreurs. Cependant elles ne sont jamais anôanlies. Le christianisme les reconnaît, c'est sur elles qu'il est fondé, il en a besoin pour être compris.
« Prenons, par exemple, l'idée fondamentale de la religion, je veux dire l'idée de droit, de devoir. La tirons-nous originairement et entièrement des livres saints? Chaque homme, qu'il soit né en dedans ou en dehors des liens de la révélation, n'a-t-il pas le-sentiment de la dififérence entre le juste et l'injuste? N'y a-t-il pas une voix plus ancienne que la révélation qui approuve ou condamne les hommes suivant leurs actions? Dans les siècles barbares, la conscience ne parle-t-elle pas? Son cri ne devient-il pas plus énergique avec le progrès de la société? Le christianisme ne crée donc pas l'idée de devoir, il la suppose et il en fait de même pour toutes nos autces grandes convictions. Ainsi la révélation n'est pas chose isolée, et elle ne s'adresse pas à un esprit vide et passif. Elle a été destinée pour aider d'autres maîtres en travaillant avec eux, la nature, la Providence, la conscience, nos facultés, et puisque tous ces maîtres nous sont donnés par Dieu, ils ne peuvent différer l'un de l'autre. Dieu doit s'accorder avec lui même. H n'a qu'une voix. Ce sont les hommes qui parlent avec des voix discordantes. Rien que l'harmonie ne peut venir du créateur, par conséquent une religion qui se réclame 4e Dieu ne peut pas douner de preuve plus certaine de sa
fausseté qu'en étant en contradiction avec les idées premières que Dieu nous apprend par notre nature même. C'est la raison qui prépare à recevoir une communication divine, et qui nous fournit les idées et les matériaux dont se compose la révélation. Cest donc sur la raison qu'elle repose, elle se détruirait elle-même en la niant. »
Une doctrine auw tranchée, qui re^jetait toute «utprité de l'Église et de la tradition, qui, au nom de la liberté spirituelle, attaquait dans sa base ce reste de . dogme, dernier rempart des confessions évangéli- *J ques, excita naturellement une très-yive émotion. De toutes parts on mit les unitaires en dehors du christianisme. Ce sont, disait-on, des philosophes restés 'k mi-chemin entre la religion et le déisme. Goleridge, dans une de ses boutades, définissait runitarianisme la pire espèce d'athéisme jointe à la pire espèce de'calvinîsme, comme deux ânes. attachés ensemble par la queue. On peut trouver les protestants bien sévèKes pour des hommes dont le plus grand crime est d'être restés conséquents avec les principes de la Réforme, et qui me paraissent les fils très-légitimes de l'Église, qui ne veut pas les reconnaître. Dès qu'on repousse toute autorité extérieure, et qu'on s'en remet à la raison pour interpréter l'Écriture, il est naturel qu'on aille jusqu'au bout, toute limite est inconséquence et tyrannie. Rien ne sert de dire que l'unita* nanisme sort de l'Évangile et n'est qu'une philosophie, caria prétention des unitaires, comme de toutes les sectes est d'être plus fidèles à l'Évangile que leurs adversaires, et personne n'a mîeiix indiqué que Channing la barrière insurmontable qui .sépar^a toujours une CQminunioa chrétienne d'une école de philosophie.
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(Test H un (Tes ttaite originaux *i caretctéré^ de ChaiMiing; D'ordinaire, quand- on cî^ter la raison, et qu'on veut tout soumettre à sa loi, c'est dans une intention peu religieuse, et, enr quelque façon, au profit de la philosophie; Channing, tout au con^ traire, est vraiment pieux, il a pour l'Érangiîe une vénération profonde; pour la sfagesse^îrcmiaîne un respect modéré?. €*ést att now de la raison qu'il proh clame la supériorité du christianisme sur la ph&^ Sophie. Suivant lui , la philosophie est une science incomplète, car, sur Fimmortelitê de l'âme, snttr Tèh venir de ITtoffime elle n'a que des^ doutés ; etf mtewt, quand eUe est spirituaUiste, elle a grand'peine à ne pas se perdre- dans le panthéisme. En otrfre, elfe «fe tient pats compte de l'histoire, c'eslk*-dife de fe vie même de l'hum'anité. 6e grand événemenf dti christianisme lui édiappe*, ef pourtant cette exph>sion d'une doctrine nouvelle, en conft»»fflcthm avee toutes les idées et tous les intérêts du monde païen, ee renversement de l'ancienne morale, cette ré'géttération du genre humain parla parote d^u» hmame^ c'est un fait immense, sans précédent, et qui, s^il étonne la rsison, eepend^nl ne la dépasse point; Bille l'admet sans aMIquer, etillau-fc biew qu'elle Taémette, sous peine de renverser te tendraient mèfliiie de la certitude.
Qu'est-ce maintenant qu'une science de l'esprit humain, qui reste aveugle en face d'un tel flamhéMwt, qui rie sait si elle admet ou rejette ces vérité», que, depuis dix-lîuit cent» ans, les sociétés civilisées ont ^çues volnntairement comme base ée crojran^^ et comme loi morale? Évidemment elle ne satisfait pas la raison^ elle est insuffisante, elle demande un complément» C'est la religion qui achève la philosophie,
220 Lk LIBERTÉ RELIGIEUSE.
non pas en apportant des solutions auxquelles rhomme ne peut atteindre , mais en nous éclairant intérieurement d'une lumière divine que la raison reconnaît, et qui, loin d*éclipser les vérités que nous apprennent la nature et Texpérience, les éclaire d'un jour plus pur. Le christianisme est par excellence la religion raisonnable. Dans deux petits^traités, intitulés : Preuves' du Christianisme (Evidences of Christian nity) •, qui s'adressent aux fidèles de toute communion, Channing a réuni avec une rare précision et un sens exquis les preuves naturelles de la religion, les arguments que la raison ne peut rejeter sans se nier elle-même. En les lisant, on sentira bien vite que l'Évangile, quelle que soit la croyance de celui qui s'y soumet, distinguera toujours un chrétien d'un philosophe ; tant qu'un homme fera de ce Uvre inspiré la règle de sa foi et de sa vie, il y aura une religion.
