H. BUNSEN ET SAINT HIPPOLYTE
Ce n^est pas Dieu qui nous dit que Josué a arrêté le soleil, mais un homme à qui Dieu, tout en lui donnant son esprit, n'avait nul besoin de révéler le système du monde. Les Évangiles ne sont pas les Tables de. la loi, mais une histoire où les apôtres nous racontent la vie, les instructions et la mort de Jésus- Christ, Nous y cherchons, non pas des mots sortis d'une bouche divine, mais la parole de Dieu prise au sens spirituel, c'est-à-dire- l'éternelle vérité ; c'est là une œuvre qui appartient à la conscience et à la raison.
L'école allemande repousse avec vivacité la doctrine qui fait de la religion, immobilisée en des termes sacramenteb, quelque chose d'extérieur et d'étranger à l'homme, une sorte de vérité mathématique, un absolu , tout au contraire elle considère la religion comme essentiellement subjective et faite pour l'individu. La religion existe en nous et pour chacun de nous dans la mesure de notre intelligence, simple avec les petits, sublime avec les grands ; et comme l'esprit humain est dans un flux continuel, ainsi s'accommode-t-elle à tous les temps. Saint Paul recommande à l'esclave d'obéir à son maître; au dixneuvième siècle, le christianisme réprouve l'esclavage; la religion n'a pas changé ses principes, mais elle est plus exigeante avec des hommes que depuis dix-huit siècles elle a nourris et élevés. Est-ce donc • à dire que l'éternelle vérité ou Dieu même soit chose variable et contingente ? Non , Dieu et la vérité ne changent pas; mais l'homme ici-bas ne les voit jamais face à face, son esprit borné n'en pourrait comprendre la plénitude; c'est pas à pas qu'il s'approche de l'éternelle lumière par le développement régulier des facultés dont une main divine l'a doué.
Avancer chaque jour, faire de toute vérité découverte ou mieux connue Finstrument d*un nouveau progrès, c'est la loi de la science et dé Tart, parce que c'est la loi même de l'intelligence humaine; la vie morale n'est aussi qu'un perfectionnement continuel, chez l'individu comme chez les nations les idées morales s'élèvent et s'épurent sans cesse; pourquoi donc supposer que Dieu ait eu besoin d'une loi différente pour la religion qui n'est que la vérité mieux connue et une morale plus parfaite? •
On conçoit qu'avec des idées aussi philosophiques l'école allemande ait peu de goût pour les formulaires. Ce sont, suivant une ingénieuse expression de M. Bunsen, des tombeaux où l'on enferme les idées toutes vivantes. S'y laisser emprisonner, c'est prendre la théologie, ou, moins encore, c'est prendre la scolastique pour la reUgion. En ce point on ne fait nulle différence entre le catholicisme et l'ancien protestantisme ; symbole de Nicée ou confession d'Augsbonfg, c'est tout un; c'est toujours la prétention d'arrêter à un jour donné la marche de l'esprit humain, et de dire à cette force qui ne s'arrête jamais : Tu n'iras pas plus loin. Le lendemain, la vie se développe en dehors du symbole, et un jour vient où la religion officielle n'est plus qu'une vaine enveloppe d'où Pesprit s'est envolé. La pratique n'est plus qu'une gêne pour les esprits forts, une idolâtrie pour le peuple et pour les femmes; la religion s'est perdue entre le scepticisme et la superstition.
N'y a-t-il donc pas des croyances fondamentales qui constituent le christianisme ? Oui , sans doute ; mais ces doctrines essentielles sont en petit nombre, et celui qui remonte aux origines du christianisme et à l'Église des premiers temps verra bientôt que