L'ASCENSION
« Eh quoi t saint pasteur, tu laisses ton troupeau dans cette vallée profonde et obscure, dans la çolitude et les larmes ! Et toi, fendant Tair pur, tu t'en vas dans la paix immortelle ! -
« Ceux dont tu faisais le bonheur, et que tu laisses tristes •t affligés, ceux que tb as élevés sur ton soin et qui te perdent, où donc vont-ils porter leurs cœurs?
« Ces yeux qui ont vu la beauté de ton visage, que regarderont-ils qui ne leur soit un ennui? Que voudra donc écouter celui qui a entendu tes douces paroles?
« Qui mettra le frein à la fureur de ces flots troublés? Qui apaiser^ le courroux des vents? Quand tu es caché, où est l'étoile qui guidera le navire au port ?
c Âh! nuée envieuse même d'une trop courte jouissance! qui te presse? où voles-tu si rapide? Que tu es riche dans ta fuite^ et que tu nous laisses, hélas, et pauvres et aveugles?
« Tu emportes le trésor qui était la seule richesse de notre vie, qui séchait nos larmes, qui nous illuminait mille fois plus que la clarté du jour le plus pur!
« Quelle chahie de diamant, ^ mon àme, te retient et t'entrard pour que tu ne suives pas ton amant? Va, brise-la, sors de peine, et, libre, repose-toi dans la sérénité des cieux.
c Crains-tu la sortie de ce monde? L'amour de la terre pourra-t-il plus que l'absence de ton désir et de ta vie ? Vivre sans corps^ ce n'est point violence^ mais bien de vivre sans le Christ et sans sa présence.
« Doux seigneur et ami, doux père et frère, doux époux, je te suis, que tu me laisses dans les ténèbres ou que tu m'o^^ pelles dans la gloire et la splendeur des cieux ^ »
Peut-être est-ce une illusion, mais il me semble que rien n'est plus passionné que ces adieux au
* j Y dejas, paslor lanto,
Tu grey en este valle hondo, rscuro,
Con Boledad y Uanto ;
Y tu rompiendo el puro
4ire, te vai al immortal seguro? etc.
LOUIS DE LÉOir. 381
Christ qui remonte au ciel, et que dans ces disciples suivant d'un long regard d'amour et de regret le Dieu qui emporte avec lui leurs désirs, leur espoir et leur vie, il y a un tableau qui n'eût pas été indigne de Raphaël.
Cette poésie si douce, et qui ressemble à limitation mise en vers, étonnera sans doute ceux qui attendent des transports plus vifs de ces kmespltts grandes encore que folles, comme La Fontaine nommait 9i justement les Espagnols. Après Murillo on cherche Zurbaran. Sainte Thérèse est l'idéal de ces âmes amoureuses de Jésus-Christ, qui ne peuvent trouver de paroles humaines pour rendre le feu qui les brûle. Elle aussi est poète, et rien ne peut donner une idée de cette flamme dévorante, de cet amour insatiable, de cette lutte de la passion contre l'impuissance des mots. Aussi rien de plus vrai que ce qu'elle dit dans un langage qui nous semble affecté et avec ce goût d'antithèses qui, depuis Sénèque, est resté populaire et naturel ^n Espagne : Je vis, dit-elle, sans vivre en moi, et j'espère une vie si haute ^ que je meurs de ne pas mourir.
Vivo sin vîvir en mî,
Y tan alta vida espero.
Que muero porque no muero.
Le sonnet qu'on lui attribue * est d'une beauté pni • faite, et (qu'on me pardonne cette comparaison) si on veut le rapprocher de l'ode fameuse de Sapho, on sentira bientôt quelle est la passion la plus violent i; et la plus profonde.
I On attribue aussi ee sonnet à saint François Xavier, mais il me wsokWt bien plut6t Vœuvre d'une femme.
3^ LA Lovni ^^u/^ivm^*
* « Non» mon Dieu, ce qui m'émeut et ce qui £0t qo/^ je t'aime, ce n*est pas le ciel que tu m'ai^ promis ; aou, ce qui m'émeut et m'empêche de t'offenser, ça n'est pas l'enfer si redouté!
• Cesl loi qui m'émeus, 6 mon IMeu ! Ce qui m'ëmeul^ cVst de te voir cloué sur une croix et outragé; ce qui ve^émeHi, c'est de voir ton corps Muai meurtri ^ e» qui mt^oai^ cftsiiiii tes douleurs et ta mor^l
« Ce qui m'émeut enfin» c'est qu^ i^ t'airo«n ^t (te, tellçi m^\^ que quand même il n'y aurait pas de ciel, je t'aimçraisi ^quQ quand même il nY aurait pas d'^enfer, je te redouterais !
« Tu n'as besoin de me rien donner pour que je t'aime, car, alors même que je n'espérerais pa» tout ce que j^espère, jfi t'aimemis encore to«t autant que je t'aime ^ »
Qu'on ne erok paâ que oe soit là seuletteiit la passion d'une feaune, je ne sais quel déHte àNum &mâ égarée; nos plûlosophea et nos médecins evoient expliquer les transports et les extases de la satnta par un vilain nom de maladie féminine^ tir^ du grec; ils se payent d'un mot, oe qui n'est rarei ni ea pbâ6* sopbie ni en ^lédecîne. Il y a toute une éocâe de mystiques non moin» ardents que sainte Thérèse, et qui ne s'expriment pas autrement. Saint Jean de
* No me mueve, mi Bios, para quererto El cielo que me tienes prometido,
Ni me mueTe el inflerno tan temids Para dejar por eso de ofenderte.
Tu me mueves, Sefior ; mueveme el v; v^^^ Glavado en una crux y escamecido ; Mue? emey fer ta eaerpo tan hepMo ; Mueveome tua afrealat y tu rouerie.