Y aura-t-il une Église? Ceei est plus douteux. Unité de croyance et liberté d'opinions sont deux termes difficilement conciliables. Mais cette question, qui a si cruellement tourmenté les premiers protestants, le triomphe de Bossuet, quand, dans sa logique impitoyable, il place ses adversaires entre la soumission absolue et ce système qui leur fait horreur , où il y aurait autant d'Églises que de têtes, cette question n'en est pas une pour Channing; il raisonne comme Tévêque de Meaux, sans s'effrayer de la conclusion. « Ce qui caractérise par-dessus tout l\inita- « rianisme, écrivait-il en 1831 à M. de Gérando, c'est « l'esprit de liberté et d'individualisme. Nous n'avons « ni credo, ni symbole établi. Chacun y pense par soi-
Gbanningi Traiièi religieux^ Paris 18«^7, p, 87,
« même, et diffère à'autrui, si bien que mes écrits « vous domieront mes opinions plutôt que les dogmes tf d'une secte. » L'opinion de Ghanning choque au premier abord; en y réfléchissant, on voit qu'elle est logique. Bossuet et Ghanning, placés aux deux pôles opposés, raisonnent tous deux de façon invincible. Pour le premier, la vérité religieuse est au-dessus de la raison humaine, car c'est la vérité absolue que Dieu a portée sur la terre; l'Église en a le dépôt ; qui n'est pas avec elle est nécessairement dans l'erreur. Ghanning^ au contraire, a vu (et cette vue profonde a échappé à plus d'un protestant) que, dès qu'on admet le jugement individuel, la vérité religieuse change de caractère et rentre dans la classe de toutes les vérités humaines. Elle n'est plus extérieure, indépendante; tout au contraire, elle devient •propre à chaque individu, suivant le degré et l'eff'ort de son esprit. Sans doute ce n'est pas la raison qui crée la vérité, mais c'est elle qui la découvre ; la vérité n'existe pour chacun de nous que dans la mesure de cette découverte. L'unité de croyance supposerait l'uniformité des intelligences, qui n'a jamais existé. 11 ne faut donc pas poursuivre l'impossible. En religion comme en science, l'absolu nous échappe; notre mission, notre devoir, c'est de poursuivre la vérité suprême dans la mesure de nos forces, c'est de nous en approcher sans cesse ; mais nous ne la posséderons que dans le ciel, car elle est Dieu même; dés yeux mortels n'en pourraient supporter l'éclat.
On voit combien Ghanning est à l'aise avec ce grand problème de l'Église. La religion pour lui n'est pas un nom, une formule, un symbole, une secte, c'est l'esprit de vérité qui opère sous toutes les formes et dans toutes les communions. L'Église est univer-
f2S LÀ LiDStrrf religieuse.
«elle, c'est la réniàon ie îotts cenx ^ti étuiâie&î et
pratiquent TÉvangile.
• Il y a, dit-il avec sa dMsnt ordinaire, il y a «ne Ëgliss fFhis
grande que toutes les ^isea partieulière» qualle que sott leiur étendue, c'est TÉglitô catholique ou universelle qui s'épaod sur toute la terre, et ne fait qu'un avec l'Église céleste. Toiïs ceux qui suivent le Christ ife forment qu'un corpâ et qu'Hun troupeau ; ^esi ce que Jésus nous enseigrïe dafns le Nouveau Teatament. Vous vous rappelez la fervêui' de 0a dernière prière : Quê iou$ n$ foêàint qu'un, comme' Hit et stm père ne font qu'un. Dans catte Église sont admis tous ceux qui participent à l'esprit du Christ. On ne vous demande pas : Qui vous a baptisés? quelle marque portez-vous^ Si vous êtes baptisés par le Saint-Esprit, les larges portes de celte Égîisé vous sont ouvertes. Là sont réunis ceux que des noms divers ont séparés ou séparent encore. On n*y entend pas parler d*Ëglrse grecque, romaine, anglaise^ mais seulement de l'Église du Christs Mes amis, ce n'est pas une union imaginaire. Quand l'Église parl# ainsi, ce n'est pas une vaine rhétorique, c'est la vérité pure. Tous ceux qui ont part à la vertu du Christ sont essentiellement unis. Dans l'esprit qui les anime il y a une puissance d'union plus forte que tous les liens du monde. Séparés par les mers, il y a entre eux des sympathies énergiques et indestructibles* La voix netfe et puissante d'un chrétien inspiré vole par toute la terre^ et va dans un autre hémisphère faire vibrer les cordes d'un cœur ami. La parole d'un Fénelon, par exemple, touche des millions d'hommes épars dans le monde ; toutes ces âmes ne sont-elles pas d'une même Église? Je tressaille de joie au nom de saints qui ont vécu il y a bien des siècles. Le temps ne nous sépare pas. Je les vénère davantage à cause de leur ancienneté. Ne sommes-nous pas du même corps? Cette union n'est-elle pas quelque chose de réel? Venir ensemble dans un mêmfif édifice n'est pas ce qui fait une Église? Me voici dans un temple, je suis assez près d'un de mes semblables pour le toucher; mais il n'y a entre nous nul sentiment commun; cette vérité qui m'émeut intérieurement, il s'en rit comme d'un rêve et d'une chimère; le désintéressement que j'honore, il l'appelle faiblesse ou folie. Que noua femmes loin Vm d^
ehaeun â un monde différent. Qae je 9019 phre prè» de^ehpie homme généretrt et pur qui rit sur l'autre ooiititteDt» mai» émi la parole a pénétré mon cœur, dont les vef tud m'ont ewêanmné d'émulation, dont les saintes pensées s'offrent à mon esprit, pendant que je suis dans la maison de prière ! C'est celui-là qui est de mon Église !
