‹ La liberté religieuse: 3:e édChapitre 27 sur 31 · MADAME DE GASPARIN · texte numérisé non relu

MADAME DE GASPARIN

font tant de bien aux absents ; pour que madame de Gasparîn attaque Tinstitution des diaconesses, il faut donc qu'elle y voie autre chose qu'une œuvre de bienfaisance; ce qu'elle blâme ne peut pas être ce que mistriss Jameson loue si justement et si bien. En efiet, ce que combat madame de Gasparin, c'est, comme le dit le titre de son livre, l'établissement de corporations monastiques au sein du protestantisme ; elle voit dans ce fait un abandon du principe même de la Réforme, un retour au catholicisme. La question "qu'elle examine est une question générale, c'est une phase du protestantisme qu'elle étudie ; son livre n'est pas un pamphlet de circonstance , mais une page importante de l'histoire religieuse de notre temps.

Avant tout, l'auteur commence par nous faire connaître les maisons protestantes , nous le suivrons dans cet exposé, car les faits sont peu répandus en France, quoique de nature à intéresser tous les partis.

C'est à Kaiserswertlî, petite ville située sur le Rhin, dans le voisinage, de Dusseldorff, qu'un homme de bien, M. le pasteiur Fliedner, a commencé, il y a trente ans, une série de fondations pieuses, qui semblent empruntées de saint Vincent de Paul. Pénitencier, hospice pour les fous, maison pour les orphelins, salle d'asile, hôpital, école normale pour former des diaconesses à l'éducation des enfants, ce n'est là qu'une partie des œuvres que M. Fliedner a imaginées dans son ingénieuse charité, et qu'il a exécutées sans autres ressources que son amour des pauvres et la générosité des fidèles.

Pour ne parler que de l'hôpital, c'est en 1836 que M. Fliedner l'établit dans une manufacture abandonnée. Ce qui l'avait conduit à cette fondation^ c'était

le ipauque de bonnes gardes pour soigner les pauvres malles et le désir d'ouvrir aux femmes chrétiennes une carrière où elles pourraient employer leur dé* vouement nature] . M. Fliedner commença petitement, comme d'ordinaire, avec une seule garde et un seul , malade. A la fin de la première année, sept femmes s'étaient présentées volontairement, on avait soigné soixante personnes à l'hôpital et vingt-huit à domicile. En 1854, la maison contenait cent vingt lits, presijue toujours occupés, on avait reçu plus de six mille pensippnaires depuis l'ouverture de l'institution.

Toutefois, et c'est en ce point que les œuvres et les idées de M. Fliedner nous intéressent, soigner les pauvres de Kaiserswerth n'était point l'objet principal de cette fondation ; ce qu'avait voulu l'excellent ministre, c'était établir une pépinière, j'oserais presque dire un Ordre de diaconesses, ou sœurs de charité protestantes. Quand on lit la règle de Kaiserswerth, on voit que son auteur a eu sous les yeux la règle des sœurs catholiques; les différences, s'il y en a, n'ont rien d'essentiel. Quelques mots permettront d'en juger.

À Kaiserswerth, on reçoit à la vocation les filles ou veuves ayant plus de dix-huit ans et moins de quarante ans. On prend à l'essai, pendant six mois, chacune de celles qui se présentent pour cette pieuse * mission; pendant ce temps, l'élève paye pension et ne porte point de costume distinctif. Si elle persiste dans sa vocation, et si elle est agréée, elle subit une seconde épreuve d'un à trois ans; c'est le noviciat des ^œurs catholiques ; elle prend alors l'habit de la maillon, et l'on se charge de son entretien.

Ce noviciat est suivi d'une consécration solennelle

tf ADÀMG DE GASPAKIN. 359

la diaconesse s'engage à servir Tœuvre pendant cinq années et promet une obéissance filiale à la direction. Ce service est gratuit; chaque sœur reçoit annuellement une petite somme pour s'habiller, mais rien de plu9; et il lui est défendu de rien accepter pour les soins qu'elÎ3 donne. Si l'âge ou la maladie paralysent son zèle, elle trouve des secours et un abri dans la maisonrmère. On voit que nous ne sommes pas trèsloin d'un couvent.

Sans doute, il n'y a ni clôture ni vœux perpétuels, mais nos sœurs de charité ne sont pas non plus cloîtrées, et dans l'Ordre de Saint-Joseph, pour ne citer que cet exemple, les vœux sont annuels. Des deuf parts, c'est la vocation, c'est-à-dire la volonté seule qui engage, lien d'autant plus fort sur les âmes délicates que c'est la conscience qui l'impose et qui le maintient. Du reste, la maison protestante a tous les caractères d'un Ordre catholique : le noviciat, la profession, l'habit, les trois vœux de célibat, d'obéissance et de pauvreté. Le nom y manque, mais la chose y est, comme le montre madame de Gasparin, j'ajoute qu'il n'en peut pas être autrement, car ces conditions sont nécessaires pour constituer une communauté permanente; ce sont elles qui distinguent une corporation reUgieuse d'avec une école normale qui change et se renouvelle tous les jours.