Mueveme, al fin, tu amor, y ea tal mancvçv» j
Que, aanque no hubiera cielo, io te amt im, Y aunque no hubiera inûeroo te temfera*
No me tienes que dar porque te quiera, J^ues aunque Iq que eapejrQ na «speffLCii, Lo mismo que te ^uiero te quiçieT9*
\a Croîx, que rfllustre carmélite avait cïtoîsî pour sôii coÛaborateur, n^a pas moins de passion, et c'eist à côté du Cantique des Cantiques qu'il faut placer la montée au Carmd {subida dél monte t^armeïo)^ et le dialogue entre TAme et le tAirist son époux. Vivfe iors de soi et en Dieu, se confondre avec Jésus-tlhrist dans uae union mystique, soupirer après là moH: comme après un bonheur inâni, c'est là sànà doute de quoi étonner les sceptiques. Telle a été cependant la vie de milliers de créatures qui ont trouvé dans cet amour une force qui ne s'est jamais démentie, une consolation qui ne leur a jamais manqué.
ï)ira-t-on que c'est seulement èù Espagne, danâ un pays où toutes les passions sont dès fureurs, qu'on trouve une pareille exaltation) Stais Htalie^ tnais l'Allemagne, mais la Flandre, nous offreilt d^aàmirableà mystiques ; il n'y a guère que Ik France où de semblables ardeurs soient inconnues. Nous n*a- V041S pas de poète à mettre à côté de Lesueur. Ce n'est pas k dire que nous soyons d'une sagesse parfaite, et que l'enthousiasme ne nous gagne jamais; mais lorsque nous sommes fous, c'est d'unB autre manière. C'est la logique qui nous perd, l'enivrement est dans la tête plus que dans le cœur. ï^eut-être csWe pour cela que nous guérissons si vite de toutes nos passions.
Et cepéndalit ces mystiques espagnols ont eu sur nos aieux une grande influence. Toute cette belle société, que M. Cousin rend à la vie par la magie de son talent, a été élevée par les fiUes et dans les idées de sainte Thérèse. C'est aux Carmélites que se cache La Vallière; car c'est là surtout qu'on montre (a religion comme la source de l'amour divin, source inépuisable où vont étancher leur soif ces lèvres
d8i LA LtBBRTli RELIGIEUSE.
desséchées pour qui l'amour humain s*Gst tari; D y a alors en France, dans toutes les grandes âmes, nn même emportement vers les choses divines, partout la passion pousse le même cri. Écoutez ces paroles d'un génie naissant gui se déhat contre l'infini, et qui ne sait comment jeter au dehors le feu qui le consume :
tt pauvreté de l'amour de la créature f cœur t qui aimes la créature, tu dois souhaiter que ce ne (c soit pas toi seulement, mais tout l'univers qui « devienne tout amour pour toi. Quel monstre que le « tout se transforme en la partie I II le faut néanmoins (( ou tu n'aimes pas. Il faut que tu te répandes dans n tout ce qui est et qui peut aimer, pour le faire, si « tu pouvais, tout amour pour ce que tu aimes.
« Oui, il faut que tu arraches le cœur de Dieu « même, pour le donner à ce que tu aimes, pour le u transformer en ce que tu aimes, avec toute l'im- « mensité de son amour. Autrement tu n'aimes pas, « si tu peux consentir qu'aucun être aimant, et bien « plus le seul être et le seul aimant puisse n'être pas « tout amour pour l'objet pour lequel tu te veux « changer en amour toi-même. monstre encore « une fois, et prodige de l'amour profane, qui veut « rappeler et concentrer le tout dans la partie, ou « plutôt le tout dans le néant I Sors du néant, ô Cœur « qui aimes I Prends avec toi tout ce qu'il y a dans la in nature capable d'aimer, et ne le transforme en ton « cœur que pour le porter avec ton cœur dans l'ablrae « de l'être et de l'amour incréé; exhorte toutes les « âmes à en faire autant, afin que tous les cœurs « qui aiment rapportent au bien-aimé qu'on languit « pour lui. )>
Qui écrit <îcs lignes brûlantes î qui s'exprime avec
LOUIS nE LÉON. 385
cette passion? Est-ce Fénelon? est-ce quelque ftme douce et faible? Non, c'est le génie le plus altier du siècle de Louis XIV, celui qu'on ne connaît qu'à moitié quand on ignore la tendresse de son cœur, Bossuet. C'est dans une lettre de sa jeunesse, écrite à une demoiselle de Metz, que se trouve cette brûlante effusion; mais qu'on lise les lettres que, dans sa YieiUesse, il envoyait à la sœur Cornuau, on trouvera le môme sentiment, rendu sans doute avec moins de vivacité, mais non pas avec moins d'ardeur : « Tout est amour, lui écrit-il, » en réponse à un songe mystique qu'elle lui a confié, a tout aime Dieu à sa c( manière, même les choses insensibles; elles font n ses volontés; et parce qu'elles ne peuvent pas con- « naître ni aimer, il semble qu'elles s'efforcent à le « faire connaître, afin de nous provoquer à aimer « leur auteur. C'est ainsi que tout est amour. »
De pareilles idées nous surprennent; elles sont si loin de nous, si neuves, si étranges ; il faut toujours quelque effort pour nous persuader que nos aïeux ont pensé et senti autrement que nous, sans être pour cela moins grands, moins sages ou moins heureux. Et cependant le courant du siècle nous reporte vers ces sentiments qui nous étonnent. Nous ne sommes plus au dix-huitième siècle. Nos pères luttaient contre des abus odieux, pour la liberté, pour les droits de la raison, et dans la lutte des idées, comme dans la guerre, il y a un enivrement qui soutient et qui suffit. Pleins de confiance en la force de l'esprit humain, nos pères ne cherchaient point d'autre secours. Moins sûrs aujourd'hui de cette infaillibilité de la raison humaine, nous nous rapprochons des idées qui régnaient au temps de Bossuet; il est visible que, depuis cinquante ans, on cherche à donner à l'es*
Mft La LncRif. BEiiefcust.
