‹ La liberté religieuse et la législation actuelleChapitre 3 sur 22 · U. LIBERTÉ RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

U. LIBERTÉ RELIGIEUSE

discours de Portalis, dans lequel la pensée intime du maître est non-seulement exprimée, mais sculptée en bronze et dans le plus beau relief? « Tout gouvernement, disait réminent j urisconsulte, exerce deux pouvoirs en matière religieuse : celui qui compëte essentiellement au magistrat politique en tout ce qui intéresse la société, et celui de protecteur de la religion elle-même... C'est un principe certain que l'intérêt public, dont le gouvernement tient la balance, doit prévaloir dans tout ce qui n'est pas l'essence de la religion ; aussi le magistrat politique peut et doit intervenir dans tout ce qui concerne l'administration extérieure des choses sacrées. » Portalis conclut de ce principe que comme il n'est pas de l'essence de la religion qu'elle soit prêchée par tel prédicateur plutôt que par tel autre, l'État peut choisir ceux qui auront la confiance de la patrie; à lui aussi d'examiner la forme des décisions dogmatiques et de commander le silence sur les points dont la discussion pourrait agiter trop violemment les esprits. Le choix de l'heure et du lieu de la prière est un objet de police. Cette préoccupa-

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tion exclusive de Fintérèt de l'État est exprimée avec une singulière franchise dans les passages suivants : a Pourquoi existe-t-il des magistrats? Pourquoi e$iste-t-il des lois? C'est que les hommes ne suivent pas uniquement leur raison, c'est qu'ils sont naturellement disposés à espérer et à craindre, et que les instituteurs des nations ont cru devoir mettre cette disposition à profit pour les conduire au bonheur et à la vertu. Comment donc la religion, qui fait de si grandes promesses et de si grandes menaces, ne serait-elle pas utile à la société f L'intérêt des gouvernements humains est donc de protéger les institutions religieuses. Les religions, même fausses, ont au moins l'avantage de mettre obstacle à l'introduction des doctrines arbitraires : les individus ont un centre de croyances ; les gouvernements sont rassurés sur des dogmes, une fois connus, qui ne changent pas; la superstition est pour ainsi dire régularisée, circonscrite et resserrée dans des bornes qu'elle ne peut ou n'ose franchir. » Puis passant de la religion en général à la religion chrétienne en particulier, Portalis en présent© une

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apologie timide, presque ironique, faisant en son nom de respectueuses excuses pour ses dogmes obscurs « qui ne font après tout qu'occuper la place que la raison laisse vide et que l'imagination remplirait incontestablement plus mal. » U conclut enfin par ees mots significatife : « Est-il une religion mieux assortie à la situation de toutes les nations policées et à la politique de tara les gouvernements^ Ut condition bien entendu qu'on ne l'abandonnera pas à elle-même et que Ton se gardera bien de l'erreur funeste que la politique a fait assez en laissant un libre cours aux opinions religieuses. »

Nous croyons rêver quand nous entendons invoquer de telles paroles comme la sanetion de la liberté religieuse. Elle ne fut jamais plus poliment et plus nettement éconduite. Jamais l'omnipotence de FÉtat sur les âmes ne fut plus ouvertement réclamée. Jamais h religion ne reçut d'hommages plus insultants. La persécution l'honore, car elle révèle au moins l'effroi et, par conséquent, le sentiment de êà puissance; nais qu'est-ce qui pourrait davantage la ravaler que d'être ainsi prise à gage pour entrer

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en collaboration avec la gendarmerie? Peu importe après tout qu'elle soit vraie ou qu'elle soit fausse; Portalis le donne clairement à entendre, elle est utile à l'ordre social. C'est un instrument de règne qui, après avoir été assoupli sous une main forte et habile, rendra d'éminents services. Le christianisme a bien des dogmes obscurs qui pourraient porter à railler; mais sans compter qu'ils valent mieux que les rêves d'une imagination malade — grand merci à M. Portalis pour cette concession ; — il favorise la science et les beaux-arts ; il popularise la morale naturelle. Puis, soyez tranquille, on le surveillera, on ne l'abandonnera pas à lui-même, on donnera aux individus un centre de croyances, et les gouvernements n'auront rien à craindre de dogmes une fois connus qui ne varieront pas.

On voit par cet exposé de la loi de germinal an x, que l'État a lieu d'être rassuré sur la religion. Le lit de parade a été dressé solennellement et elle y pourra dormir en paix, quitte à se réveiller de temps en temps pour chanter un Sel* vum ou un Te Deum. Pour qu'il ne restât pas

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