Dans l'Allemagne luthérienne, la fondation de M. Fliedner a été accueillie avec grande faveur. A Berlin, l'hospice de Béthanie, placé sous la protection de la reine, est devenu une maison-mère, dirigée par madame la baronne de Rantzau, qui a été s'instruire à Kaiserswerth. Breslau, Francfort, Dresde, Elberfeld, Kreuznach, Sarrebruck ont des diaconesses pour soigner leurs malades. Le roi de Prusse, que la bonté de

360 lA ItBERTé AELIGtfitlSS.

son cœur incline vers de pareilles institutions et (ju*un goût prononcé pour le moyen âge éloigne plus qu'il ne le croit des idées de la Réforme, s'est fait le protecteur de l'œuvre, et en Orient, par exemple, on trouve des sœurs protestantes partout où il y a un consul prussien, à Constantinople, à Smyme, à Beyrouth, à Jérusalem. L'œuvre s'est aussi répandue d'elle-même hors d'Allemagne, comme à Nimègue ou à Utrecht, elle a suivi l'émigration germanique à Londres et même à Pittsburg, aux États-Unis. En somme, le succès a été tel, qu'en d853 on comptait 116 diaconesses desservant 23" hôpitaux. Mistriss Jameson a donc raison de dire que l'épreuve est décisive, et qu'une société protestante peut avoir aussi ges sœurs de charité.

Dans son zèle inépuisable , M. Pliedner a voulu former des frères protestants, qui fussent infirmiers, maîtres d'école, diacres d'église ; mais l'établissemenl de Duisburg, plus récent que Kaiserswerth, n'a pas aussi bien réussi. Il est vrai qu'un rival de charité avait pris les devants, c'était le fondateur du Rauhe Haus, à Horn, près de Hambourg, M. le candidat Wichern. M. Wichern est un des personnages les plus curieux de l'Allemagne chrétienne; c'est un utilitaire en religion, un de ces hommes qui à force d'activité et d'inventions remuent tout un pays, s'emparent de l'opinion, et font triompher la cause de l'Évangile en la mettant à la mode. C'est M. Wichern qui, après avoir établi au Rauhe Haus une colonie pour les orphelins et les jeunes condamnés, a imaginé en 1849 la Mission intérieure \ c'est-à-dire tout un

' Die innére Mission der deuischen evattgelUchen Kirche. Hain« Burg, 184U. ,

Googk

VÀDAUE DE GASPAKIN. 361

ensemble de mesures calculées pour sauver de Tii^norance et du crime cette foule païenne de nos villes, qui n'a jamais reçu la parole du Christ. Comme M. Fliedner, M. Wichern a cherché un modèle dans le catholicisme, il a imité l'abbé Rey, le fondateur d'Oullins. C'est à l'exemple des Joséphins tju'il a Toulu former des surveillants de prison, des directeurs d'asile, des visiteurs des pauvres; mais, à la différence de Kaiserswerth, il a conservé à son établissement le caractère protestant; on n'y connaît ni le célibat, ni le renoncement au salaire, ni Tobédience. Le Raithe Haus est une école normale, ce n'est pas un couvent.

L'Angleterre a aussi ses diaconesses sous un autre nom. Ce sont les nursing sisters ou sœur» gardesmalades établies par madame Fry, sainte femme qui a consacré toute sa vie à la charité, et dont le nom est béni dans les prisons ; ce sont encore les sistef's of Mercy instituées par miss Sellon sous la protection de la haute Église. La fondation de madame Fry n'est qu'une école chrétienne pour l'éducation des gardesmalades; les sœurs de la Merci sont au contraire un Ordre religieux.

S'il est du reste un pays où l'imitation du catholi^ cisme soit naturelle, c'est l'Angleterre, qui, dans quelques-unes de ses croyances, dans sa hiérarchie, dans sa discipline, dans la forme de son culte, a conservé tant d'éléments romains. C'est de la liturgie anglicane que Jacques P' disait avec esprit qu'il n'y voyait qu'Mw^ messe moins bien chantée. Aussi ne faut-il pas s'étonner si miss Sellon a pu établir dans les environs de Devonport un vrai couvent, avec oratoire, tableau sur l'autel, croix sur les habits, heures canoniales, vie commune» renoncement au salaire, célibat,

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obédience filiale envers la rnère supérieure. H y a dans TÉgUse anglicane de hauts fonctionnaires, et à leur tête Téyêqued'Exeter. le protecteur de l'œuvre de la .Merci, qui regrettent publiquement Tabsence d'Ordres religieux, comme une infériorité de leur*communion,.et qui applaudissent àrexemple que donne miss Sellon. En. quelqi^es points sans^ddute la maison, de la Merci se distingue de nos couvents les pluS sévères; on y repousse 4es abstisenee» été*' g^ées, on y respecte les droits de la famiUe^; îumseulemaitlea parents sont reçus cbaqtie jour à des heures mairquées, mais on donne à chaqtfe s<feur des vacances annuelles pour qu'elle se retrouve parmi les siens et ne rompç pas un lien sacré. Toutefois, malgré ces nuances, le fond est tellemeat romai&que l'œuvre a soulevé les répugnance» de l'opinioirv' et que le clergé^ de Plymouth Ta dénoncée publiquement. Les sœurs de la Merci font des prodiges de charité; à Devonport, à Londres,, à Bristd,* eller nourrissent les pauvres, elles ont des maisons pour les orphelins, des refuges pour les vieux marins, des collèges pour les fils de matelots^ des écoles pour les petits misérables {ragged schools); mais l'institation a ' un aspect trop catholique pour être populairei Mistriss Jameson ne parle même, pas de miss SeUon;- à Londres, quand on a besoin- de gardes-malades patpr la Grimée vH quç les offices arrivent de toutes parts, c'est à peine bi l'on accepte quittresœursdela Merci. C'est à miss Nightingale que le ministère s'adresse, c'est-à-dire à une personne libre^ quoique élève de Kaiserswerth, et ce qu'on lui demandee'est d'établir des infirmières chrétiennes; riende plu» : On ne veut ni diaconesses, ni:s<Burs de charité.