pt{% iHilMlJai ht force <qu iw manque , et ^'M ne trouve paâ toujouM eft toi-nème. 4Si(»At pnockunAk fièreiMMI <qtie la rettgion est sVtperÉM poor ^ « le 'g&bt de là Miecice ou 4e l'«t; wii« i Wott en yni et en beâ» ttène à Dieu «t ne le i^inplaee pM. Ne vient-il pft« i*aitteai«, stûvint une beiie pensée de CMHie, niettk inspiré, ne i4efit-ii p«i on mo i ttcnt lo* fhoflMne s'àperçoât fCi'il y <i «& demkr tMni^nr^ istmiÈté M y « nn 4mû^ $e«r> «t ftat n*€»t«À paè iînpat^ent 4 consoler <)e«ix ^ me v^tisfit psn ^ ^Mttsolttlion? Byron a «nîs qudcpie teitaps t ia ttôde %m désespoir orgveîlleuK; mais riieesme «s tese vite ^ brav«r le eiei ; -c'e^ xm puuvre «eacnu^ ifcre t*«gueil, vain roseau, qtd^ en «édwRt^ déétAvé la main qui s'y fie. Itou, ràase imimaine, -faite ponrcffo^ et pour aimer, proteste eostPS 4e pi»«as blasplftèmes; il lui faat ^à se prendre, M M i^oft où se reposer, surtout en un ^ècle où ^es événements font si itidement seoouée, que la vérîlé vaéme semble !ui tnanquer. Elle est, c*est encore Goethe qui Ta ^, ^e esfcomme le lierre; seule, elle rampe ^ans ia poudre et ia fange, où chacun la fouk ant pieds ; x^^i un besoin pour eQe de s'attacher et de ^s^mvrir -At son amour et de sa vie le soutien qu'elle ambrasse : lieureuse entre tontes, celle qui -a pu <olr^s^r ^ seul ipp*in que ne brise «î le temps^ ni là moi^t I
i«Vu7«<rtssa»
rOriei^t; sri^e & de lo«^s«e9 «t p^ti^o^ yet^ner^h^V
i scor&r âe )'o«ftbre« et nkùm Im^jo^ ex^tr^iyoîv ef^ ga'3 y « de ^ii»4éi«ble dans leur anUque civilisa tkot. Llnde aurtout 9 été l'objet âe$ études le« pJa^ sérieuses. G^ gyaiiâ empire» qui fait le rie]ft9^« de PAngleteire, et qui serait i notis^ $| )à» ees^n^ (m Amérique» FÎDcme du i^uvememeiil n'eut trahi le eoura^ de nos soldats» mous a» du meîpa» UvrA le seeret de sa langue» de sa philosophiey de ses reli* gion». Dans ee ehaœp paisible» la Frauee, plus hKHh reuse qu'eu politique, a surpns à au rivale lee pl^ riches eooquètes. L'iufluenee de oes travaux réeeutâ est dôji seuaible. La pbilolog^» rhi»tcllre» Tétude des religions» tout ebange d'aapeet» ear l'étroit bch rîzon de uoe pères s'est démesuréiueut agrandi; l'antiquité recule» à mesure qu'où en appro^be avee des lumières nouvelles ; de toutes parts, s'ouvarent des perspectives inconnues» qui se perdent dans uu lointain sans bornes* La parole que le graud^pré^tre de SdSs adressait à Selon est anjourd'hui vuriQée ;
finde depuis tgu 020 jusqu'à l'çn 645, t^aduilç dû cliinoi:? par S^* nislas Jurron. Un vaf. in-8. Parfs, 1SÔ3.
dans le long développement de la civilisation humaine, les Grecs, qae nous regardions comme des ancêtres, ne sont plus que des enfants.
En France, où il a toujours été de bdn goût de railler ce qu'on ne connaît pas, ce qui fait qu'en général , on est sans pitié, rien n'a semblé plus naturel que de dédaigner, comme absurdes, ;toutcs les religions de l'Orient. On abeau dire que le bouddhisme a vingt-six siècles de durée et ne compte guère moins de fidèles que le christianisme tout entier, il est bien évident, avant tout examen, qu'un peuple qui a la peau jaune ou les yeux obliques, ne peut avoir que^des croyances ridicules, et que la raison n'a jamais logé dans le crâne d'un Chinois ou d'un Indou. C'est d'hier seulement que nous avons perdu ce doux' oreiller où reposait notre ignorance. Un des chefs-d'œuvre de l'érudition moderne , V Introduction à f histoire du Bouddhisme^ par Eugène Bumouf, nous a révélé ce qu'il y a de respectable et de grand dans cette religion, en qui tant de millions d'àmes ont mis leur confiance ici-bas, et leur espoir après la mort. Qu'on lise ce travail, et en même temps qu'on verra se dissiper des préjugés ridicules, on s'étonnera de la puissance d'un esprit assez vaste pour comprendre tout le génie de l'Inde ; peut-être aussi sentira-t-on ce que la France doit à l'homme qui a usé sa vie en de pareilles études, tout entier à la poursuite d'une grande idée, et n'attendant que de l'avenir une gloire trop chèrement achetée.
Qu'est-ce donc que la religion, enseignée vers le septième siècle avant notre ère, par le bouddha Sakya-Mouni? Quand on enlève la rouille de la tradition, qui partout cache et altère la vérité; quand on dégage la loi primitive des innombrables légendes
t'N BOIDDUISTE, 389
inventées par la crédulité et des miracles imaginés pour plaire au peuple ou pour le tromper, que restet-n?Une doctrine simple, qui s'adresse à l'esprit et au cœur, un culte aussi simple que la doctrine. Il y a peu de dogmes et de cérémonies dans le bouddhisme, car c'est la réforme d'une religion qui en a singulièrement abusé, la religion de Brahma. Surtout il n'y faut chercher ni Trinité, ni Dieu incamé, ni ressemblance foncière avec le catholicisme ; Burnouf a fait justice de toutes ces rêveries qui souriaient a l'incrédulité du dernier siècle, et ce n'est pas le moindre service qi;i*il ait rendu. Le bouddhisme est une religion purement indienne, une protestation contre le brahmanisme et sa désolante doctrine; rien de plus.
