‹ La liberté religieuseChapitre 14 sur 33 · PRÉFACE. XXIX · texte numérisé non relu

PRÉFACE. XXIX

Chacune d'elles sûre de son indépendance soutient le pouvoir qui la respecte; l'autorité se trouve d'autant plus forte qu'elle protège moins. Le prince perd un privilège illusoire ; il acquiert un pouvoir effectif; là encore la liberté de l'Église, qui n'est que celle de l'individu, fait la force de l'Etat.

On dira que rien n'est plus dangereux que de li- ^Ter ainsi la vérité au feu des discussions humaines , c'est encore une vieille erreur païenne; il n'y a plus de vérité d'État. Sous Louis XIT, il y avait une vérité médicale officielle, et peu s'en fallût qu'on ne défendît au sang de circuler, comme ailleurs on défendait à la terre de tourner, aujourd'hui ces chimères sont évanouies. On sait que l'Etat n'a rien à craindre de la vérité, et que la science ne fait jamais de révolutions politiques. Elle remue les esprits, mais non les passions, et par cela même elle empêche les passions de fermenter et d'aigrir. Il en est de même de la religion; là, aussi la discussion entretient dans les âmes une agitation salutaire ; mais pourvu que l'État ne s'en mêle point, tout se borne à des paroles et à des écrits; jamais théologien n'a tué son rival qu'avec la main du bourreau. Au contraire, dès qu'elles ne peuvent plus compter sur le bras temporel, dès qu'elles ne peuvent plus servir des calculs humains, les Églises reviennent naturellement à l'Évangile ; s'il est un pays oii la controverse soit modérée et le prosélytisme actif, soyez sûrs que ce pays est celui où l'État reconnaît tous les cultes et n'en protège aucun.

Telles sont les idées que j'ai défendues dans ce volume j comme je l'ai dit en commençant, tout y aboutit

XXI PREFACB.

à un seul principe , le ménagement de l'individu , Je respect d'une âme immortelle. C'est un critérium infaillible avec lequel on peut éprouver les pro-' blêmes moraux et en sui\Te l'application. Éducation , soulagement de la misère , système pénitentiaire, institutions politiques, tout part de l'Evangile, et tout y revient. Heureux si j'ai pu faire pénétrer cette conviction dans l'esprit de mes lecteurs , et si j'ai gagné quelque^ nouveaux soldats, à cette cause qui est celle de la ci\ilisation et de l'avenir. Je sais que, pour combattre des préjugés enracinés , il eût fallu des voix plus éloquentes que la mienne ; mais j'ai toujours été soutenu dans mon travail par cette pensée que contre la vérité le génie même est impuissant, tandis qu'il n'est de main si faible qui ne puisse la ser^ir et la faire aimer , en soulevant un coin du voile qui cacbe sa divine beauté.

Août ISàS.

LA

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