Dans les .pajrs calvinist6s«.jQn'a essayé, aussi de» ^

MADAME DK GASPARIN. 8B3

diaconesses, :mais avec peru de succès. En ^Suisse, M. le pasteur Germond dînge l'étabKssemeiit'JÉcliàl' lens, transféré aujourd-'hùi à l'hospice 'de Sàin^Loop SHr une des pentes du' Jura. -^A Paris, -M. lepasteur Vermeil, assisté de respectables confrères, -a- coittraencé en 184^ une œuvre semHàWe.'Uiibospice, un refuge pour les repenties, des ouvroirs oiit été confiés à des diaconesses. De l'aveu même de' leurs adversaires; ni le zèle, ni la piété, ni l'intelligence n'ortt manqué aux fondateurs ; mais Us ont rencoiitré une vive opposition qui a gêné leur entreprise. 'Paris, par exemple, en 1854, ne comptait que quatorze ^ sœurs et douze aspirantes ou novices : l'œuvre faiblissait au lieu de grandir.

A quoi tient cette impuissance^ à rien autre chose qu'à la défaveur avec laquelle les calvînîstefs voient cette imitation des usagés Tomains. *Bn vain M. Germond, M. Vermeil et 'leurs amis 'prdteàteitt contre une répugnance qui leur garait injuste, ren vain ils proclament bien haut x[ue les diaconesses oie ressemblent en rien aux sœurs catholiques*; on ne les écoute pas, on leur signale ees caractères qii'ite bîïh sayent en vain d'affaiblir : le célibat, rdbédience, la pauvreté volontaire, la vie conventuelle, 'Bn ce point, dans l'Église réformée, tous les partis soiit d'accord-; c'est madame de Gasparniqrd jette le cri fl'ëlarme'; mais ce cri est répété parle journal de M. Coquerël'*, et je vois les mêmes défiances exprimées avec non moins de fermeté dans la Revue ehriftierme^y par un homme qui a autant de modération -que Se talent,

* Voyw (Uns /«Xt^n, journal dea ËglUsB <iéfotmées, 7 juillet 1855, on 1)0D {^rticle de M. A. Réville.

* Hevue ehrédcrmef n* 6, Juin 1866.

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M. Edmond de Pressensé. Et pendant que les calvinistes repoussent toute espèce de corporation charitable, un luthérien français, M. le pasteur Hserter établit à Strasbourg une œuvre semblable à celle de Kaiscrswerth, et il réussit. Les Jungerinnen Jesu {Jungem est en allemand le nom des disciples du Sauveur) se multiplient comme les diaconesses. La maison fondée en 1842 compte soixante sœurs en 1854, elle répand ces fidèles servantes des pauvres dans toute la vallée du Bhin. C'est donc bien l'esprit de Genève qui se soulève encore une fois contre l'esprit de Rome, et qui rejette avec jalousie tout ce qui tient à un système abhorré.

C'est là, dira-t-on, une querelle intérieure qui prouve l'impuissance et la sécheresse du calvinisme; à quoi bon nous parler de ces misères ? Je crois au contraire qu'il y a là une question d'une gravité extrême, je ne sais rien qui prête plus à la réflexion que la façon dont une même révélation contenue dans un même hvre a été prise par les deux Églises chrétiennes les plus logiques : l'une la plus ancienne,' la plus puissante, la plus nombreuse de toutes, qui est fondée sur l'autorité infaillible d'un chef, l'autre qui ne connaît que l'individu. Église qui ne date que de trois siècles, mais qui depuis lors a toujours grandi, qui règne en Amérique, et qui, partagée en mille sectes, ne perd rien cependant de son indomptable vitahté.

Pour les cathoUques, la Bible est un livre muet, sinon même un livre dangereux pour les imprudents qui l'interrogent sans y être préparés et conduits; il faut à la Bible une voix vivante qui en donne le vrai sens; cette voix, c'est l'Église, toujours inspirée par son divin fondateur. L'Église a trouvé dans la Bible

KADÀME DE 6ASPARIN. 365

des choses qui sont de précepte étroit et des choses qui sont de conseil : à côté de la vie ordinaire elle a placé une vie plus parfaite, un idéal qu'elle propose aux esprits ardents, aux cœurs passionnés, aux âmes dégoûtées de la terre. Il y a chez les catholiques deux sociétés personnifiées par les deux sœurs de Lazare, Marthe et Marie. A côté du peuple qui travaille, qui porte le poids du jour, qui se marie, qui élève ses enfants, il y a un peuple qui vit d'aumônes, qui prie, qui se consacre au soin des malades, des pauvres, des vieillards. Cette société, qui a choisi la meilleure part *, est bien plus parfaite que sa sœur, et tandis que cette dernière se nomme le siècle^ Tautrc sintitule elle-même,- et dans un sens raffiné : religion.

On voit ce que sont les couvents pour l'Église cafhoUque; c'est le couronnement de l'œuvre, c'est l'idéal de la vie. Dans la multiplication des communautés l'État peut craindre un abus, l'Église ne verra jamais dans les sœurs et les religieux que les plus parfaits des ^chrétiens, elle considérera toujours un Ordre nouveau comme une nouvelle milice qui lui pro- . met un triomphe de plus.

n en est tout autrement dans le calvinisme ; c'est le contre-pied des doctrines romaines. Point de clergé privilégié qui interprète la Bible; chacun est charge de sa propre conduite, chacun est prêtre et laïque à la fois; par un miracle perpétuel, le livre saint répond directement au cœur pieux qui l'interroge; c'est ce que Milton, le poète puritain, a exprimé en de beaux vers :

God hath now sent bis living oracle Into the world to teach his final will,

> SaiDl Luc, X,.42.

