‹ La liberté religieuseChapitre 7 sur 33 · XVIII PREFACE · texte numérisé non relu

XVIII PREFACE

Rien ne m*étonne et ne m'afrnge plus que de voir des gens qui se disent et se croient les soutiens du christianisme, quand ils veulent confisquer les âmes et établir partout le despotisme spirituel. En annonçant (jue son royaume n'était pas de ce monde, Jé^us a brisé le système païen qui prenait l'homme tout entier. Les adversaires du christianisme ne s'y sont pas trompés. Jean-Jacques reproche au Christ d'avoir coupé l'Etat en deux, et d'avoir ainsi causé les divisio?is intestines qui n'ont jamais cessé d agiter les peuples chrétiens '. Mahomet lui semble un bien plus grand politique, et il ajoute : De tous les auteurs chrétiens le philosophe Hobbes est le seul qui ait bien vu le mal et le remède, qui ait osé proposer de réunir les deux tètes de l'aigle, et de tout ramener à l'unité politique, satis laquelle jam,ais Etat ni gouvernement ne sera bien constitué"^. Rousseau est logique ; quand on fonde non pas seulement le gouvernement mais la société sur le nombre, c'est-à-dire sur la force, quand c'est la majorité qui décide ce qui est vrai, et ce qui est juste, il implique que la conscience individuelle garde sa liberté; mais est-ce dans le Contrat social^ cet Évangile de toutes les tyrannies, que des chrétiens devraient rencontrer un appui? Qu'est-ce cependant que cette union de l'Eglise et de l'Etat, sinon la pensée païenne? Réunir les deux têtes de l'aigle par une alliance politique, n'est-ce pas partager avec le prince ce domaine de l'àme humaine que Dieu s'est réservé?

• Contrai social, liv. IV, ch. viii.

« Contrat social, liv. IV, ch. viu.

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