« Ne me dites pas qae je m'abandoftne â on rêve âeTftMp" nation quand je dis que des cbrétiens séparés par la dkHamsd, que tous le» chf étien» et moi-même nous m fora^oa qii%n corps et qu'une Église aussi Icmgtemps qu'un même amotir, qu'une même piété possède nos cœurs. Rien da plus réel que cette union spirituelle. Il y a une grande Église qui embrasse tout ; chrétien, j'appartiens à cette Église, personne ne m'en peut faire sortir. Vous pouvez bien m'exclore de votre» ËgKse romaine, de votre Église calviniste, de votre Égtiee épia^Dp«le à cause de» défauts prétendus de mon symbole ou de ma secte, et je suis content de cette exclusion ; mais je ne veux pas être détaché du grand corps du Christ. Qui donc me séparera d'hommes tels que Fénelon, et Pascal, et Borromée, de Tarchevéque Leighton, de Jeremy Taylor, de John Howard? Qui rompra le lien spirituel qui m'unit à ces hommes?' Est-co que je ne les chéris pas? L'esprit qui s'exhale de leurs livres et de leur vie n'a*t-il pas pénétré mon âme ? Ne sonk-iis pas une portion de mon être? Ne suis^je pas différent de ce que j'aurais été si ces grand» esprits n'avaient agi sur moi? Est-il au pouvoir d'un synode ou d'un conclave de m'en séparer? Jo tiens à eux par la pensée et l'affection ; est-ce qu'on supprime la pensée et l'amour par la bulle d'un pape ou l'excommunication d'un concile? L'âme brise dédaigneusement ces barrières, elle déchire ces toiles d*araïgnées, et se joint aux grant's et aux bons. Si elle possède leur esprit, est-ce que les gramis et les bons, vivants ou morts, la rejetteront parce qu'elle no s'est pas enrôlée dans telle ou telle secte? Une âme pure a droit de cité dans l'univers entier. Elle appartient à l'Êgliso, à la famille des âmes pures dans tous les mondes. La vertu n'est pas chose locale. Elle n'est pas respectable, parce qu'on est né dans lelle ou telle communauté, mais parce que t^a )3eauté propre est absolue et immortelle. Voilà le Uea dg
224 LA LIBERTÉ RELIGIEUSB.
l'Église universelle. Personne ne peut être excommunié que par lui<mème en tuant la piété dans son cœur. Toutes sentences d'exclusion sont vaines si nous ne brisons nous-mêmes ce lien de pureté qui nous unit à toutes les saintes àmes^' »
Telles sont les doctrines de Channing ; elles se réduisent à un principe : souveraineté absolue de la raison en fait de religion comme en tout le reste. Mais nous ne possédons encore que la moitié de ITiomme; il nous reste à étudier le principe de sa morale et l'application qu'il en a faite aux questions sociales. Là il nous sera plus, facile d'apprécier les grandes qualités de Channing, car nous ne trouverons plus de problème irritant. A Tesprit du plus hardi calviniste nous le verrons joindre toute la tendresse de cœur de Fénelon, son modèle ; ce double caractère nous donne le secret de sa force et de son originalité.
Nous avons vu quelle est la théologie de Channing; tout y aboutit à la suprématie du jugement humain. Le docteur ne croit pas que Thomme en soit réduit à choisir entre l'indifférence de Montaigne et le désespoir de Pascal, jetant au pied de la croix la raison humiliée et vaincue. Pour lui, cette force dédaignée des dévots et des sceptiques est le don le plus grand que Dieu nous ait fait, c'est l'œuvre divine par excellence, c'est le secret de la création. S'il l'honore, ce n'est donc pas par orgueil, mais par piété ; c'est qu'il est convaincu que la vérité est la fin de notre être, et qu'une seule route y mène : celle où nous guident, comme deux sœurs, la raison et la révélation. Toute doctrine qui attaque l'intelligence attaque Dieu et le
• Channing, Traités fdujieux, VÉylise^ p« Cl,
CHANNiNG. 225
christianisme : Dieu, qui nous a créés à son image, c'est-à-dire qui nous a faits raisonnables ; le christianisme qui n'a plus de base dès qu'au nom de la religion on condamne l'esprit humain à une incertitude invincible, et qu'on abandonne aux incrédules la seule clarté qui nous permet ici-bas de deviner le ciel. u Je me glorifie d'être chrétien, dit- il, parce que le « christianisme agrandit, fortifie, exalte ma raison. ic Si je ne pouvais être chrétien qu'en renonçant à « mon jugement, je n'hésiterais pas dans mon choix, « Je suis prêt à sacrifier pour la religion mes biens, « mon honneur et ma vie. Mais je ne dois pas im- « moler à une croyance, quelle qu'elle soit, ce qui « m'élève au-dessus de la brute et me fait homme. (( Renoncer à la plus haute faculté que Dieu nous ait « accordée, c'est commettre un sacrilège, c'est faire « violence à ce qu'il y a en nous de divin. Non, le « christianisme ne déclare pas la guerre à la raison ; « il est un avec elle, et lui a été donné comme un a guide et comme un ami. »
Quel sera le lien de tous ces esprits divers qui cherchent la vérité par des voies particulières et ne vont pas toujours du même pas? Qui constituera cette Église universelle où l'on entre de tous côtés? Qui réunira ces chrétiens que la croyance ne rapproche pas ? C'est en ce point que les idées de Channing sont dignes d'attention; car on voit reparaître ce besoin d'unité qui est du fonds même de la nature humaine, et dont personne ne peut s'affranchir. L'unité, suivant Channing, n'est pas et ne peut pas être dans le dogme, puisque tous les hommes ne saisissent pas la vérité au même degré; l'adoption d'un symbole commun couvre mais n'efface pas des diûerences insurmontables, les confessions n'ont jamais empêché le schisme,
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parco qu'U est de Tessence de Fesprit humain d'êfie toujours en action et de ne point oonnaitre de Umites. Ce n'est donc point dans la possession de la vérité qu'il faut chercher l'unité, car nous n'en pouvons atteindre ici-bas cette vue entière qui seule serait la même pour tous. Dieu a mis le principe d'union, non dans l'esprit, mais dans le cœur de l'homme, c'est là seulement qu'on le trouvera. Cô principe est celui qui, suivant Jésus-Christ, résume la loi et les prophètes : c'est l'amour de Dieu et du prochain. Aimer, c'est notre œuvre commune. Le seul lien, la seule religion universelle, c'est l'amour. Quiconque est pénétré de la morale de l'Évangile et en fait la règle de sa vie, celui-là accomplit la loi, celui-là est un membre de la grande société chrétienne.