3C\B LA UBCHTC nKLI61l%SK.

Afid Sfmig \^^'4 oC imU^ hemcKlktih io d'vvdl To ail tryth r^qMjsit^ {or n^evi to l:»fm ^

Comme ils n'ont p^^s ynç Églis/^ infaillible qui pt^me distinguer dans récriture mainte, ]bs réarmés regar* dent la parole de Pieu pornos toujouiil oMig»tKiîfi?« et égalemient pl^Ugatoire pj^.ur tovLS, U jk*f a ^oe pas chez «ux deux sociétés, VimB qui appar^eune déjà au ciel y Tautre qui appartieime i la ter^e; il n'y ^ qu'une seule société qui travaille et prie en mémi^ temps. 11 li'y a pas de frèr^, il n-y a pi^ d# Mvrs, parce que tous les clirëtiens isont égialemi^nt fiières ot toutes les clirétienpes également «o^urs; (# prière «fc la charité isont pour toiiç un devoir étroit et p&reil, il n'y a point de zèle privilégié ^i de déyouem^iit ex^ ceptionnel.

Dans cette république d^ ûdè]ii9s, où cb^un répond de sa foi et de se3 qsuvres, s'il y a plaea pour des assopiations détermiué^s, il n'y en a point pour des commnP^ptés qui a^or)>^pt tQu|e to vie« Une seula de ces unions perpétuelles est s4(u*$a pour les ré» formé?, p'ert le mariage, in^tijtué par Dieu au commeïiPi^.m^ut du mofîde» ;BapotiQi§ i Gana par le pre^ /nier fiptp public du g^uv^ur, et pratiqué par les apôtre^. Et comme le mariagç est pour eux d'insti-* tutjon diviue, et qu'ils u« connaissent ici-bas qu'une «eulq spaiétéf qui ^st la société laïque, ils ne voient auçuaç j^râce* ^ucun mérite particulier dans le ce*

» Dieu vient d'envoyer dans ]c ffionâQ (JéffUib-Christf ao» rivant oracle, pour enseigner sa volonté supr^m^» et M f PYPifi son e9prtt de vérité pour habiter désormais dans leâ cœurs pieux, comme un oracle intérieur pour toutes les vérités que Thomme a besoin de connaître^ [Paradise regaineé, beek I.)'

MADAME DS «ASTAMlf. 9(il

lîbat, Oê «n f«po«i6seiit lé y^u coeoÉÈiè «ne ânmee sainteté.

Le re&pect du mariage «mpoite «yee loi le liespect de la famille; aussi la TÎe <ooaven4»dle> qui renq^^wd la parenté du sang par une afihiitê «pirilueile, aa sembLe^relie aux réformés qu'une dangtftrecuie {lia* sion. Madame de Chantai passant sur le eocpê de «m fila désespéré pour aller «e ranger eoua la 4ireetioa de saint François de Sales, ne leur parflit rien moins qu'admirable; ils ne eomprennent pas ^11 y ait quelque ehose de grand ni de saint à rompre des liens que Dieu mêma a établis. Tout au eontraire, tts enoient qu'en délaissant les devoirs de la vie ordinaire pour se livrer à la seule piété ou â la seule eliarité, llndivîdu s'amoindrit. Une occupation exclusive fausse le cœur aussi bien que l'esprit, tandis que la vie domestique et les devoirs qu'elle impose font un eontre-poids nécessaire à notre faiblesse, à nos illusiona, quelquefoil même à notre orgueil. *

G'eist surtout l\>béi6sance conventuelle, le principe même de toutes 'les communautés, que les réformés repoussent; ils j voient l'atteinte la plus profonde que puisse recevoir une âme chrétienne, c'est pour eux la destruction de l'individu. « Si, dit avec chaleur a madame de Gâsparin, si tout dans la Bible nous u proche l'esclavage absolu du chrétien envers Dieu, i( tout nous y prêche l'indépendance du chrétien « envers l'homme*. » L'Évangile règle l'autorité du père, de l'époux, du làattre, du pasteur, il u'impose pas d'autre obéissance ; l'individu est fait pour se mesurer avec la vie, personne n'a reçtt le droit de disposer de l'àme d'autrui, et, sous le nom de

368 LA LIBERTi RELIGIEUSE.

vocation, de lui créer des devoirs factices et des torts qui n'en sont pas. Ce vœu d'obéissance chatouille une secrète faiblesse de notre âme ; on se plaît à l'idée qu'on n'a plus rien à décider, on se sent heureux d'échapper par le sacrifice de la volonté à cette surveillance , à ces épreuves de tous les moments qui font l'homme et le chrétien. « Mais, dit noblement tt l'auteur * notre indépendance ne nous) appartient « pas plus que notre vie. Sacrifier l'une comme li l'autre quand Dieu ne l'a pas ordonné, c'est tou- « jours commettre un suicide; nous ne sommes pas « plus libres d'abandonner que de mépriser nos « droits. »

Quant à la pauvreté volontaire, madame de Gasparin la repousse comme une vanité et comme une chimère : une vanité, parce que les apôtres acceptaient un salaire ; une chimère, parce que le service de ]a diaconesse est vraiment payé par son entretien, c'est-à-dire par l'aumône des fidèles. Je trouve que raisonner ainsi, c'est aller trop loin; la sœur qui se dévoue au service des pauvres renonce à la fortune, aussi bien qu'aux autres douceurs de la vie; on peut lui contester le mérite, mais non pas le fait du sacrifice.

