K. BUNSEN ET SAINT HIPPOLTTK
que de pareils efforts^ mais peut-être, en se bornant ainsi, n*a-t-on pas donné à la religion tout le secours qu'elle est en droit d'attendre de la science moderne. On a fait pour le catholicisme, si Ton me permet cette comparaison, ce qu'on a fait pour Tarchitecture du moyen âgé. Des hommes de goût ont réhabilité les égUses gothiques; ils ont montré combien il y avait de grandeur et de beauté dans ces formes qui rendaient si bien la pensée religieuse. Grâce à leurs efforts, nous sentons aujourd'hui la majesté de nos cathédrales, nous comprenons que Tart est infini comme lldée du beau qu'il exprime. Le succès a été complet, mais on s'est renfermé dans une admiration exclusive, c'est là qu'est l'erreur et le danger. Combien de fidèles pour qui l'ogive est devenue le symbole du cathoUcisme, qui ne voient qu'un temple païen dans la Madeleine, et ne peuvent prier que sous ces voûtes sombres où Dieu semble présent dans le silence et l'obscurité I Cependant le chrétien qui zisite la ville éternelle, et qui trouve à Rome, non pas des églises gothiques, mais des basiliques bien . plus anciennes, élevées sur les catacombes où dorment les premiers martyrs, celui-là, après un moment de surprise, voit se lever devant lui tout un âge inconnu, tout un art rehgieux plus ancien de formes que le nôtre, plus simple, plus grand, et par sa simplicité même plus près de nous.
Eh bien, s'il faut tout dire, il en est du christianisme tout entier comme de son architecture. Je laisse de côté le dogme, question brûlante qu'il ne m'appartient pas de toucher; mais tout ce qui manifeste la pensée chrétienne et se modifie avec les générations : lois, disciplines, cérémonies, prières, tout est plus grand dans l'Église des premiers siècles et noua
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touche de plus près. En peut-il être autrement pour qui veut y réfléchir? Ce que nous nommons l'Église, ce n'est pas une abstraction, quelque chose d'invariable, c'est la société religieuse qui honore le Christ sur la terre ; mais cette société religieuse, c'est aussi la société civile ; elle est composée des mêmes hommes, l'Église du dix-neuvième siècle, c'est nous. Une religion , quelque immuable que soit son symbole, prend toujours le ton du temps et des hommes qui la professent; le catholicisme a été barbare sous les rois francs, et monarchique sous Louis XIV, comme il est républicain aux États-Unis. Il est donc tout naturel que ce qui dans nos mœurs et dans nos idées nous rapproche ou nous éloigne d'une société passée nous rapproche ou nous éloigne également de son Église» Comment serions-nous près des formes religieuses et des usages particuliers du moyen âge , quand la féodalité a été écrasée sous la juste malédiction de nos pères? N'est-ce pas compromettre la religion que de nous oflErir comme idéal ce temps • où la liberté était une étrangère, sinon une ennemie? n n'en est pas de même du monde où s'est établi le christianisme : c'est un miroir où nous nous retrouvons tout entiers. Ce n'est pas au milieu des ténèbres qu'a paru la doctrine du Maître, il ne faut pas nous figurer les apôtres comme ces pieux missionnaires qui portent la bonne nouvelle à de pauvres. Indiens bien ignorants. Le christianisme est entré d'assaut dans iine société raffînée et qui se laissait prendre au piège même de la civilisation, inter expoliios et ipsâ urbanitate deceptos, comme dit Tertul- Jien. Il a trouvé en face de lui des philosophes qui, tout en s'indinant devant la superstition populaire, ne croyaient qu'à la seule raison; il a été perse-
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