‹ La liberté religieuse: 3:e édChapitre 17 sur 31 · M. BUNSEN ET SAINT HIPPOIYTE · texte numérisé non relu

M. BUNSEN ET SAINT HIPPOIYTE

la religion laisse à Tesprit de Thomme la liberté dont il a besoin. Il suffit d'ouvrir les Pères des trois premiers siècles pour s'assurer qu'ils philosophaient librement sur des sujets qu'il n'est plus permis de toucher aujourd'hui. Ainsi, et ce trait est caractéristique de la nouvelle école, ce n'est pas seulement à la raison, comme fait Channing, c'est encore à la tradition qu'elle s'adresse pour demander la liberté de consfîience et d'opinion. C'est ce qui explique le soin jaloux avec lequel M. Bunsen et ses amis remuent les monuments primitifs du cliristianisme , surtout ceux qui sont antérieurs au concile de Nicée. A la différence des anciens protestants qui cherchent dans les premiers usages de l'Église la justification de certains dogmes et de certaines pratiques, ce que veut y montrer aujourd'hui M. Bunsen, c'est le principe de la liberté ; on pourrait dire sans paradoxe que ce qui l'intéresse dans les antiques liturgies et dans l'ancien droit canonique, c'est bien moins ce qui s'y trouve que ce qui n'y est pas,

On comprend maintenant l'intérêt qui s'attache à ces recherches sur les doctrines et les pratiques de l'Église primitive. L'école n'y va plus chercher, comme autrefois, des armes pour la controverse, des textes à opposer aux textes d'un adversaire; tout au contraire : elle y va prendre un principe qui frappe de mort l'esprit de controverse, et mène à l'union par la liberté. Tandis que Calvin et les trop nombreux liéritiers de ses doctrines ont porté à l'extrême les passions sectaires, et multiplié les formules et les dissidences, l'Église nouvelle, loin de maudire et de damner ceux qui pensent autrement qu'elle, ne veut voir dans cette diversité d'opinion que l'usage même de la liberté que Dieu nous a laissée, l'exercice de

la raison qui doit nous conduire à la foi. Ainsi se prépare une grande conuDunion qui embrasse tous ceux qui s'avouent les disciples de TÉvangile et reconnaissent la divinité de Jésus-Christ, c'est-à-dire toutes les communautés protestantes , à Texception des unitaires ; une Église dont la raison d'être n'est plus la négation des doctrines catholiques, une protestation contre ce qu'elle suppose Terreur, mais l'affirmation des principes chrétiens, une Église que constitue, non pas l'unité des formes, qui est chose indififérente, mais l'unité d'esprit, qui est la véritable unité chrétienne.

Mais, pour arriver à cette union, ou, pour parler moins ambitieusement, à cette tolérance mutuelle des Églises, il y a une première, une indispensable condition à rempHr. Il ne faut plus que l'Église soit dans la main de l'État. C'est encore en remontant aux origineâ chrétiennes, c'est au nom de la liberté des premiers fidèles que M. Bunsen demande une administration indépendante pour chaque communauté. JjOrs de la Réforme, la haine de la hiérarchie catholique poussa trop loin les chefs du mouvement. L'Église, réduite au rang de simple société civile, fut livrée au prince et au magistrat, on eut des rois pour évêques et pour conciles des Parlements. Aujourd'hui on ne veut plus d'une servitude qui est une des grandes infériorités du protestantisme. Ce qu'on veut, ce qu'on réclame, c'est que, par un retour aux usages antiques, le peuple chrétien, c'est-à-dire les fidèles, les laïques, membres effectifs de la congrégation, aient droit de prendre part à la nomination de leurs pasteurs, et exercent dans le synode un droit de contrôle et de jugement.' Dès lors, suivant l'auteur, l'antagonisme du pouvoir spirituel et du pouvoir temporel ne signifie

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