Nous savons maintenant ce qu'attaque et ce que défend madame de Gasparin. Ce qu'elle combat, ce n'est pas le soin des pauvres et des malades, c'est l'institution d'un Ordre religieux, c'est la charité officielle d'une corporation, substituée à la charité individuelle; ce qu'elle défend, ce sont les devoirs im« posés à chaque chrétien ; elle ne veut pas qu'on fasse comme Glovis, fondant des monastères poii^r expier

• f. Il, p. lii.

aiADAMC DE GASrARi:(. 36^

ses crimes, elle n'admet pas qu'on soit pieux et charitable par procuration. Lui oppose-t-on le bien visible, fait par des corporations, elle ne le nie pas, mais elle répond que la charité la plus féconde, c'est la charité libre, celle qui n'est pas organisée. Lui reproche* t-on l'impuissance ou la sécheresse de la charité protestante, elle compare aux pays catholiques les contrées où règne la Réforme ; elle demande si la mendicité n'a pas toujours grandi avec les couvents, si, dans la Suisse calviniste, on ne prévient pas et on ne roulage pas mieux la misère que dans la Suisse catholique ou dans la Savoie, si nulle part il y a des œuvres plus belles et plus nombreuses qu'aux États- Unis, si ce ne sont pas des protestants qui ont inventé la veille des malades, les ragged schootsy les écoles du dimanche. C'est ainsi que partout l'auteur oppose l'action individuelle à ce qu'elle nomme le communisme religieux, et on ne peut nier que les apparences ne soient pour elle, je dis les apparences, car la misère, comme la richesse des peuples, est un problème compliqué, que la reUgion seule ne résout pas. '

Dirons-nous que madame de Gasparin a raison de façon absolue? Non. Le principe sur lequel elle appuie ses arguments : Toute la Bible et rien que la Bible ^ n'a de valeur que dans son Église, c'est là seulement que l'auteur nous semble invincible. Ce principe , les catholiques ne le reconnaissent pas ; les luthériens et les anglicans n'en admettent pas toute la rigueur. Cette base écartée, on se trouve en présence de rinfinio variété, de l'inépuisable fécondité de l'esprit humain, et il devient aussi impossible d'accorder tous les chrétiens sur la question des Ordres monastiques que sur le symbole même de I4

37C hjL ubvbltA rsligibuss.

religiqi), 4]^ fQn4^ pe qui rçp^^U ici sobs me ^rm^. nouvelle» c'est le prpblèmf^ gui divisa le3 deux Églises i c'est toujours, P0U3 d'AUjyes uppjs, réternelle qu^ relie de la liberté individuelle et de Tautorité.

Il y a cepi^uflaut u^e part de vérité générale daas les crit^quei? de ^^adapie d^ jGrasparîn, §t jLes eatiipUques même en peuvent faire l^ur pro&t. Aujourd'hui la mode est au:^ fpnd^tio^s ^J^i^t^bl^; ofi y poussa de ton? pôté.s, ^t^ fonv ^n que T^ntl^usiasnie dure, la société j^efi^ bientôf r^ombi^^j m^ nm t&t^"^ qu'une fois déj4 i^ll^ ^ Ib^iséç. Qui^ noii?^ «^an«^ donné i di^s frèriss et 4 àes .moeurs l#s erèdb^j lé^ salles d'asile, Ips éçQhs primaires, les écoles i¥i^ prentissage, les eqUéges, les wlop^^ ^^giJAolfis, i^ orphejiniats, 1^3 prisQ?Ws, lesfefuges,îe$fe^tpi^fe» hospices, quan4 <le3 rplj^ux élèv^z^Qas ^nfp^ts, soigneront nos walaj^s, distri)«a^f'ont pps i^mn^ftes, je voj^s bien que la ch^jté convaptijtepis £i^# de mmveau:^ prodige^ ^t bridera â|i pl^ pf éc^ajts m^ que resterfli-t-il & Ja ftwUj^? Oii dppc Tini^yid» iHPserat-il cette force m>T^f qfii 6|it te gria?i4eur ^ le «mérita de la vie? Les premiers soins qu'une mère donne à «a fme, l'i^jdupatio^ de tovs Les jjQ^s que â&m^»à^^ aos enfents^ F essi^Jajjpe qwe F4plaï»e^ çp p^ret i» fils,

ui^ éppi« »aift4^s, te vfsite ite« pwyf«9t te y»« 4« 1* misfère et de te niate4te> T^u^ôi^e i.€;pef44e & prapo;9, di^ibuée «vep di$Ar.éti/^^ to^Jçela, ^'est la grande ^ote JfP^ J>î^^ 1^ teite pOitsiT foriaôr ii^ hommes 9 ce 9Qj^ tes ^pre^ye^ âoflil; mus «tobs besoin po^r tepipére? j^otf^ ^éi$m^ « et sandjfier notre pre^péril^, J^u ^ïJteu àm jouissjnces âa te civilisejtteff» ave^ u^e iEute^ioîsIriitioo qui agit pour nous, notre vie est déjà trop molie, l'individu s'énerve, la faucille s'i§#aibUti n'ac|ieyon^ pas cette ruine, et.

