NOUVELLES LOIS ECCLÉSIASTIQUES
DB l' AUTRICHE (1).
Celui qui nous eût annoncé il y a quarante ans que r Autriche suivrait une politique libérale dans les affaires ecclésiastiques et donnerait l'exemple à la Prusse et à rAUema^e d'une conduite ferme, modérée, respectueuse du droit, n'eût obtenu aucune créance. C'est cependant ce qui se produit sous nos yexix. L'empire, gouverné op plutôt endormi par le machiavélisme cauteleux de M. de Mettemich, après s'être réveillé au coup de ton* nerre de 1848, avoir traversé des fortunes diverses et soutenu des luttes formidables pour ne pas tomber en pièces, se rejeta tête baissée dans la réaction. La perte de la Lombardie l'y enfonça encore davantage. Après Magenta et Solférino, il essaya -de prendre la direction du parti rétrograde en Allemagne et de tenir en échec la Prusse, grâce
(1) Ce morceau est iDédit.
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à la prépondérance qui lui était assurée dans la diète de Francfort. Sadowa'fut le dénoûment et le châtiment de Cetfe déplorable politique. — L'honneur de l'Autriche et de son gouvernement est d'avoir compris ce qui avait fait sa perte et de s'être mis résolument à se réformer. Aussi a-t-on pu dire qu'en réalité, au point de vue moral et supérieur, elle a gagné la bataille de Sadowa. En tout cas, il valait la peine de traverser les plus cruelles épreuves nationales pour échapper au régime du concordat conclu avec Rome au mois d'août 1855. Singulier traité, dans lequel l'un des signataires obtenait tout, sans accorder à l'autre la moindre compensation! L'Etat s'y était livré sans résétve à la curie romaine ; il lui avait abandonné tous ses droits et avait fait acte d'obédience envers le saint-père, comme si l'archevêque de Vienne et l'empereur étaient une seule et même personuiç. C'est dans ce concordat que l'on peut apprendre à connaître les vrais desseins de la papauté à l'égard de la société moderne ; on les discerne encore mieux dans les traités qu'elle a conclus à'ia même époque avec les républiques de l'Amérique du Sud, parce que celles-ci n'avaient aucun moyen de lui résister.
(1) Voir sur le concordat autrichien et les lois de 1869 en Autriche le livre très-remarquable de M. de Laveleye, intitulé C Allemagne depuis la gtierre.
LES NOUVELLES LOIS ECCLÉSIASTIQUES DE l'AUTRICHE. 229
Le concordat de 1855 est la traduction en langue diplomatique des encycliques de Pie IX. Il devait paraître d'autant plus odieux à tout ce que l'Autriche comptait encore d'esprits libéraux qu'il renversait toute la législation ecclésiastique de Joseph II qui était tombée en désuétude sans avoir été positivement' abrogée. Sans doute le fils de Marie-Thérèse avait eu tort, selon les coutumes philosophiques de son siècle, de dépasser de beaucoup les possibilités du temps, et de donner à la théorie politique une avance trop considérable sur l'état des mœurs et des esprits. Il n*est pas de plus sûr moyen d'amener de prompts retours en arrière et de retarder le progrès. On pouvait aussi lui reprocher de dépasser le but en opérant, de par le pouvoir civil, des réformes qui sortaient de sa compétence, parce qu'elles allaient plus loin que le domaine civil et avaient une portée directement religieuse. Néanmoins, dans leur ensemble, les lois de Joseph II étaient de grands bienfaits. Par son édit de tolérance du 13 octobre 1781, il avait établi la liberté des cultes. Il avait fait du mariage un contrat civil et imposé le f lacet aux documents ecclésiastiques de toute nature. Il avait réduit de moitié le nombre des couvents pour doter le culte et l'instruction publique. Les couvents subsistants furent soumis à des règles sévères et les moines
durent passer des examens. Ces réformes étaient suffisantes, il les exagéra et les compromit en voulant simplifier le cérémonial du culte et imposer un catéchisme d'Etat. C'était s'engager dans la voie funeste où la révolution française devait plus tard accumuler devant elle des obstacles insurmontables. Joseph II rencontra déjà la plus violente op* position ; il mourut à la peine et son œuvre ne lui survécut que peu d'années. L'ultramontanisme couvrit l'Autriche d'un couvercle de plomb; tous les privilèges lui furent accordés en fait avec une complaisance croissante par des souverains qui croyaient devoir engager une guerre tantôt ouverte, tantôt sourde contre le régime libéral. Le concordat de 1855 fut le résumé et la consécration de cette politique opiniâtrement rétrograde. Son premier article en donne de suite la vraie signification; il est ainsi conçu : « La sainte religion catholique romaine sera toujours conservée dans l'empire d'Autriche avec tous les droits et privilèges dont elle ddit jouir en vertu de l'ordre divin et des lois canoniques, j II n'était pas possible de constituer plus explicitement la religion d'Etat avec toutes ses iniquités; les privilèges réclamés par l'ordre divin tel que l'interprète la curie romaine sont con-' nus. Si l'on avait quelque doute à cet égard, le concordat conclu quelques années plus tard ,