Ainsi l'homme a été créé pour rechercher la vérité, qu'il ne connaîtra tout entière que dans un monde meilleur, c'est pour cela qu'il a reçu une intelligence que rien n'arrête et que rien ne lasse. Mais en outre, Dieu a fait l'homme sociable; et comme il a voulu que toutes les créatures, s'appuyant l'une sur l'autre, se servissent mutuellement de soutien, il a mis daas nos âmes cette force de sympathie qui tient unie la société, malgré la différence des vues, l'oppositioîi des intérêts et l'égoïsme des passions. Ce principe de la société humaine, l'amour, est aussi le principe de l'Église, qui n'est qu'une société plus parfaite, où nos sentiments naturels trouvent une plus complète satisfaction. En ces deux sociétés, ce qui réunit, ce n'est point l'unité de doctrine, unité impossible (en politique du moins, nous en avons fait la cruelle expérience), c'est la sympatbie, c'est l'amour mutuel. En rehgion pas plus qu'en tout le reste, il ne faut donc pas exiger qu'on pense et qu'on raisonne de mêm« ^ la
diversité des esprits est sans doute dans les desseins de la Providence, mais il faut demander à tous les hommes d'aimer Dieu et leurs semblables, puisqu'une main divine a gravé ce sentiment dans tous les cœurs. Là, et là seulement est le principe d'union si vainement cherché ailleurs. En somme, liberté absolue de la pensée, et charité inépuisable, ce sont les deux besoins stiprêmes de l'homme et du chrétien. La perfection, c'est de donner pleine carrière à notre raison et d'aimer Dieu et nos frères d'une tendresse infinie. Tel est le système complet de Ghanning, système qui, à ne l'envisager que comme philosophie, ne . manque certes ni de simplicité ni de grandeur.
Channing, on ne peut lui refuser cette justice, a été toute sa vie le parfait modèle des doctrines qu'il a défendues ; en lui rien d'un sectaire, point d'orgueil, point de fiel, rien de ce dédain superbe qui, à bout de raisonnement, maudit et damne ses adversaires ; s'il ne comprend pas toutes les opinions^ du moins il les excuse toutes, et il est chrétien jusqu'à ce point d'aimer ceux mêmes qui ne pensent pas comme lui. Chose singulière, c'est surtout à l'endroit des catholiques que perce sa sympathie. Tandis que les communautés évangéliques , parmi leurs divisions, sont toujours d'accord pour traiter en ennemi commun cette Église dont la durée semble un démenti et "comme un défi constant jeté à la Réforme, Channing «fe^'n'a pas assez d'éloges pour cette puissante commu- 4^nion dont il repousse le symbole, mais dont il ne '^peut trop admirer la prodigieuse charité. Son idéal, c'est Fénelon, auquel on l'a souvent et heureusement comparé. De l'archevêque de Cambrai il fersât wdovh^ tiers un unitaire, comme les quakers 6b &o^ woiàn faire un des leurs, et il est remarquable que ce sont
ââS lA LIBERTÉ RELIGIEUSE.
les deux Eglises les plus éloignées du catholicisme par le dogme, Tune donnant tout à rillumination intérieure, l'autre soumettant tout à la Taison, qui toutes deux ont fait de la charité la seule base d'union, et sur ce terrain ont tendu aux catholicpies une main amie, que le calvinisme leur a toujours dédaigneusement refusée.
Les lignes suivantes, écrites à propos d'une traduction de Fénelon, et qui ont pour la France un intérêt particulier, frapperont certainement quiconque sait comment en Amérique et en Angleterre des pasteurs éclairés et quelquefois même des hommes d'État considérables parlent de la Babylone moderne et de la grande prostituée. Pour venir d'un Samaritain et presque d'un infidèle, la leçon n'en est pas moins belle, et mériterait de n'être pas perdue.
« Ce livre est pour nous le bienvenu, puisqu'il est l'œuvro d'une âme si pure et si heureusement douée. Ajoutons que nous ne Ten aimons pas moins parce qu'il vient d^un catholique. 'Peut-être l'en estimons-nous davantage, car nous voudrions que le protestantisme devint plus sage et plus tolérant, et nous ne connaissons pas de meilleure leçon que l'exemple de Fénelon : il suffit d'un tel homme pour que notre charilé embrasse le corps tout entier auquel il appartient. Sa vertu est assez grande pour défendre toute son Église contre celle réprobation sans mesure et sans distinction dont le zèle protestant Ta trop souvent frappée. Quand on pense que rÉglise catholique compte dans ses rangs plus de cent millions d'âmes, c'est-à-dire plus probablement que la réunion de toutes les autres communions chrétiennes, on doit trembler à l'idée de la proscription qui a été souvent prononcée contre cette immense portion de l'humanité. Il est temps que plus grande justice soit faite à cette antique communauté, si largement répandue sur la terre. L'Église catholique a produit quelquesuns des plus grands et des plus excellents hommes qui aient jamais vécu, c'est une preuve suffisante qu'elle possède toud
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les moyens de salut, À entendre le ton de mépris dont on eii parle qœlqucfois, qui soupçonnerait que Charlemagne, Alfred, Michel-Ange^ Raphaël, le Tasse, Bossuet^ Pascal, Descartes étaient des catholiques? Quelques-uns des plus grands noms dans les arts et dans la guerre^ sur le trône ou dans la chaire, ont été portés par des catholiques.