On sait quel est ce dernier système, qui règne encore dans l'Inde; c'est une métempsycose sans fin, une existence continuelle, sous des formes diverses. Tantôt homme et tantôt bête, l'individu change sans cesse, sans cause et sans but; il y a, sans do^te, une condition meilleure pour l'homme de bien, et pire pour le méchant, mais, bons ou mauvais, tous sont condamnés à traîner éternellement une vie sans repos. Sakya-Mouni repousse cette religion, qui ne satisfait pas le cœur. Suivant lui, l'homme est maître de l'avenir; le bien qu'il a fait, la culture qu'il a donnée à son intelligence, lui profitent au travers de toutes les transformations qu'il lui faut subir ; il s'élève sans cesse par le progrès moral et le travail de son esprit; plus pur que les divinités dont est peuplé le Panthéon indien, il est aussi plus grand; chaque pas dans là voie de la vérité et de la vertu le hausse d'un degré, jusqu'à ce que enfin, devenu une pure intelligence (le nom de Bouddha ne veut pas dire
autre chose), il s'abîme dans rîhfinî, et eniçç^ dans le nirvana ou ^étemel repos^
Que faùt-U pour atteindre ce but suprême? tJn complet détachement du monde et de soi-mêmQ. Il faut qu'on ne tienne pas plus aux choses humaines que li^ goutte d'eau ne tient i la feuille de lotus. L'esprit se détache par Tétude sans passîop, la contemplation, l'extase; le cœur se détache par le sacrifice. Ce n'est pas assez d'avoir mis de côté tout orgueil, loute envie et toute crainte ; ce n'est pas assez d*êlre ihaste^ pauvre, patient, il faut pousser le déyouç- /nent jusqu'à la folie. Le Bouddha, dans ses existences successives, a donné sa terré, ses éléphants, ses esclaves, ses femmes, ses enfants, ses mains, ses yeux, sa langue, sa vie. En somme, anéantir le moi, ou plutôt le réduire à l'état d'intelligence en extase et laisser écoulertoutle reste, aller parlasouflfrauceau reno^ceroent de toutes chosea, et s'immoler pQur le bonheur et même pour le caprice d'autrui, c'est là tout le bpuddUîswe. Quand le dernier souffle de la passion est tombé, quand les dernières cendres sont éteintes, quand ce que nous appelons la vie a disparu, rbomwe, devenu bouddha, sort enfin de ce monde, qui n'est qu'une illusion, emportant avec lui & l'autre riye les âmes IJdèles qui l'ont suivi, a Après avoir délivré cpwpléa tement les êtres de la vieillesse, de la moi^t^ de la « maladie, de la corruption, du désespoir, des TO- (( sëres, des inquiétudes et du trouble • f^pr^s les « avoir fait passer au delà de l'océan de la vie éroi- « graute, il les établira dan§ )â fégiqn d'une nature « impérissable, heureuse et 3an> crainte, exempte de ' « misère et de douleur, calme, san§ passiqn, et ^ans « rdort, » Ainsi ^'exprin^ent ]e^ pèAt mU^ 8U 4es dieui; dws la curieuse légende que M. Foucaiïx a
traduite du tliibétain, et qui contient la dernière itir carîïàtlon et la doctring de Sakya-Mcmnl ^
Certes, U n'est pas permis de eomparer an ehris» tianisme cette religion où manque un Dieu perdons nél, et ({ut gouverne le monde ; ce culte qui, au lien de faire rentrer l'homme en soi-même et de loi œon» trer soii impuissance, exalte Torgueil et divinise la pensée ; mais il faut aussi convenir que ce n'est poinl là une croyance méprisable, ni même le eôtnble de la malice réduite en quintessence^ comme Rappelait un missionnaire trompé sans doute parles calomnies de» brahmanes; tout au contraire, il est dlflBcile de eom^ prendre <jue ^bé hommes à qui la révélation a manqué aîeq^ pij s'élever aussi haut et s^approehei? autant <ie la vérité. On conçoit donc, et Je ne veux pas }>rouver autre chose, que si le bouddhisme, aveo lag égendeg et les miracles qui le déguisent, devait èti»e facilement adopté par des peuples crédules et baibares, c*était cependant une doctrine ass€2 relevée pour plaire aux plus délicats, et on ne doit pas s'étonner que, chassée de l'Inde, son berceau, par la jalousie et les persécutions des brahmanes^ elle ait été conservée par un peuple aussi ralBné que les Gl]ipoif.
T^nt que le bouddhisme eut âon siège élans llnde, c'0§t-à^4îre jusque v^rs le dixième siècle de notre ^re, ce f|it pour tout croyant de l'empire du Milieu une pensée pieusp que d'aller en pèlerinage visiter les U^Wx où Pô (c'est le jiom chinois du Bouddha) avait fempU sa s^nte mission^ et de retremper ainsi sa foi ' au:^ spQrçQs pures de Ta doctrine. Sous le nom de
• Roya theher roi pa, oo déveîoppeippnt 4«» jrnx. 'H>"triiant Thislolre du Bouddî^a Sakya-Mouni. Paris, i848. î v..'. .a-4.
Foue^kùue^i, ou Relation des royaumes bouddhiques , Abel de Rémusat a publié le voyage du moine Fa-hien, qui partit pour l'Inde en 399; mais on savait qu'au septième siècle, un observateur, plus habile que Fa-bien, une des gloires du bouddbisme chinois, Hiouen-Thsang, le maître de la Loi, avait laissé le récit d'un pèlerinage qui n'avait pas duré moins de dix-sept ans. C'est la biographie de ce célèbre missionnaire que publie M. Julien. Elle est de nature à amener plus d'une réflexion; c'est tout au moins chose curieuse que de voir l'idéal qu'on se fait en Chine d'un missionnaire et d'un saint. .
