PRÉFACE. XV
saints, ni de Tautorité de l'Église; ces arguments, (fui sont excellents pour les fidèles, n'ont point de valeur pour ceux qui doutent. Mais voici le Christ de l'histoire, le Christ de l'Évangile et non pas des théologiens. Voici celui qui se nomme la voie, la vérité, et la vie. Depuis dix-huit siècles, le monde vit de son exemple et de sa parole ; cet exemple a-t-il perdu de sa vertu ; cette parole est-elle usée? Dans les inquiétudes de notre âme, dans ces douleurs qui ne veulent pas de consolation, trouvons-nous dans l'Évangile , et dans l'Évangile seul, le calme après lequel nous soupirons, le seul baume qui adoucisse des plaies saignantes; alors l'Évangile est vrai, et la sainteté du Christ prouve sa divinité. Que peut opposer la raison à cette vérité morale cp.ii éclaire notre intelligence et apaise notre cœur? Séparer le Christ de sa doctrine? De quel droit? C'est la \ie même du Christ qui est son enseignement : « Seigneur, s'écriait Pierre, à qui irions-nous; vous avez les paroles de la vie éternelle*. » Depuis dix-huit siècles, ce cri de l'Apôtre est le cri de l'humanité !
Chose étrange, ceux qui sont entrés dans cette voie nouvelle sont des gens qui se sont mis en dehors de toute Église, qui écartent le dogme, et qui ne croient ni aux symboles ni aux conciles. Ils ont rompu avec la tradition, ils ne parlent jamais ni de la Trinité, ni de la rédemption, ni du sacrifice expiatoire du Christ. Il semble qu'en dépouillant le tSauveur de son auréole séculaire, ils l'afl'aiblissent.
* Évangile selon saint Jean, vi, 69.
XVI PRIÉFACE.
Point du tout. En rapprochant de nous le Fils de l'homme, celui qui a porté nos misères et nos douleurs, ils le rendent plus wai et plus grand. Cette figure du Crucifié qui nous tend ses bras sanglants, n'a jamais été plus douce ni plus adorable. La divinité du Christ nous étonne, son humanité nous attire ^t nous conquiert; fussions-nous païens comme le centurion, il nous faut crier avec lui : Cet homme est vraiment Fils de Dieu !
De pareilles études ouvrent une ère nouvelle. Ces recherches poursuivies de toutes parts, dans les vues les plus diverses, remuent déjà le fond des âmes; peut-être ce qui n'est encore que la tentative de quelques savants sera-t-il bientôt le travaQ commun de la chrétienté. Ce n'est pas une Église particulière qui commence, ce n'est pas une seconde Réforme qui s'agite, c'est bien plus, c'est un nouvel effort vers la vérité. Le jour est venu où la critique compte avec l'Evangile, c'est un mouvement qu'on n'arrêtera pas. Faut-il craindre? Non, si l'on croit à la vérité, si l'on est convaincu que le Père des lumières ne souffre ni de changement y ni d' ombre \ En religion surtout , les révolutions d'idées trompent tous les calculs humains; la vérité est tellement la vie de l'homme, qu'on n'en peut approcher sans profit; elle sauve ceux même qui la combattent. Une seule chose est certaine , c'est que toutes les fois qu'on a remué l'Évangile pour y chercher sincèrement la vérité, il y a toujours eu une renaissance de la
• Ép. saint Jacques, i, 17,
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foi. C'en est assez pour avoir confiance dans l'avenir . Mais pour être franche et pacifique, pour n'être point traversée par les passions théologiques et les intérêts humains, la recherche de la vérité a besoin d'une indépendance complète. C'est pourquoi de toutes parts on réclame la liberté politique des communions religieuses, la séparation de l'Église et de l'État. Des hommes qui ont usé leur >ie a défendre les idées chrétiennes, comme M. Bunsen; des philosophes sincères et éloquents, comme JM. Simon, n'ont qu'une voix pour demander qu'on laisse le champ libre à la vérité. Avant eux, une des âmes les plus chrétiennes de notre temps, Yinet, s'est dévoué au service de cette sainte cause. Dans son Essai sur la manifestation des convictions religieuses \ dans sa Liberté des cultes ^, il a victorieusement prouvé que la séparation de l'Église et de l'État n'est pas une question de convenances, de perfection, ou d'époque, mais, le droit, le devoir, la nécessité. J'ai résumé les raisons données par ces grands esprits ; je ne reviendrai point sur un sujet longuement traité; puisse seulement l'avenir ne pas nous donner tort; puisse-t-il éviter au monde le triste spectacle de ces Églises qui se jettent dans les bras de l'État, l»our qu'il fasse à leur profit la police des consciences, de ces chrétiens qui en appelant la force à leur secours infligent un démenti perpétuel à la vérité et à l'Évangile!
* Deuxième édition, Paris, 1 808.
* Deuxième édition, Paris, 1856.