‹ La liberté religieuse: 3:e édChapitre 21 sur 31 · BUNSEN ET SAINT HIPPÎLTTB · texte numérisé non relu

BUNSEN ET SAINT HIPPÎLTTB

liste ne le quittait pas, et, comme je r?i dit, il perdit Zéphyrin qui n'était pas capable de juger les opinions et de démêler la ruse d'un homme qui cherchait toujours à lui pUir^. Zéphyrin mort, Calliste (élu son successeur), croyant l'occasion favorable, expulsa Sabinus comme ayant des opinions suspectes. Comme il me redoutait, il pensa qu'il étoufferait ainsi l'accusation portée devant les Églises en faisant preuve d'orthodoxie, car c'était un homme fin, malicieux et qui finit par tromper tout le monde. »

Un banqueroutier, un homme qui a voulu se donner la mort, et qui, s'élevant par la ruse et la dissimulation jusqu'à la chaire de Saint-Pierre, y porte l'hérésie, voilà, au premier abord, une histoire faite pour attrister les catholiques et réjouir les ennemis de la papauté, on doit savoir gré à M. Bunsen de la modération avec laquelle il a traité ce sujet délicat. Cependant, en regardant le fond des choses, il est aisé de voir que tout porte sur une base des plus faibles, la passion est trop sensible en un point pour qu'il ne soit pas permis de mettre en doute le récit tout entier.

Comme le démontre M. Bumen, Hippolyte, tout en condamnant la doctrine des Montanistes, était partisan de leur discipline. La sévérité de la secte l'avait séduit, nous savons jusqu'où elle égara Tertullîen. Calliste, au contraire, avait une indulgence qui révoltait des ômes moins tendres. On lui refusait le droit de rétablir dans les honneurs du sacerdoce le prêtre qui, après avoir failli, s'était réhabilité par la pénitence. Devant des résistances et des rigueurs assurément peu chi'étiennes, le Pape avait déclaré hérétiques ceux qui combattaient sa douceur. C'en est assez pour expliquer son crime et les emportements d'un adversaire. Ce qve les hommes pardonnent le

moins, et les saints sont souvent des hommes, c^est qu'on pense autrement qu'ils ne font; de toutes les passions .celles de Tesprit sont les plus intraitables et les plus [cruelles. Hippolyte, impartial pour des hérésies véritables, ne doutait pas qu'il eût le droit d'excommunier l'évêque de Rome, la colèrç qui l'aveuglait lui faisait perdre toute mesure et toute raison. C'est l'histoire de tous les partis et de tous les âges. 11 est probable que si l'on remuait la poudre du jansénisme, on y trouverait contre les Papes du temps des accusations aussi violentes et aussi peu fondées que celles d'Hippolyte.

Pour moi, je l'avoue, ce qui me frappe dans l'histoire de Calliste, ce n'est ni l'hérésie qui me parait douteuse, ni la banqueroute qui me semble un de ces récits qu'invente la haine et que propagent l'envie et ^ la curiosité, c'est ce que l'auteur dit froidement et sans y attacher d'importance. Cet homme qu'on met à la tête d'une communauté déjà considérable, d'une société qui, suivant TertuUien, est partout, et qu'on nous montre environnant Commode et trompant sa cruauté , cet homme est un esclave, ou tout au plus un affranchi. Déjà les cœurs et les esprits sont changés, une sève nouvelle, la sève chrétienne, circule sous l'écorce de la vieille société qu'elle va faire éclater de toutes parts et tomber en lambeaux.

Est-ce là, dira-t-on, cette Église primitive, ce peuple de saints, cette société angélique dont Fleury nous fait la naïve peinture? Ce sont nos passions et nos faiblesses. Calliste et Hippolyte , deux martyrs et deux sfidnts, sont des hommes comme nous. Oui, sans doute, et il ne faut pas craindre de l'avouer, vous comprendrons mieux ainsi toute la puissance

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