MADADE DE GASPARIN. 371 '

[ ^'bmmele £Bt justement madame de Gasparin, prenons •; garde de sa^r la famille à coups de bonnes înton- * -tîons.

En finissant, je ne louerai Tauteur ni de son talent,

■ni de son courage, quoiqu'il en faUle beaucoup pour

attaquer de front l'opinion; cette conviction pro-

^fonde, et qui va souvent jusqu'à l'éloquence, n'a pas

besoin de mes éloges; mais je dirai que ce livre a le

•grand mérite de faire mieux comprendre et mieux

aimer la îoî suprême de l'Évangile. îl y à dans cette

1 parole animée iine chaleur conimuriîcâtîve ; ëîi l'é-

' coûtant, on sent mieux que, dans toutes les tèuvrés

' que la religion commande, une seule chose ëèt nô-

' cessaîre, une seble choste est sainte et divine; èe n'est

• ni l'habit, ni le célibat, ni l'obédience , iiî les vœux,

' c'est une chose plus grande, exigée de tous, mais

' accessible à tous, c^est T^nioùr, c'est là chanté.

Aûûl 186^

Une des plus agréables surprises qui attendent le voyageur au delà des Pyrénées, c'est la beauté de la peinture reli^euse; rien, du moins, ne montre sous un jour plus nouveau tout ce qu'il y a d'original dans le génie espagnol. On-ne parle pas seulement de Murillo, qu'on ne peut bien apprécier qu'à Sévîlle, mais il n'est guère d'église qui ne possède quelque ancienne toile faite pour rester dans le souvenir de ceux qui l'étudient. La Vierge, heureuse de montrer l'enfant-Dieu aux bergers qui l'adorent avec une piété naïve, Marie, emportée dans les cieux par des milliers d'anges qui se disputent le bonheur de toucher son manteau, des saints en extase, et dont les genoux ne touchent plus la terre, quelque moine contemplant avec un amour ineffable l'enfant Jésus, qui, de sa petite main, lui tend une fleur de hs, voilà les sujets- favoris de l'école espagnole, et, d'ordinaire, elle les rend avec une singulière vérité. Ne lui deman- •dez pas la noblesse de l'art italien; elle a une foi trop simple et trop ardente pour rêver l'idéal du Pérugia ou de Raphaël; elle peint ce qu'elle voit, avec un naturel souvent un peu bas, mais avec une incroyable vivacité. C'est surtout dans les cloîtres qu'on sent tout ce qu'il y a de sincérité et de chaleur dans la peinture espagnole. Dans ces longues galeries, qui entourent de leur solitude un jardin planté de citron-

LOUIS DE Léoir* 373

niers et de lauriers, seule patrie de quelques moines oubliés de la terre, souvent un frère, artiste inconnu, a passé sa vie à dessiner sur les murs les annales de son Ordre ou de son couvent. Cette main sans expérience, ce n'est pas celle de Fra Angelo de Fiesole, mais, dans le sentiment qui la guide, on retrouve cette piété , qui ne permettait pas au moine italien de peindre le Christ en croix, sans pleurer. La Vierge, qui apparaît au coupable et lui montre, en le sauvant, la seule retraite où n'entrent ni la peine ni la honte, un frère, heureux de mourir, et qui, prêt à recevoir le viatique, élève au ciel ses bras amaigris, et des yeux où brille Tespoir d'une gloire prochaine; tout, dans le choix des sujets, comme dans Tattitude des personnages et le jeu des physionomies, révèle au voyageur étonné une vie qu'il ignore, des joies et des douleurs qu'il ne comprend plus , tout un monde enfin, que les sages du jour déclareraient impossible, s'il ne vivait dans ces tableaux.

L'effet naturel d'un tel spectacle, c'est de ramener la pensée vers cet âge où tant d'âmes ardentes , effrayées ou dégoûtées du siècle, se jetaient dans le cloître; c'est de se demander quelle idée, quelle force invincible poussait les plus grands cœurs à fuir l'amour jusque sous le cilice, à chercher l'oubli de l'ambition et le dédain de la richesse dans l'abaissement et la pauvreté volontaires. Nos pères s'en tiraient avec deux mots : Fanatisme et superstition'; c'était pour eux le secret du passé. Mais nous, plus difficiles, nous ne comprenons pas que ces deux terribles maladies aient produit de si grands hommes et de si grandes choses. Pour que la superstition et le fanatisme aient si longtemps régné en Espagne,

:ni LA LIBERTÉ RELIGICCSS.

il fallait saiis doute qu*un noble sentiment y fût mclô et servit de prétexte à leurs excès. C'est cette part diî vérité qui nous intéresse; il y a là un élément de grandeur morale, qui nous manque aujourdliui.

