‹ La liberté religieuseChapitre 29 sur 33 · UX BOUDDHISTE · texte numérisé non relu

UX BOUDDHISTE

et d'affection. Quand je redescendrai sur la terre pour parcourir d'autres existences, je désire à chaque naissance nouvelle remplir avec un zèle sans bornes mes devoirs envers le Bouddha, et arriver enfm à l'intelligence absolue.

«« Après avoir fait ses adieux, il se tut et entra en méditation, puis, de sa langue mourante, prononça deux stanccs en l'honneur de Maitreya, qu'il fit répéter aux personnes qui étaient près de lui, porta sa main droite à son menton et sa gauche sur sa poitrine, puis il étendit ses membres, les croisa et se coucha sur le côté droit.

« Il resta ainsi immobile sans rien prendre jusqu'au cinquième jour de la deuxième lune. Au milieu de la nuit ses disciples lui demandèrent : « Maître, avez-vous enfin obtenu de naître au milieu de l'assemblée de Maitreya? — Oui, » répondit-il d'une voix défaillante. A ce mot, sa respiration s'affaiblit de plus en plus, et au bout de quelques instants son âme s'évanouit. Ses serviteurs, l'ayant palpé doucement, trouvèrent que ses pieds étaient déjà froids, mais le derrière de sa tête était encore tiède. Son visage avait une teinte rose, et tous ses traits exprimaient au plus haut degré la joie et le bonheur. »

Ainsi finit l'idole de son siècle, et il me semble que cette figure, si bien reproduite dans l'excellent travail dn M. Julien, n'est pas dépourvue d'intérêt. Plus d'un chrétien pourrait envier au moine bouddhiste la sincérité de sa foi, Ténorgie de sa volonté, le bel exemple d'une vie consacrée tout entière à ce qu'il croyait la vérité. Cependant, il faut bien le reconnaître, la personne de Hiouen-Thsang est moins importante que le récit de ses voyages, et c'est pour enrichir la géographie plutôt que pour nous peindre un saint chinois que M. Julien a entrepris une œuvre pleine de diificultés.

Nous ne connais^:ons presque rien de l'Inde , à l'époque où Fa-hien et Hiouen-Thsang l'ont parcourue ; les récits postérieurs que nous devons aux

Arabes sont très-incomplets sur ces temps reculés. Ce que nous apprend Massoudi au dixième siècle, dans ses Prairies d'or, la relation, traduite par M. Reinaud, et qui rappelle singulièrement Massoudi, sont des livres sans critique, qui ressemblent beaucoup aux voyages de Sinbad le marin, dont on amusait notre jeunesse. On voit que les Arabes n'ont pénétré que fort tard dans l'intérieur du pays, et que pondant longtemps ils ont accepté comme vraies les fables les plus ridicules. Il n'en est pas de même des Chinois : ils ont vu par eux-mêmes, et ils ont été partout. Sans doute des missionnaires, absorbés dans leur œuvre religieuse ne sont pas toujours de parfaits observateurs, néanmoins rien ne peut remplacer le récit d'un homme qui donne exactement le nom des lieux, les distances parcourues, et qui peut dire: J'étais /à, telle chose rn advint.

Il y avait seulement dans les récits chinois une difficulté qui jusqu'à ce jour n'avait pas été surmontée, et qui rendait à peu près stériles les relations connues ; c'est la langue, ou plutôt le système de traduction suivi par les écrivains chinois. On ne se fait pas une idée de l'impuissance de la langue chinoise pour reproduire des sons étrangers; certaines lettres manquent, le B et l'R, par exemple, et jamais deux consonnes ne se suivent. Un Chinois ne peut pas dire Brahmay il entend et il écrit Fan-lan-mo; le nom de Christ forme pour lui un mot de quatre syllabes. Comment après cela se reconnaître dans les relations chinoises et retrouver le« Boddhisattvas dans les PousaSf les Bevas dans D'po et les Brahmanes dans les Polomen? C'est cependant ce qu'a fait M. Julien, non point par une heureuse divination, mais en pénétrant dans le génie des deux langues sanscrite et

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chinoise, en réduisant à des principes certains toute transcription faite d'un des idiomes dans l'autre. C'est une découverte de premier ordre, car elle met au service des orientalistes qui s'occupent de l'Inde tous les trésors de l'érudition chinoise, et ces trésors sont infinis. Pour en venir là, il a fallu un de ces prodiges de mémoire et de travail auxquels M. Stanislas Julien nous a depuis longtemps habitués. Quel autre que lui eût appris en passant le sanscrit et la théologie bouddhique, deux études dont chacune demande la vie d'un homme, et cela pour rendre accessible à tous le récit d'un voyageur chinois?

On me pardonnera de m'être engagé sur la foi d'un guide si sûr, et d'avoir entraîné le lecteur dans des régions qui me sont inconnues. L'Orient a un charme caché qui séduit le plus ignorant; un instinct secret nous dit que là-bas est le berceau de notre race et notre première patrie. Aussi dans ces moments où la vie pèse plus que de coutume, il est doux de céder à une aimable illusion et de s'envoler aux bords du Gange, pour rêver à son aise dans cet heureux pays des contes et de la fantaisie. La raison condamne ces éternelles transmigrations, mais l'imagination s'y plaît, car elle y trouve des explications ingénieuses et que la raison ne donne pas. Dans le style fleuri et ciselé si fort à la mode, qui n'a soupçonné depuis longtemps un grain de chinoiserie? Oui de nous ne poursuit une oml)re invisible pour les autres , mais qui paraît et grandit à nos yeux suivant l'énergie de nos désirs ou l'ardeur de notre foi? Sont-ils tous restés dans l'Inde, ces bonzes qui jouent leur tête, et plus encore, la religion même, lK)ur une question inditl'érente où l'amour-propre est seul en jeu? Et n'a-t-on jamais vu loin du Gange

cet honnâte brahmane qui tourne s'r"Men au ven' populaire que, parti pour chanter le prince, il rentre au loi^is, chargé d'une fortune, après Bvoir adoré réléphant?

Avril 18&3.

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