< Pour ne parler que de notre temps, est-ce que la métropole de la Nouvelle-Angleterre n'a pas vu un sublime modèle de vertu chrétienne dans un évèque catholique? Qui, parmi nos maîtres en religion, oserait se comparer au pieux Cbeverus ? Cet homme de bien, que ses vertus et ses talents ont porté à de hautes dignités dans PÉglise et dans TËtat, et qui a reçu dans sa patrie le double honneur de Tarchiépiscopat el de la pairie, il a vécu au milieu de nous^ dévouant ses jours» ses nuits et tout son cœur au service d'une communauté pauvre et sans éducation. Nous l'avons vu décliner la société des gens éclairés et polis pour rester Tami des ignorants et de ceux qui n'avaient pas d'amis, laissant .pour les plus misérables cabanes les cercles de la vie élégante qu'il eût embellis, portalat avec la tendresse d'un père les peines et les maux de sa nombreuse famille, se chargeant tout ensemble de ses intérêts temporels et spirituels, sans jamais montrer^ même par le plus faible indice, qu'il sentit sa belle âme dégradée par ces fonctions si humbles en apparence. Cet excellent homme, tout entier à son œuvre de miséricorde, nous l'avons vu dans nos rues, par le soleil le plus brûlant de l'été ou parmi les plus rudes assauts de l'hiver, marchant comme si la force de la charité l'armait contre les éléments. Il nous a laissés, mais nous ne Toubllons pas. Il jouit parmi nous de ce qui, pour un tel homme, est plus cher que la renommée : son nom est béni là où les grands du monde sont inconnus. On ne parle de lui qu'avec des bénédictions et des larmes, on soupire après son retour dans plus d'un séjour de douleur et de besoin , comment pouvons-nous fermer nos ciœurs à cette preuve de la puissance qu'a la religion catholique de former de grands hommes et des hommes de bien. »
Maintenant qu'en Gbanning nous connaissons le théologien, il nous sera facile de comprendre ses
idées politiques et sociales ; elles sortent tontes d(^s deux vérités religianses qu'il a proclamées» Ghaiinijaîi; n'est pas de eenx qni sép«:eiit }a religion de la politique et de la rie, ni de ceux qui placent les intérêts du monde et les intérêts du ciel, les vérités divines et les vérités humaines, sur deux lignes parallèle^ qui ne se rencontreat jamais; Jia religion n'étant povir kii que la perfection de la raisooa et du ;9^atiment, cette raison plus aehevée, eette sympathie plus ardente el mieux dirigée, embrassent tous les rapports humains. Le christianisme prend l'homme tout entier; il n'est pas une pensée, pas une action qui ne doive être chrétienne. Tous les grands problèmes du jour, éducation, perfectionnement moral, él^v^tion 4es classes laborieuses, tempérance, paix universelle, abolition de l'esclavage, droits politiques, meilleare forme du gouvernement, tout, pour Channing, se ramène & ses deux principes : amour religieux dos hommes, respect religieux de leur liberté, Au?si dans cette étude porte-t-il une chaleur extrême ; ce n'est pas un sage qui examine froidement un théorème in* différent, c'est un missionnaire qui remplit une oeuvre sainte, et que dévore la plus noble et la plus ardente des passions.
Dans son amour de l'humanité, Channing est bien de son siècle. Il en a toute la générosité et peutrêtrc aussi les illusions. Qu'on dise ce qu'on voudra de notre temps, et que, suivant l'usage, on nous écrase avec la vertu, la piété, l'esprit de nos ancêtres, il n'en est pas moins vrai qu'au travers de toutes nos agitations et de toutes nos erreurs, au fond même des événem^ents les plus déplorables, il 7 a un sentiment qui jamais n'a paru sur la terre avec autant de yiva- "ité. Ce sentiment, qui est celui de la chrétienté tout
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entière, c'est la philanthropie, l'amour de tout ce qui souflfre et de tout ce qui est opprimé, la protection de Tenfance, de la vieillesse, de la misère, de la faiblesse, et môme du repentir, un désir sincère d'élever la condition du pauvre et de l'ignorant. Philanthropie, c'est la devise et ce sera l'honneur de notre âge. Pour Channing, la philanthropie est une passion,' mais avec un caractère particulier qui, la rend tout à la fois plus grande et plus respectable. Chez lui ce n'est pas entraînement, sympathie involontaire, sensibilité physique, c'est l'accomplissement d'un devoir imposé par Dieu même, et qui est une des fins de la création. En un mot, son amour des hommes^ c'est la charité de l'Évangile.