Hiouen-Thsang, ûls d'un père qui, vivant dans un temps de révolution, cherchait l'oubli des misères présentes dans l'étude et la piété et refusait tout emploi, ce qui dès lors le faisait admirer de quelquesuns et considérer comme un niais par le plus grand nombre, Hiouen-Thsang se sentit de bonne heure appelé à la vie religieuse, et, tout enfant, il suivit son frère dans un couvent. Ce fut là, qu'un lour d'examen, quoique son âge ne lui permtt pas de se présenter, il fut distingué par un certain Ghen-Rouo, qui avait, dit-on, le talent de juger les hommes, et qui, malheureusement, a emporté son secret avec lui. Chen-Rouo, qui avait une haute idée de la capacité du novice, le reçut sans examen, et, le présentant à ses collègues, il leur dit : « L'instruc- « tion est facile à acquérir , mais l'élévation et la « fermeté du caractère ne s'obtiennent pas aisément. « Si vous ordonnez ce jeune homme, il sera certai- « nement le coryphée de la religion ; il ne faut pas « laisser dans l'oubli tin homme qui doit devenir il- « lustre. » On conviendra que ce n'était pas mal raisonner pour un Chinois.
Hîoucn-Tlisang, tout entier à ses études, s'aperçut bientôt de l'insuffisance des livres et des traditions; il voulut partir pour Tlnde, afin d'y chercher des notions plus sûres et des textes meilleurs. Les routes de l'ouest étaient mauvaises et dangereuses; il fallait passer des fleuves de sable et des montagnes glacées; le moine sonda son cœur, il sentit que, puisqu'il avait déjà pu s'affranchir des amertumes de la vin du siècle, il saurait affronter les obstacles sans reculer d'un pas. D'ailleurs, un songe avait jadis annoncé à sa mère la vocation de son fils, et un rêve dans lequel Hiouen-Thsang avait vu un lotus de pierre le soutenir au milieu des flots achevait sa décision, n partit, malgré les défenses de l'empereur, malgré les dangers de la route, sans faiblir d'un moment dans un si long pèlerinage. Son âme , disent ses biographes, était comme une rivière pure , dont on peut agiter les flots sans jamais les troubler.
Son voyage avait un double but : adorer les reli* ques du Bouddha, visiter les couvents les plus célèbres pour étudier la doctrine, et recueillir les textes sacrés. En fait de reliques, Hiouen-Thsang a une foi aveugle dans tout ce qu'on lui montre; le même homme, qui prend en pitié ces pauvres infidèles qui croient laver les souillures de l'âme en plongeant leur corps dans l'eau du Gange, adore sans réflexion le crâne, le balai, le cure-dent et le pot du Bouddha; Il a surtout une dévotion particulière pour certaine dent du Bouddha, longue d'un pouce et demi , et tirant sur le jaune^ relique d'une origine incontestable, car c'est un éléphant, qui l'a donnée dans une cassette d'or à un pauvre moine qui lui avait pansé ses blessures. Mais le plus curieux pèlerinage est la visite à la caverne où le Bouddha, vainqueur du roi des dragons, a laissé
^4 LA LIBBKTÉ RELIGIEUSE.
Sun OttibFe. C'est au trarcrs de mHle dangers, e! en désarmant }a foreur de» brigands par sa-tranqnitte piété, qtt*Hîoiien-Thsang parvient à cette ftaieuse grotte, où dès l'entrée il ne voit rîen.
c Att iKmi de emciaaBte pas il iMnrte k» paroi orientale, pois il reeiila et resta d^Mwt. AIofs^ animé d'uae foi prefende, H fit ceat salutations, maia il ne vit rien. Il se reprocba amèrement ses fautes, pleura en poussant de grands cris et s'abandonna à la douleur. Ensuite, avec un coeur plein de sincérité, il récita dévotement ses prières en se prosternant après chaque strophe. Lorsqu'il eet fait aiinsi une centaine desaîulatione, i\ vit apparaître sur le mat oriental une lueor large eom»» le pol d'an milieux, <|ut s'élaignit à l'instant. Pénétré de j<Me et dedoukur, tt recommença ses salutations, et de nouveau il vit une lumière de la largeur d'un bassin qui brilla et s'évanouit comme un ^lair. Alors, dans un transport d'enthousiasme et d*amôur, il jura de ne point quitter cet endroit avant d*avoSr vu l'ombre du Bouddha. !l oontinoa ses hemmagos, el «près qu'il eut fait eneore dènx cents sahitations, sendain tonte la grotte fut inondée de lumièresj, et l'ombre du Bouddha, d'une bianeheur éclatante, se dessina majestueuse- ' ment sur le mur^ comme lorsque les nuages s'entr'ouvrent et laissent apercevoir tout à coup Fimage merveilleuse de la montagne éTor. Un éclat éblouissant éclairait les contours de sa face divine. Hiouen-Thsang contempla longtemps, ravi en ex* tase, l'oèjel sublime et incomparable de scm admirattono*.. Il ae pro^ema avec respect, célébra les kmangos du Bouddha^ et répandit des Oeurs et des parfums, après quoi la lumière céleste s'éteiguit. Le brahmane qui l'avait accompagné fut aussi ravi qu'émerveillé de ce miracle. « Mattre, lui dit-il, sans la siâcérîté de Voti'e foi et l'énergie de vos vœux, veut n'auriea pu voir un tel prodige. »
Dana aa visita ans conveits, Uiouen-Thsang en moiotre aasai indulgent pour ceux qui pensent eomme Itti^ qnlfnpilojaye poux' ceux qui sont d'opinion d^rente^ ee qui est fermeté cbea lea premiers est
UN BOCDtmiSTE. 395
iÂf^ÈÈOàkm «t orgaeîl ckez les seconds. Pareille îUu- ^fùîtL 66 laisse toir «ilieitrs qû'^m. Ckifte. NéttHBoins^ M «sft itnKsrqwfidile qall m furète jamais de «bassesse à ses adversaires, et ne kor fait pas jouer <;ertains perscNHiages peu honorables ^'àeoe|yteiit vohMïtiers lesbmJmiaiies; ttaioiacette^olie hisliCMre;» Viej'exn*' prunte à Bnmouf , et qui n'a pas été faite par un BôtiMMste :
