‹ La liberté religieuseChapitre 4 sur 33 · X PRÉFACE · texte numérisé non relu

X PRÉFACE

Profession de foi duYicaire savoyard; mais ils ne vont pas plus loin ; les communions sorties de l'Évangile n'obtiennent d'eux qu'une respectueuse indifférence. Pour les sages du jour, les dogmes chrétiens sont des philosophies populaires qui tranchent le problème de la destinée humaine avec des solutions toutes faites et qu'on ne discute pas. C'est la doctrine des petites gens, de ceux que la nature ou la fortune condamnent à une ignorance invincible. Cette doctrine, il est bien de la ménager, il serait puéril de s'y asservir.

Je ne crains pas de le dire, cette situation est mauvaise pour tous : ni la religion ni la philosophie ne s'accommodent de pareils compromis. Elles se touchent et se pénètrent par trop de points pour que l'isolement ne leur soit pas fatal. Dans ce divorce de la science et de la foi, dans cette séparation qui coupe en deux l'âme humaine, il y a quelque chose d'insupportable ; jamais une conscience délicate n'acceptera cette politique, dictée sans doute par des motifs honorables, mais qui sent le mensonge et l'hypocrisie. Si le christianisme est faux, attaquez-le franchement'; c'est un devoir ; si le christianisme est vrai, faites-lui sa place dans la science et dans la vie. Que dans le monde on ménage les préjugés et les faiblesses d'autrui, rien de mieux; nous devons aimer ceux mêmes qui s'égarent; mais dans la région des principes, dans la poursuite de la vérité, point de transaction avec l'erreur; l'erreur est toujours un mal et un danger. Au fond , ce respect dédaigneux cache un pacte avec Vidolàtrie. « Peuple d'Israël, disait le prophète Élie,

PRÉFACR. XI

«jusqu'à quand boiterez-vous des deux côtés? Si le « Seigneur est Dieu, suivez-le; si Baal est Dieu, sui- <( vez-le*. )) Et la Bible ajoute : « Le peuple ne lui « répondait pas un mot. y> C'est que toute voix est muette quand c'est la conscience même qui nous reproche notre lâcheté.

De tout temps on a vu un signe fatal dans ce divorce de la science et de la foi; mais peut-être le mal n'a-t-il jamais été plus sensible qu'aujourd'hui. x\u milieu de nos révolutions quelle est la plainte générale, c'est qu'il n'y a plus de convictions. Notre siècle vit de curiosité, rien n'échappe à ses recherches, mais il ne croit à rien. Pour nous, toute étude morale, ressemble au miroir dont parle l'Apôtre'^; on s'y regarde, on passe, et on oublie ce qu'on a vu. En politique comme en littérature, nous n'avons plus de principes ; il n'y a ni vrai, ni faux; tout est possible, tout arrive, et rien ne dure. Mobilité perpétuelle, perpétuelle stérilité ! De là ce phénomène étrange qui confond notre sagesse. Tandis qu'à différentes époques l'histoire nous montre des peuples à peine civilisés, mais croyants, qui remuent le monde et fondent des empires; tandis que chez les Arabes après Mahomet, tandis que chez nos aïeux au treizième siècle, la po litique, les arts et les lettres ont leur floraison naturelle, notre société raffinée et sceptique analyse tout et ne peut rien établir. Elle domine la matière, mais le monde moral lui échappe, et toute sa science ne

1 III. Rois wMi, 21.

* Ép. saint Jacques, i, 21.

Page 1