Channing est aussi resté chrétien en un point où notre siècle s'est séparé de la pensée chrétienne pour retourner aux idées de l'antiquité, par un égarement fatal à la liberté. Il pousse au plus haut degré le respect de l'individu; ce n'est pas l'humanité, c'est-à-dire une abstraction, c'est l'homme qu'il aime, et dont il rappelle sans cesse la valeur et la dignité méconnues. Trop souvent, et c'est l'erreur constante des socialistes et des despotes, on imagine un intérêt . général qu'on obtient par le sacrifice des droits particuliers; Channing répète sans se lasser que l'homme n'est pas fait pour la société ni le citoyen pour l'État, mais que tout au contraire État et société n'existent que pour la garantie des droits de l'individu. L'homme n'est pas un ressort de machine qui n'a de valeur que par sa place et sa fonction dans l'ensemble; ce n'est pas un moye% mais un but. Sa fin est en lui-même et non pas dans la sociétés Ce n'est pas la première fois sans doute qu'on a proclamé ces saines idées et défendu les droits naturels, mais je ne sais si jamais
personne a été aussi loin que Channing, car personne n'a eu, je crois, une conviction plus profonde de la grandeur originelle de rhomme , un sentiment plus vif de ce qu'il y a en nous de divin. Il ne faut pas s'y tromper : ce qui rend Tindividu sacré pour le reste du monde, ce qui fait sa liberté et son droit, c'est la pensée, c'est l'âme, c'est cette essence supérieure qui donne au vase le plus fragile un prix inÇjii. Pour respecter et pour aimer son semblable, il faut voir en lui un être immortel. Le matérialisme n'est pas seulement une erreur religieuse, c'est une erreur sociale, c'est la négation du droit ; en même temps qu'il dégrade l'homme intérieur, il prépare sOïi asservissement, et le livre sans défense, esclave à un maître, citoyen à un tyran.
C'est surtout pour attaquer l'esclavage que Channing a usé avec puissance de cet invincible argument. On a combattu la servitude par des raisons de toute espèce, la misère du nègre, par exemple, et la cherté *de son travail ; mais il a été facile de répondre qu'aux États-Unis l'esclave était mieux nourri, mieux vêtu, mieux soigné que le paysan irlandais, et que la cherté de la main-d'œuvre ne signijBait rien dans un pays comme la Caroline et la Louisiane, où le blanc meurt de la fièvre, tandis que le noir cultive avee une parfaite sécurité. C'est sur l'utilité qu'on avait fondé le droit de l'esclave; c'est au nom de l'utilité, de l'intérêt social, de la suprématie de l'État, grands mots qui couvrent tant d'excès, qu'on lui a contesté et refusé la liberté; mais ce qu'on n'ajamais touché, ce qu'on ne touchera jaiLiais, c'est la base inébranlahle sur laquelle Channing pose les droits naturels de l'individu ; c'est pour ainsi dire entre les mains de Dieu qu'il place la liberté de l'homme, et il y a dans ses
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paroles un tel enthousiasme pour la justice, une passion si vertueuse, une majesté si douce, qu'on se sent entraîné malgré soi par cette éloquence qui parle au cœur plus qu'à l'esprit ; on aime l'orateur plus en* core qu'on ne l'estime.
« Devant Dieu et devant la justice, l'homme ne peut pas être une propriété, parce qu'il est un être raisonnable^ mora)^ immortel, parce qu'il a été créé à l'image de Dieu, de Dieu dont il est l'enfant dans le sens le plus élevé du mot, parce qu'il a été créé pour dévelopl)er des facultés divines, et pour fie gôuTerner lui-même suivant une loi suprême, écrite dans son cœur et que la parole de Dieu a une seconde fois promulguée. Toute sa nature défend qu'on s'en saisisse comme d'une chose. C'est insulter son créateur^ c'est porter un coup fatal à la société. Dans tout être humain Dieu a mis un souille immortel, plus précieux que toute la création. Il n'y a pas de langage ni de la terre ni du ciel qui puisse exagérer la valeur d'un homme. Qu'importe l'obscurité de sa condition ! La pensée, la raison, la conscience, la vertu, la charité, une destinée immortelle, une liaison morale avec Dieu, voilà des attributs de notre commune humanité devant lesquels toute distinction extérieure est insigniôante, et qui rendent toute créature infiniment chère à §on auteur. Qu'importe l'ignorance de l'individu? Sa perfectibilité l'aliie aux plus instruits de son espèce, et met à sa portée la science et le bonheur des sphères plus élevées. Tout homme a en soi le germe de la plus grande idée de l'univers, l'idée de Dieu^ et développer cette idée est la fin de son existence. Tout homme a dans son cœur les éléments de cette loi divine, immortelle, à laquelle obéit toute la création; il a l'idée de devoir, et la vie lui a été donnée pour développer, respecter^ pratiquer cette idée. Tout homme sait ce que signifie le mot : vérité ; c'est, il le voit quoiqu'à travers un nuagp, le grand objet de l'intelligence divine comme de Tintelligence créée, et il est capable d'acquérir de la vérité une connaissance qui grandit chaque jour. Tout homme a des aflTections faites pour se purifier et s'étendre en un sublime amour. Tout homme a l'idée du bonheur, et une soif de félicité
que rien ne peut étancher. Telle est notre nature. Partout où nous voyons un homme, nous royons un possesseur çl© c^ grandes facultés. Est-ce que Dieu a fait nu être de cette espèce pour qu'un autre en dispose comme d*un arbre ou d'un animal? N'est-il pas évident que l'homme a été fait pour exercer, développer, améliorer son énergie, qu'il a été créé pour le biea moral, pour le bien spirituel? Quelle injure pour lui, quelle offense au Créateur quand on le force et qu'on le brise pour en faire utt instrument des jouissances d'autrui.