Si IW veut connaître cette société dlsabelle , de Charies-Quint et de Philippe tt, dont Tesprit nous échappe, ce ne sont pas les historiens qu'il faut consulteri Us nous en disent beaucoup sur les événements, ils ne nous apprennent rien des hommes; le secret des cœurs leur est inconnu» Il faut tirer de leur poudre les mystiques espagnols^ et avoir assez de hardiesse pour lire sainte Thérèse, Louis de (jrenade, et même saint Jean de la Croix! Que si Ton s'efiraye d'une entreprise aussi désespérée, on peut s'instruire à moins de frais en lisant les poésies spirituelles du temps. Ce sont les sentiments mêmes de sainte Thérèse, exprimés en beaux vers; et peutêtre, en écoutant cette douce harmonie, reconnaitrat-on que si, parmi les modernes, Û est un poète que, pour l'élévation de la pensée et la chaleur du langage, on puisse comparer aux lyriques anciens^ ce poète , dût l'ombre de Voltaire en frémir, c'est un moine augustin, le frère Louis de Léon«

Qu'on ne s'attende pas à ne trouver que des chefsd'œuvre parmi les cantiques sans nombre consacrés par l'Espagne à la gloire de la religion. Rien de plus inégal que ces poésies spirituelles ; comme elles e:q»riment les sentiments de l'époque , elles sont puériles plus souvent encore que grandes. Il y en a qui sent d'une scolastique fatigante. Raison- ^ner par majeure et mineure, c'était alors l'œuvre des beaux esprits; aujourd'hui nous trouvons moins de charmes au «yllogisme, même quand il ast en vers. Tjfep souvent la simplicité un peu forte de cer-

j^QUIS DE htOHi, 37$

tftJnBs gî^ees wou^ rçippelte lesf ApSîs qfl§ pjiantaieQl; i^ps pèfeç} quelquefois au§§i 6P9 ppéaies sQ»t frpp fiip^pwles pour apw?. p'^st, p^ exemple, we bphémi^pne, qw dU ^ IftVierge $a hom^ ftvejaturft, e^ lui 4ouu4nl; p^r ayai^ce tous les nqms dQ }ft Utaftie,et qui Mt P4F TO trait dô p^açtèî?^ et uu jeu da mots que le poète iitrpuyés d^Uc|eu:?ç, qar \\ les répéta deux fois : « Protége-moi, dit la gitana à la Vierge; tt donne-moi cette aumône, visage de rose, ou ^non Il je te volerai les perles que pleure ton enfant. :>

Dame »aa limosBa, cara de rosa,

hurtarele las perlas que el nino llora, '

Limosna pido, hurtarete las perlas que llora et nico.

Mais, à eôté de ces puérilités, on rencontra da nobles pensées, de grandes images, et, ee qui est curieux pour Thistoire de Fart, la source où, suivant toute apparence, les peintres ont ppisé leurs plus belles inspirations, Il est permis de douter que Murillo ait été jeUercher dans i'Apocolypsp ses vierges qui montent au efel, mais on aime à Aroire qu'il chantait les vers célèbres de Louis de Léon sur l'Assomption, car il semble que son immortel pinceau n'ait fait que traduire le poète*

« Vous allez au ciel, Notre-Dame, et là on vous reçoit avec des chants d'allégresse. Oh ! qui pourrait s'attacher à votre vêtement pour s'élever avec vous sur la sainte montagne !

« Vous êtes enlevée par les ^nges (|ui vpus servent dès le berceau; les étoiles vous courQyipept; Yjçrfp-l-pn jamais une autre reine qui ait la blanche jiinP ppi|r §HppQrt de ses pieds M »

^ Al cieloTTaii, Se&orn,

Âlld VQ8 rçcibGD çgn 9\ç^vç q^nloi

N'est-ce pas encore tout un tableau, et des plus gracieux, que nous a tracé Lope de Yega dans ses pasteurs de BeiUéem? L'œuvre entière est une pastorale un peu longue, médiocrement amusante, et fade comme toutes les bergeries ; mais on y sent par moments la main du poète, et le morceau suivant est fait pour désarmer les plus rigides :

« La Vierge à qui l'ange a dit qu'elle était pleine de grâces en lui portant la grande nouvelle qu'elle serait la mère de-Dieu^

ff Maintenant elle voit Dieu dans une crèche, pleurant de tendres larmes, car en s'obligeant à être homme, il s'est obligé i nos peines.

« Qu'ave^-vous, doux Jésus? lui dit la belle enfant : mes yeux l sentez-vous déjà la douleur de ma pauvreté?

c Je n'ai d'autre palais où je puisse vous recevoir que mon sein qui vous nourrit et mes bras qui vous portent.

« Je ne peux pas davantage, mon amour, et si je pouvais davantage, vous savez bien que vos cieux m'envieraient ma richesse.

« L'enfant nouveau-né n'ouvre pas sa bouche pure, quoiqu'il soit la sagesse immense de son père.

« Mais révélant sa réponse à l'âme de la Vierge, c'est dans les bras de sa mère qu'il couvre ses yeux d'on doux sommeil.

« Et alors elle commence à chanter d'une voix si pure el si tendre, qu'à cette harmonie s'arrête celle des deux :

« Vous qui allez parmi les palmiers, anges saints, mon en fant dort; retenez les rameaux.

{ Oh, quién pudiera agora I Asirae a vuestro mantô,

, Para subir con vos al monte santo .

De àngelos sols elevada,

De quien servida sois desdc la cuna ;

De estrellas coronada ;

! Tal reioa habrâ ninguna

Pues por chappia* llevais la blanca luna.

* Le ehappin est à proprement parler le soulier à Uloa.

« Palmiers de Bethléem, qu'agitent en courroux les vents furieux qui grondent si fort, no lui faites pas de bruit; allez plus doucement, mon enfant dort; retenez vos rameaux.