ft n y avait à Benarès^ sons le règûe 'de ftrahmaa Datta^ un brahmane qui était poète : sa femme lui •« dît «m jour : Voici le texaps froid arrivé ; va dire au M m qiteiqi]» chose qjei hai soit agréable, afin d'en «(coblenir de quoi nous garant* id« ftoAL ije brah- K( mane partît en effel; dans ce dessein, et trowva le i^oi « qui sortait, monté sur son éléphant, le 'pdëte se « dit en lui-même : Qui des deux louerai-^e, du roi M ou 4e son éléphant? Puis il ajouta : Cet éléphant u est cher €t agréaUe au p&upte:; lai3Sons li le roi, je M vais chanter réléphant. t> Stil fit bien, car le roi, satisfaft, lui donna la propriété 'èe -efeq villages. A louer le prince môme au lien d'an favori, ï eut fait peut-être un moins bon marché I
Mais isi les mtoines bouddhistes ne sont iii ponëtes de cotrr, ifijcngleurs, ni astrologues, ce sont les er- Igôteurs les plus intraitables et les {flus «irtêftès. L'école du petit véhicule est en guerre perpétoeHe avec l^école du grand véhicule^ et quand «fn défie ses^idversaires, on y va si franchement, qu'on me* isa vie pour enjeu. Hiouen*Thsang trouve un de ces forcenés qui a suspendu à la porte de son couvent ràbrègé 4e ^a doctrine en quarante articles, en y joignant la -déclaration suivante : « Si quelqu*un peilt en Téftrter « un seul article, je hti donne ma tête kecnspm peur « reconnaître sa vîcftoire. » Le Cannois,^ qtd a le Ôé-
faut d'être toujours invincible, mais qui heureusement n'égorge pas ceux qu'il réduit au silence, accepte la lutte et commence par une réfutation de certaines folies religieuses, qui montre combien, malgré sa faiblesse à l'endroit des reliques, il a cependant des iilées élevées et un juste sentiment de la religion.
« Les Pou-to se frottent le corps avec de la cendre, s'imaginant accomplir un acte d'un grand mérite. Toute leur peau est d'un blanc livide comme celle d'un chat qui aurait couché dans une cheminée. Les Li-hi croient se distinguer en restant nus, et se font une vertu d'arracher leurs cheveux. Leur peau est toute fendue, et leurs pieds sont calleux et gercés; on dirait de ces arbres pourris qui sont près des rivières. Les Leouroan se ftnt des chapelets avec des ossements et des crânes en ornent leur tète et les suspendent à leur cou ; ils habitent le creux des rochers, semblables aux démons qui hantent les tombeaux. Il en est d'autres qui portent des vêtements souillés d'ordure et dévorent des mets pourris et des viandes corrompues. Ils sont aussi infects et aussi dégoûtants qu'un porc au milieu d'un cloaque. Et cependant vous autres, vous considérez cela comme des actes de vertu. N'est-ce pas le comble de la stupidité et de la folie? »
Hiouen-Thsang n'est pas toujours aussi sage; lui aussi, payant son tribut à la faiblesse humaine, provoque les hérétiques avec une audace digne de Luther. « Si quelqu'un trouve ici un seul mot erroné, « et se montre capable de le réfuter, je lui donnerai « ma tête à couper pour lui prouver ma reconnais- « sauce. » Si l'on en croit les biographes, personne n'osa accepter un tel défi. Ceci parait invraisemblable. Quel sectaire, religieux ou politique, ne jouerait dix fois sa tête plutôt que de se taire? Il n'y a que les sauvages et les barbares qui acceptent la vérité ; les geu& çivAUés ne connaissent que la discussion.
n n'est pas possible de suivre Hiouen-Thsang dans tous les événements de son voyage, de l'accompagner dans sa visite aux Turcs adorateurs du feu, ou chez les Mahrattes, gui étaient il y a douze cents ans ce qu'ils sont encore aujourd'hui ; disons seulement qu'après une longue absence il rentra triomphalement dans son pays, rapportant avec lui les plus précieuses reliques, et sept cents ouvrages, chargés sur vingtdeux chevaux. AccueilU par des transports de joie, l'empereur en voulut faire un ministre ; mais Hîouen* Thsang n'avait point mis son ambition sur la terre, il ne connaissait rien et ne voulait rien connaître à l'administration! Abandonner les principes mystérieux de la loi pour suivre les idées du siècle, c'était, disait-il, ressembler à un navire marchant à pleines voiles, qui quitterait les eaux de la mer pour voguer sur la terre ferme; non-seulement il n'y réussirait pas, mais il ne pourrait manquer de se briser et de périr. Son seul vœu était de finir ses jours en religion, pour se consacrer à la traduction des livres qu'il avait rapportés d'Occident, et propager la doctrine du Bouddha.
n ne quitta plus son couvent, et passa le reste de sa vie ou en prières, ou pieusement occupé à traduire les livres indiens. Ce fut alors cependant qu'il écrivit la relation de son voyage, dans un style simple et naturel, n'osant pas, disait-il, ciseler et fleurir ses récits. L'empereur avait moins de scrupule; prié par Hiouen-Thsang d'orner d'une introduction, tombée de son pinceau divin, cinq traductions que le moine venait d'achever, il écrivait en sept cent quatre- ^ vingt-un caractères une préface toute ciselée et toute fleurie, dans laquelle il déclarait, avec une modestie dont nous connaissons la formule, « qu'il craignait d'avoir déshonoré les feuillets d'or du voyageur en
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Bernant du firaiderdànfi une forêt de perles. » Ce n*est |»ajs trop d'ètee emperenr de la Cbine pour faire accepter ces merreilles d*éIocntion«
La mort de fiObouen-Thsang est racontée par ses Jnograplies avec tout le respect qui s'attache aux derniers moments d'un saint. Après un soIlg^ qui lui fit espérer qu'il n'avait pas pratiqué en vain la doctrine du Bondctha» le moine, se sentant mourir, réunit toutes les bonnes œuvres qu'il ^Tait laites, «fin de Mnimw sa loi et de rêver d'une vie ^neiUei;)^.