« Quoi donc ! posséder un être immortel créé pour* ccumaltre et adorer Dieu, destiné à survivre au soleil et aux astres I Asservir à nos besoins les plus bas un être fait pour la vérHé et la vertu ! Convertir en un instrument brutal toute cette nature intelligente, qu'illumine, comme un rayon, l'idée dtt devoir, et qui est une plus noble image de Dieu que le monde tout entier! Non; tout peut être possédé dans l'univers; mais un être moral, raisonnable ne peut jamais être une chose. Le soleil et les étoiles peuvent être possédés, mais non pas la dernière des intelligences. Touchez à tout hormis cela. No mettez pas la main sur cette créature à qui un père céleste u donné la raison. Le monde spirituel tout entier vous erie : Arrêtez! Les intelligences les plus élevées reconnaissent letir propre nature et leur droit dans le plus humble des homme:». Au nom de cet esprit inestimable, de cet esprit immortel qui demeure en lui, au nom de cette image de Dieu qu'il porto en sa personne, ne l'écrasez pas dans la poussière, ne le confondez pas avec la brute I * »
On ne doit pas s'étonner qu'avec ce profond respect de la nature humaine, ce sentiment de la grandeur originelle de l'individu, Channing se soit occupe, toute sa vie , de l'éducation et du perfectionnc- , ment des classes ouvrières. Ses écrits les plus intéressants sont peut-être les lectures publiqjies qu'il jBt à Boston en 4838, et qui ont pour objet réducô»tion qu'on se donne à soi-même (self culture) et 1*$-
* Plfuniiiflg» VE^'^lavQfjç, Pari», t856, p. 2^-^Q.
lèvation desi travailleurs '. Quand on lit ces discours, faits pour des ouvriers, et dans lesquels la plus haute raison est jointe au plus noble langage ; quand on sait que le succès en fut immense aux États-Unis et en Angleterre, et qu'encore aujourdliui c'est une lecture favorite dans plus d'un atelier, on comprend alors ce gu'il y a de solide dans la race saxonne, et on la juge tout autrement que les voyageurs, qui n'en ont vu que la rude écorce. Qu'on ouvre, par exemple, la collection que vient de publier M. Everett, et dans laquelle il a réuni les discours qu'il a prononcés depuis quarante ans ; quand on aura vu avec quelle fermeté il parle aux moindres citoyens de leurs devoirs^ du respect et des conditions de la liberté, on sentira qu'il est quelque chosre de plus remarquable encorp qu'une si noble éloquence, c'est le peuple qui l'écoute et qui l'applaudit.
Channing veut relever les classes ouvrières , mais c'est un réformateur chrétien, le chemin qu'il suit n'est pas celui du socialisme, il ne promet pas un labeur attrayant; suivant lui, c'est un effet de la bonté divine de nous avoir placés dans un monde où le travail seul nous conserve la vie. La sujétion aux lois physiques, l'aiguillon du froid et de la faim, 1§L lutte incessante contre la nature , c'est ce qui fait la grandeur de l'homme; un monde où les besoins seraient prévenus ferait une race méprisable. C'est la résistance, c'est l'effort qui donne à l'individu la volonté sans quoi il n'est rien. Le tra- 1 vail est l'école du caractère. Sans doute la souffrance et le besoin sont de rudes professeurs, mais CCS maîtres sévères font une œuvre que jamais n'exé*
Cll^ai^BlDD;, Ç^uvre9 tççiaU^^ Pari»; 19Mi p« 7^
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cutera pour nous Tami le plus tendre et le plus indulgent. Le travail n*est pas seulement Toutil puissant qui donne à la terre sa fécondité et sa beauté, qui soumet l'Océan, qui asservit à nos besoins la matière mille fois transformée ; c'est lui qui donno Tactivité, le courage, la patience, la persévérance, la volonté. Malheur à qui n'a point appris à travailler ! C'est une pauvre créature qui ne se connaît point; les jouissances mêmes dont elle s'attribue le monopole lui échappent. Le plaisir et le repos doivent tout leur charme à la peine, il n'y a pas de fatigue plus grande que l'oisiveté de celui qui ne sait pas user de son esprit.
Ce n'est donc pas en renonçant au travail que le^ ouvriers s'élèveront; ce n'est pas davantage en changeant de rang, en devenant un pouvoir politique, par exemple, en réunissant leurs votes de façon à triompher des riches, à forcer le gouvernement de servir un intérêt particulier. Channing n'attend que des malheurs certains pour l'individu et pour le ■ pays de tout régime où l'on sacrifie une classe de la société. D'ailleurs il sait trop bien qu'en toutes ces agitations le peuple ne fait jamais que servir des passions et des vues égoïstes, toujours instrument et toujours dupe. En homme qui voit de près la démocratie et qui aime sincèrement la liberté, ce qui l'inquiète n'est pas de donner au peuple le pouvoir, comme une arme qui éclatera dans ses mains, c'est de l'instruire, d'éclairer son esprit, de substituer la réflexion à la passion, de lui apprendre à se respecter et à ne plus servir ces factieux qui l'égarent et fondent leur pouvoir sur ses erreurs et ses souffrances. Channing a, du reste, peu de foi dans les Constitutions , il attend beaucoup de cette véritô|
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qui, dit-il, deviendra bientôt évidente : c'est qu'on ' a singulièrement exagéré Timportance du gouvernement, et qu'il y a des moyens bien plus efficaces pour procurer la prospérité des nations. Il n'est pas de ceux qui déifient les institutions politiques; ce n'est ni d'un mécanisme ni d'un individu qu'il attend le bonheur d'un pays. La source en est plus profonde et plus sûre, c'est en soi-même que chacun la trouvera.
Ainsi ce n'est pas d'un changement de condition que Channing attend l'élévation des classes laborieuses ; ce n'est pas davantage d'une organisation qui les porte au premier rang dans l'État. Pour l'homme du peuple qui veut grandir, il n'est qu'un secret, le même pour toutes les conditions, le seul qui mène à la véritable égalité : c'est l'élévation morale. Dieu n'a pas mis la grandeur et la félicité dans des choses extérieures, qui sont nécessairement le monopole du petit nombre, comme la richesse et les emplois ; c'est en soi-même qtie l'homme doit chercher la puissance et le bonheur; qu'il les demande à l'amour du devoir, à l'énergie de la volonté, à la culture de l'esprit. Ces vertus, l'ouvrier le plus misérable y peut atteindre en fortifiant sa pensée parla réflexion et la lecture, en fortifiant son caractère par le goût du travail et la pratique du bien. Qu'il entre dans cette voie féconde, il y trouvera la paix de l'âme, le sentiment de sa force et de sa dignité, qui manque souvent au riche, et, avec son bien propre, celui de la société.
