UN BOUDDHISTE
Depuis trente ans l'érudition s'est tournée vers l'Orient; grâce à de longues et patientes recherches, rinde et la Cliine, ces pays mystérieux, commencent à sortir de l'ombre , et nous laissent entrevoir ce qu'il y a de considérable dans leur antique civilisation. L'Inde surtout a été l'objet des études les plus sérieuses. Ce grand empire, qui fait la richesse de l'Angleterre, et qui serait à nous, si là, comme en Amérique, l'incurie du gouvernement n'eût trahi le courage de nos soldats, nous a, du moins, livré le secret de sa langue, de sa philosophie, de ses religions. Dans ce champ paisible, la France, plus heureuse qu'en politique, a surpris à sa rivale les plus riches conquêtes. L'influence de ces travaux récents est déjà sensible. La philologie, l'histoire, l'étude des religions, tout change d'aspect, car l'étroit hotltoh de nos pères s'est démesurément agrandi; l'antiquité recule, à mesure qu'on en approche avec dos luuiières nouvelles ; de toutes parts, s'ouvrent des perspectives inconnues , qui se perdent dans un lointain sans bornes. La parole que le grand-prêtre de Sais adressait à Solon est aujourd'hui vérifiée ;
1 Hisiohe de la vie de lUouen-Thsawf , et de ses voyages dans l'Inde depuis l'an (î2d jusqu'à l'an G^â, traduite du chinoid par Stanislas Julien. Un vol. in-8. Puns, 1853.
dans le long développement de la civilisation humaine, les Grecs, que nous rec^ardions comme des ancêties, ne sont plus que des enfants.
En France, où il a toujours été de bon goût de railler ce qu'on ne connaît pas , ce qui fait qu'en général , on est sans pitié, rien n'a semblé plus naturel que de dédaigner, comme absurdes, toutes les religions do l'Orient. On a beau dire que le bouddhisme a vingt-six siècles de durée et ne compte guère moins de fidèles que le christianisme tout entier, il est bien évident, avant tout examen, qu'un peuple qui a la peau jaune ou les yeux obliques, ne peut avoir que des croyances ridicules , et que la raison n'a jamais logé dans le crâne d'un Chinois ou d'un Indou. C'est d'hier seulement que nous avons perdu ce doux oreiller où reposait notre ignorance. Un des chefs-d'œuvre de l'érudition moderne , V Introduction à l'histoire du Bouddhisme^ par Eugène Burnouf, nous a révélé ce qu'il y a de respectable et de grand dans cette religion, en qui tant de millions d'àmes ont mis leur confiance ici-bas, et leur espoir après la mort. Qu'on lise ce travail, et en même temps qu'on verra se dissiper des préjugés ridicules, on s'étonnera de la puissance d'un esprit assez vaste pour comprendre tout le génie de l'Inde ; peut-être aussi sentira-t-on ce que la France doit à l'homme qui a usé sa vie en de pareilles études, tout entier à la poursuite d'une grande idée, et n'attendant que de l'avenir une gloire trop chèrement achetée.
Qu'est-ce donc que la religion, enseignée vers le septième siècle avant notre ère, par le bouddha Sakya-Mouni? Quand on enlève la rouille de la tradition, qui partout cache et altère la vérité; quand on dégage la loi primitive des innombrables légendes