‹ La liberté religieuse: 3:e édChapitre 6 sur 31 · XXVIII PRÉFACE · texte numérisé non relu

XXVIII PRÉFACE

de l*État, c'est la religion. En même temps, par un juste retour , la protection dont se charge le prince devient pour lui une gêne e) une servitude. Comme il rencontre partout l'influence de la foi, il trouve partout des Églises qui se plaignent ou qui commandent. Du jour où Constantin s'est fait évêque extérieur, pour se servir de l'Église comme d'un moyen de gouvernement, le monde a été attaqué par un mal que les anciens n'avaient pas connu , la haine des théologiens. Divisions , émeutes , violences, persécutions, guerres civiles, guerres étrangères , c'est l'histoire d'une société qui adore le Christ comme son fondateur. Pour ne parler que de la France , je ne crois pas que, dans son histoire, il se soit passé vingt années, sans que TÉtat et l'Église fussent en querelle. Ni Louis XIV, ni Napoléon n'ont échappé aux difficultés d'une alliance qui trompe toujours les deux parties. L'Église et l'État sont tous deux victimes de cette union, qui n'avait de raison d'être que dans le paganisme. Au contraire, dès qu'on reconnaît l'incompétence religieuse de la puissance publique, dès qu'on renvoie chaque fidèle dans son Église, l'État, débarrassé d'une tutelle impossible, se trouve à la fois plus libre et plus chrétien. Rien ne l'empêche d'appliquer ces grands principes d'équité et de douceur , qui de l'Évangile ont passé dans nos mœurs et dans nos lois ; il n'a pas toujours auprès de lui un clergé jaloux qui réclame sans cesse, et voudrait régner sous son nom. De leur côté , les Églises , libres et souveraines dans leur domaine , n'ont plus à s'inquiéter du prince, ni de ses entours.

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Chacune d'elleà sûre de son indépendance soutient le pouvoir qui la respecte; l'autorité se trouve d*autânt plus forte (ju'elle protège moins. Le prince perd un privilège illusoire ; il acquiert un pouvoir effectif; là encore la liberté de TÉglise, qui n'est que celle de l'individu, fait la force de l'État.

On dira que rien n'est plus dangereux que de livrer ainsi la vérité au feu des discussions humaines , c'est encore une vieille erreur païenne; il n'y a jplus de vérité d'État. Sous Louis XIV, il y avait une vérité médicale officielle, et peu s'en fallût qu'on ne défendit au sang de circuler, comme ailleurs on défendait à la terre de tourner, aujourd'hui ces chimères sont évanouies. On sait que l'État n'a rien à craindi^ de la vérité, et que la science ne fait jamais de révolutions politiques. Elle remue les esprits, mais non les passions, et par cela même elle empêche les passions de fermenter et d'aigrir. Il en est de même delà religion; là, aussi la discussion entretient dans les âmes une agitation salutaire; mais pourvu que l'État ne s'en mêle point, tout se borne à des paroles et à' des écrits; jamais théologien n'a tué son rival qu'avec la main du bourreau. Au contraire, dès qu'elles ne peuvent plus compter sur le bras temporel, dès qu'elles ne peuvent plus servir des calculs humains, les Églises reviennent naturellement à l'Évangile ; s'il est un pays où la controverse soit modérée'et le prosélytisme actif, soyez sûrs que ce pays est celui où l'État reconnaît tous les cultes et n'en protège aucun.

Telles sont les idées que j'ai défendues dans ce volume ; comme je l'ai dit en commençant, tout y aboutit

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à un seul principe, le ménagement de rindiyidu, le respect d'une âme immortelle. C'est un critérium infaillible avec lequel on peut éprouver les problèmes moraux et en suivre l'application. Éducation , soulagement de la misère , système pénitentiaire, institutions politiques, tout part de FÉvangile, et tout y revient. Heureux si j'ai pu faire pénétrer cette conviction dans l'esprit de mes lecteurs , et si j'ai gagné quelques nouveaux soldats, à cette cause qui est celle de la civilisation et de l'avenir. Je sais que, pour combattre des préjugés enracipés , il eût fallu des voix plus éloquentes que la mienne ; mais j'ai toujours été soutenu dans mon travaU par cette pensée que contre la vérité le génie même est impuissant^ tandis qu'il n'est de main si faible qui ne puisse la servir et la faire aimer, en soulevant un coin du voile qui cache sa divine beauté.

Août 1S6S,

LA

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