« n ordonna au tnaïtre de consigner par écrit les titres des livres sacrés «t des traités qu'il avait traduits, formant ensemble sept eent quarante ouvrages et treisse cent trente-dnq •Kfres. Il inscrivit aosu les dix millions de peintares du Bouddha, ainsi ^nn la mUUer d'images peintes sur soie qu'il «vait fsit asécuter, U avait (ait en outre mouler ce|it millions 4e etatuettes de couleur uqie. U avait fourpi des aliments et témoigné de la compassion à plus de vingt mille personnes parmi les fidèles et les hérétiques; il avait allumé cent mille lampes et racheté plusieurs milliers de créatures.
« Après avoir entendu ta lecturo de ces boanes oeuvres^ ks religieuK croisèrent les mains et le oomblèrent de lélidtations, |iiouei>*Tbsang leur dit : Le moment de ma siort approche: déjà mon esprit s'affaisse et semble me quitter. 11 faut promptejnent distribuer en atimôues mes vêtements et naes richesses^ Ikire fabriquer des statues, et charger des religieux de réciter ^es prières. Il invita également ses disciples à dire joyeusement adieu à ce corps impur et méprisable de iiiouea-Tbsang, qui ayant fiait sen rûie ne méritait plus de subsister long- Itemps. ie désire, igouta-i^il, voir reverser sur les autres hommes les mérites que j'ai acquis par mes bonnes œuvres, naître avec eux dans le ciel des TouchitaSy être admis dans la famille de Blaitreya ^^ et servir ce Bouddha plein de tendresse
* C-Sit le premier Bouddha qui doit paraître «or la terre, et qni isDdduilsalsIiMiS^MwbUsflliJttoaieataù a deUjUâsawits
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et d'dfféOtions QuffÂd ]o reéesceiidrâi Éiït Ut Ukté ^f pér * courir d'autres existeiiees Je désira à durqve naisiàiiott lou^» velle remplir aree un iè\e wi» bornes mes devoirs^ eaf ers It Bouddha, et arriver enfin à Tinteilifsence absoluej
« Après avoir fait ses adieui^, il se tut et entra en méditation, puiS| de sa langue mourante, prononça deux stances en Thonneur de Maitreya, qu'il fit répéter aux personnes qui étaient près de lui, porta sa main droite à son menton et s» gauche sur sa poitrine^ puis il éiendll ses membres» les crois» et se coucha sur le c6té droit
« Il reste ainsi immobile sans rien prendre jusqu'au m» quième jour de la deuxième lune. Au milieu de la nuit ses disciples lui demandèrent : « Uaitre^ avei-vous enfin obtenu de naître au milieu de rassemblée de tfaitreya? — Oui, • rdpondit-il d*une voix défaillante. A ce mot, sa respiration s'affaiblît de plus eti plus^ et au botit de quelques instanfs son Âme s'éranouit. Ses senriteurs» l'ayant palpé doueemenly trouvèrent que Ses pieds étaient déjà froktoi tw^to !• derrière de sa tête était encore tiède. Son visage avait um teinte rosi« et tous ses traits exprimaient au plus haut degré la joie et le bonheur. »
Ainsi finit Tidole de son sfèéte, ef il lïie SéUlble ^e cette fignre, si bien Reproduite' dftns TexceBent tfavâÛ de M. Julien, n'est pas dépourvue d'intérêt. Pltlë d*utt clirétien pourrait enviei' au moine bouddhiste la sincérité de sa foi, l'énergie de sa volonté, le bel exemple d'une vie consacrée tout entière à ce qu'il croyait lu vérité. Cependant, il faut bien lô recotinaitre, la personne de Hiouen-Tlisaiig est mdinâ importante que -le récit de ses voyages, et c'est pour enrichir là géographie plutôt qUô pour nous peîttdi^ \m saint chinoié que M. Julien a entrepris une. œuVre pleine de difficultés.
Nous né connaissons presque rien dé llnde, à l'époque où Fa-hiert et Hlouen-Thsang l'ont pWcourùe; les récits postérieurs que nous devons aux
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Arabes sont très-incomplets sur ces temps reculés. Ce que nous apprend Massoudi au dixième siècle, dans ses Prairies cToTy la relation, traduite par M. Reinaud, et qui rappelle singulièrement Massoudi, sont des livres sans critique, qui ressemblent beaucoup aux voyages de Sinbad le marin, dont on amusait notre jeunesse. On voit que les Arabes n'ont pénétré que fort tard dans Tintérieur du pays, et que pendant longtemps ils ont accepté comme vraies les fables les plus ridicules. U n'en est pas de même des Chinois : ils ont vu par eux-mêmes, et ils ont été partout. Sans doute des missionnaires, absorbés dans leur œuvre religieuse ne sont pas toujours de parfaits observateurs, néanmoins rien ne peut remplacer le récit d'un homme qui donne exactement le nom des lieux, les distances parcourues, et qui peut dire: J'étais W, telle chose tn advint.