« Quand je considère, dit-il, la puissance de l'esprit, je ne me laisse pas décourager par cette objection que l'ouvrier, si on le pousse à user son temps et son énergie pour élever sa
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pensée, aourra de faim et appauTiira le f^tys^ La pli» grimA force de l'univers, c*est Tesprit. C'est lui qui a créa les cieux et la terre; c'est lui qui a changé le désert en un sol iécond, et qui a réuni les contrées les plus éloignées en servant leurs mutuels besoins. Ce n'est pas la force brutale, l'effort matériel qui fait la puissance de l'homme dans le monde, c'est l'art, l'habileté, l'énergie morale et intellectuelle. C'est l'esprit qui a conquis la matière. Craindre que développer rintelligence d'un peuple soit l'appauvrir et l'affamer, c'est avoir peur d'une ombre. Je pense, au contraire, qu'avec l'accroissement de la puissance intellectuelle et morale d'un peuple sa puissance productive grandira, que l'industrie deviendra plus efficace, qu'une plus sage économie accroîtra la richesse, qu'on découvrira dans l'art et la nature des ressources qn'on n'a pas encore imaginées. Je crois que les moyens d'existence sont d'autant plus aisés qu'un peuple devient plus éclairé, plus résolu, plus juste, et qn'il se respecte davantage. On peut mesurer les forces de la nature et celles du corps, mais non pas prédire les résultais d'un accroissement dans l'énergie de l'esprit. Un peuple qui en serait là briserait des obstacles réputés invincibles, et en ferait des instruments. C'est l'intérieur qui donne la forme aux choses extérieures. La puissance d'une nation est dans, son esprit, et cet esprit, si on le fortifie^ si on l'agrandit, mettra la nature en harmonie avec lui-même, et créera le monde qui lui convient. »
Il m'est impossible de suivre plus longtemps Chaaning dans le développement de ces idées, qui ont soutenu toute sa vie, et dont la vivacité fera peutêtre sourire des gens moins confiants dans l'avenir de l'humanité ; .mais qu'on le lise, et je suis convaincu qu'on cédera, malgré soi, à l'influence pénétrante de cette âme pure, de ce cœur honnête, de cette raison hardie qu'aucun problème n'effraye, et qui les résout souvent avec tant de nouveauté et de bonheur. Ses écrits produisent un effet singulier. On sent qu'on a devant soi un homme qui ne fait pas métier d'écrire
OU de, prêcher, qui ne poursuit ni la gloire littéraire, ni rinfluence religieuse, ni Tautorité politique, mais qui tient à se faire une idée juste de toutes choses, parce que chez lui la pensée est toujours le principe et la règle de l'action. On comprend alors la puissance de ses écrits , la force de son exemple , la grandeur morale de cette vie toute consacrée au culte de la vérité.
Du reste, jamais existence ne fut plus belle ni plus douce, Channing a été la preuve vivante d'une doctrine qu'il a souvent défendue, c'est que le ciel est en nous, et que le plus sage est aussi le plus heureux. « Je trouve, écrivmt-il en 1826, que la vie est un hien- « fait dont la valeur croit chaque jour. Je n'ai pas « trouvé que ce fiit une liqueur qui pétille et brille à la « surface, mais qui devient insipide quand on laboit. De « fait, Je n'aime pas cette vieille comparaison. La vie « n'est pas une coupe qu'on emplit au fleuve du temps. (( Elle est elle-même un fleuve ; et quoique à sa nais* « sauce elle jaillisse et murmure plus gaiement qu'elle n ne fera plus tard, cependant elle est destinée, en (( avançant, à couler parmi des régions plus belles, à « orner ses rives d'une verdure plus riche et d'une « plus abondante moisson. Ne dites pas que ces es- « pérances sont trompées. Je crois qu'il y a une «foule d'individus qui n'ont pas trouvé leur en- « fance et leur jeunesse aussi heureuses que leurs « dernières années. » Et, peu de temps avant sa mort, il écrivait les lignes suivantes, où se peint dans toute sa sérénité sa confiance en la raison et en Dieu : a La vie est réellement une bénédiction pour « nous. Quel monde serait le nôtre si je pouvais voir «les autres aussi heureux que nousl Oui, malgré • l'obscurité qui l'enveloppe, ce monde est bon.
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« Plus je vt>, et plus je vois la lumière qui perce au tra^ « vers des nuages. Je suis sûr que le soleil est là-haut ! n Ai-je eu tort d'appeler rattention sur cette belle et bonne nature, et de croire qu'en France on éprouverait pour Clianning quelque chose de la sympathie qui lui a conquis tant de partisans dans les deux mondes? Je ne sais, mais je crois n'avoir point cédé à un entraînement irréfléchi quand je vois qu'un ennemi déclaré des unitaires, un esprit chagrin, revenu dans sa vieillesse de l'enthousiasme et de l'admiration, Coleridge, n'avait pu se défendre de l'influence de Channing. « C'est, disait-il, un philosophe dans « toutes les acceptions possibles du mot. Il a l'amour « de la science et la science de l'amoar, » jeu de mots plus profond que bizarre, et qui rend bien la douce et vive physionomie de cet homme de bien , qui,' toute sa vie, consumé d'un même sentiment et d'une même idée, chercha la justice et la vérité de toutes les forces de son esprit, et aima Dieu et l'homme de toutes les forces de ion cœur*
jQillet taâ3t