PREFACE. XXV
empire qui eut de grands princes, et qui périt cependant d'une façon misérable quand, par un progrès insensible, l'administration, seule vivante, eut fini par étouffer le* peuple même qu'elle croyait protéger. Le christianisme, lui-même, on l'oublie toujours, ne put sauver le monde de cette étreinte funeste; le régime inventé par Auguste, et développé par Adrien, écrasa sous ses ruines une société chrétienne. Aujourd'hui on penche plus que jamais de ce côté ; c'est à l'administration qu'on en appelle ; le devoir est donc de signaler ce retour aux illusions païennes, et de combattre un système aussi dangereux pour l'individu que pour l'Etat.
Le présent le plus fatal qu'on puisse faire à l'homme, c'est de diminuer en lui le sentiment de sa force et de sa responsabilité. En religion comme en politique, dans l'industrie comme dans les lettres, nous n'arrivons à rien que par la volonté; mais la volonté a besoin d'un aiguillon ; de toutes les forces de notre âme, c'est celle qui se rouille le plus vite quand on n'en use pas. Un peuple qu'on dirige trop, se déshabitue de l'action ; il ne compte plus sur ku*même, et tombe dans une langueur mortelle. Comparez les nations d'Europe ; leur foi, leur industrie, leur littérature, leur puissance, leur richesse marche du même pas que leur liberté politique ; pourquoi? Ce n'est point seulement parce que la loi appelle les citoyens à prendre part au gouvernement ; le gouvernement n'est qu'un moyen et une garantie de liberté; c'est parce que des institutions 1 ibres laissent un champ sans limites à l'activité de l'iionnne et du citoven.