Il y avait seulement dans les récits chinois une difficulté qui jusqu'à ce jour n'avait pas été surmontée, et qui rendait à peu près stériles les relations connues; c'est la langue, ou plutôt le système de traduction suivi par les écrivains chinois. On ne se fait pas une idée de l'impuissance de la langue chinoise pour reproduire des sons étrangers; certaines lettres manquent, le B et TR, par exemple, et jamais deux consonnes ne se suivent. Un Chinois ne peut pas dire Brahmay il entend et il écrit Fan^lan-mo; le nom de Christ forme pour lui un mot de quatre syllabes. Comment après cela se reconnaître dans les relations chinoises et retrouver le« Boddhisattvas dans les PousaSy les Bevas dans Tipo et les Brahmanes dans les Polomenf C'est cependant ce qu'a fait M. Julien, non point par une heureuse divination, mais en pénétrant dans le génie des deux langues sanscrite et
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chinoise, en réduisant à des principes certains toute transcription faite d'un des idiomes dans l'autre. C'est une découverte de premier ordre, car elle met au service des orientalistes qui s'occupent de l'Inde tous les trésors de l'érudition chinoise, et ces trésors sont infinis. Pour en venir là, il a faUu un de ces prodiges de mémoire et de travail auxquels M. Stanislas Julien nous a depuis longtemps habitués. Quel autre que lui eût appris en passant le sanscrit et la théologie bouddhique, deux études dont chacune demande la vie d'un homme, et cela pour rendre accessible à tous le récit d'un voyageur chinois?
On me pardonnera de m'être engagé sur la foi d'un guide si sûr, et d'avoir entraîné le lecteur dans des régions qui me sont inconnues. L'Orient a un charme caché qui séduit le plus ignorant; un instinct secret nous dit que là-bas - est le berceau de notre race et notre première patrie. Aussi dans ces moments où la vie pèse plus que de coutume, il est doux de céder à une aimable illusion et de s'envoler aux bords du Gange, pour rêver à son aise dans cet heureux pays des contes et de la fantaisie. La raison condamne ces étemelles transmigrations, mais l'imagination s'y plait, car elle y trouve des explications ingénieuses et que la raison ne donne pas. Dans le style fleuri et ciselé si fort à la mode, qui n'a soupçonné depuis longtemps un grain de chinoiserie? Qui de nous ne poursuit une ombre invisible pour les ailtres , mais qui paraît et grandit à nos yeux suivant l'énergie de nos désirs ou l'ardeur de notre foi? Sont-ils tous restés dans l'Inde, ces bonzes qui jouent leur tête, et plus encore, la religion même, pour une question indifférente où l'amour-propre est seul en jeu 7 Et n'a-t-on jamais vu loin du Gange
iOÎ LA LIB«A¥i HKLfetitSB.
cet honnête bfahmaae cpii louiuft ir f^isn axL t^ popnlaire ^0, parti ponl^ éhttrter ta iffinee» il nntra au logis, chafè^ d'âtie fbHuMe) A]^« «iroif adort l'éléphant f
AtflHMié
M. 15. LEOOUTÉ.
BISTOIltB MOBALB DBS flÈiikBflb
n éét totyocm délictt de ptrler deê femmes^ maif le danger est extrême quand on réclame pour elles ttn meilleur rang dans la famille et la aoeiété» quand an nom de la morale et de la juatice« on fait le pro^cès aux idées et ailx lois de son temps. En combat^ tant la satire et le préjugé^ eomment ériter la fadeur et l'utopie? Pour aborder^ je ne dis pas pour résoudre de tels problèmes I 11 ne suffît pas d'aroir ua esprit élevée il faut eneore ressentir pour les femmes ee mélange d'amour et de respect, qui est rare ebex les hommes^ car il suppose une -rie tovûours pure et des affections bien placées. Eneore ne sais«je pas si tout autre qu'un père est capable de comprendre ee qu'il y a de sacré dans ces âmes si tendres, et quel droit elles ont d'être armées eontre les épreuires dont le monde et la -rie les menacenti Ni l'aiHoiir du fils, ni l'amour de répoux n'ont cette el^rrojranôev Pour ses enfants, une mère est tout à la fois plus et moîtis qu^une femme, et quant au marii'son affection n'est trop sourent qu'une forme de l'égoisme^ En cédant aux moindres désirs de sa compagne^ l'épout le plus soumis entend bien rester le maître; s'est un despote qui s'oublie, d'autant plus généreux envers celle qu'il aime, qu'il ne lui reconnaît aucun droit.
A juger par le ton du livre. M* Legouré réunit
les qualités voulues pour la mission qu'il s'impose, n a le culte de la famille; il parle des femmes avec un respect chaleureux; il plaide leur cause avec la conviction héréditaire d'un avocat qui doit l'honneur de son nom à ce patronage. Dans cette croisade
. contre les préjugés et contre les hommes, n'y a-t-il pas un peu d'illusion? Il y en a toujours chez les réformateurs même les plus sages. Ce qui fait leur force, c'est la vivacité et l'excès même de leurs espérances. S'ils savaient ce que la lutte et là société feront de cette vérité qui les charme; si, par avance, ils la voyaient combattue, mutilée et ne triomphant qu'en lambeaux, oseraient-ils entrer dans une voie épineuse et braver le ridicule qu'en France on prodigue si volontiers à quiconque sort du chemin battu? Pour moi, je sais bon gré à l'auteur d'avoir tant de foi dans sa cause et tant d'énergie pour la défendre. Attaquer un préjugé, même dans notre siècle de lumières, c'est une témérité héroïque. La vérité , nous n'y tenons guère; c'est un bien qui est à tout le monde, comme la lumière du soleil ; mais un bon préjugé, bien étroit et bien faux, c'est une propriété nationale, un héritage de famille; malheur à qui remue ce doux oreiller où notre ignorance repose I On fait des révolutions en France, on y renverse les trônes et les rois, on s'y joue de la paix et de la fortune publique, on change les chartes et les lois, mais il est un empire que personne ne touche , c'est celui dea préjugés. Tant que la monarchie en a été entourée» nous lui avons rendu un culte aveugle; du jour où elle n'a plus été qu'une œuvre de raison, nous l'avons
•brisée.
Ce qui ajoute au courage et au mérite de M. Legouvé, c'est le temps où il a fait son livre, ou piutô^