« L'enfant divin, ffitigué de pleurer sur la terre, veut^ pour se reposer^ apaiser un peu ses Isurmes. Mon enfant dort; ro« tenez vos rameaux.

c Le froid rigoureux Vassiége^ et vous voyez que je n*ai rien pour le protéger. Âng^ divins qui volez dans les airs, mon enfant dort; retenez les rameaux^. »

De ces poètes chrétiens, le plus grand, sans comparaison, même auprès de Lope de Vega, c'est Louis de Léon, son contemporain. Pour l'élévation de la pensée, la chaleur des sentiments, la simplicité de Tcxpression^il est sans rival; Cervantes, qui, rarement, a mal placé son admiration, ne peut trouver assez de mots pour le louer. Génie, qui étonnes le mondes lui ditil dans la Galatée, j> te respecte, je t'adore et je te suis. Messieurs Schluter et Storck ont eu Theureuse idée de faire connaître à rAUemagne, par une traduction fidèle, un poëte qu'on a trop dédaigné hors de sa patrie*, il serait à désirer qu'en France on nous ren-

* Pues andais en las palmas

Angeles santos.

Que te duerme mi ftiflo,

Tened io$ ramos,

Palmas de fielen

Que mueven alrados,

Los fnriosos vientos

Que siienan tanto,

No le hagais ruido ;

Gorred mas paso;

Que te duerme mi nifio,

Tetied los ramos, etc.

LoPE OB Vbga, Pastoreê de Bden.

* Oàrat poeticas propias de fray Luis Ponce de Léon, recogidas y iraducidas en ateman por C.-B, Schluter y W. Storck. Munster

378 LA LiaÇRTÉ HEI^IGIEUSE.

41t le môme aei^vice. Tout est précieux dans Loui^ de Léon, et ses chants et sa vie; TËspagne n'fi pas^ dans toute son histoire de figs^re plus noble et plu3 douce. Je ne sais pas non phi^ s'il est un plus bel exemple d'une vérité trop méconnue de nos jours, c'est que le génie tient moins à la force de l'esprit qu'à la grandeur mqrale ; le cœur fait le poète, et d'une source corrompue z^e sorteAt que des ç^^s, empoisonnées.

Ce nom de poète eût étonné la modestie de Louis de Léon. Simple moine augustln, ami du silence, de la prière et de l'étude, si retiré que, suivant son ex? pression, il pouvait compter sur ses âoigts ceux^ qui le connaissaient^ ses chants n'ont été pour lui que Tépanehement d'une àme trop pleine; il n'a jamais songé ni à la gloire, ni à )a postérité. On sait Qe que fit l'Inquisition de ce génie aimable et inûfFansif ; dans ce siècle, qui ne craint pas le paradoxe, et oi\ il est de haut goût de réhabiliter tout ce qu^a flétri la justice v^igeresse de Thistoire , de relever ce que le passé a légitimement détruit, ce serait une étude pieuse et salutaire que de montrer comment il n'est pas un homme de talent que l'Inquisition n'ait poursuivi de sa basse jalousie. On a'étQpuie parfois du silence de mort qui a pesé sur l'Espagne ; on devrait «'étonner bien davantage que la pensée ait pu résister à cette abominable police qui fit de 1^ religion un instrument de despotisme, et la mit au service de toutes les passions mauvaises. Louis de Léon, dénoncé au tribunal sacré, pour avoir communiqué à un ami la traduction espagnole du Cantique des Cantiques, fut aussitôt jeté en prison. Traduire la Bible, c'était alors un crime énorme, qui sentait l'hérésie ; les politiques du temps se croyaient lé droit et le pQ^-r

touis DE rtov. 379

voir d'empêcher un pareil attentat. On laissa le pauvre moine cinq ans dans un cachot sans jour, séparé de Iji compagnie des hommes. Il y vécut, disait-il, dans un tel repos et une telle joie de l'esprit, que, plus tard, rendu à la lumière et à l'aminé, il regrettait parfois sa solitude. La religion le sQu1te^ait, comm^, de nos jours, elle releva SUvio Pellieo; et, quand ri^qi^sition même, ne pouvant faire un crimin^l de ^ette 4me ca^^jd^de, ^ut enfin pardonné à Louis de L^on tout le mal qu'elle lui avait fait, il ne trouva dans son cflpuF que le pardon et roubji. Pj^pf^ss^ur de théologie, il remonta en chaire, ppmipQ s'^ ej^ fui de^pe^du de la veille; avec autai^t de doueepr que de fei^ meté, fidèle à ses idées, plein dlndulgenee poiir les hoiTipies, il recommença son cours par ces simples p^ rpliBs ; Je V9U» disais hier^ mot spblime, et dont on copaprend tPiite Jia l^pauté, ^u Igjifjemaiq. (Jes révolutions l

Une àme aussi tendre, vivant tout eatière ffl\ Dieu, et pour qui une pauvre cellule était un i)piQ du aip}, di^vaît chanter copime les anges ; ce ne sont pas las tr^nspQrts d§s prQphèt^s, la grandeur de Dante, la gr^y|t$ d($ Qeqrges M^nriqug, 1^ philosophie platonicienne de Miphel-Ange, mais 4^sf &ccpj:4g 3^§ves et doux, réloge de la pai^ et de la sâlitud^i m^ prière fervente, un amour <|ui ne tarit paa. U est diiftcile de choisir parmi des pièces peu nombreuses, maift toutes achevées, telles que lo^ V}Çi (lu Sçige, Sfaçleleine, hSo' litude, une belle Nuit (N^ ^çrmçùf i^ Vi^ ^?4 Ciel^, la Vie du Cloître; mais peut-être les vers sur T Ascension sont-ils ceux qui font le mieiii^ oopiprendre ce que c'est que la poésie mystique des Espagnols, et quel est le génie lyrique ge ]LQii}s de Léon«

380 LA LIBERTÉ RELIGIBUSB.

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