‹ La liberté religiuese en Europe depuis 1870Chapitre 16 sur 19 · LES NOUVELLES LOIS EGGLÉSIASTIOUES BEL* AUTRICHE · texte numérisé non relu

LES NOUVELLES LOIS EGGLÉSIASTIOUES BEL* AUTRICHE

poser avec une entière clarté le point de vue du gouvernement en ce grave sujet. Le gouvernement distingue la question politique de la question religieuse. Rien n'est plus éloigné de sa pensée qu'une excursion dans le domaine de la conscience et de la religion, et qu'une gêne apportée à la mission sainte de ceux qui annoncent une paix qui n'est pas de ce monde, mais nul gouvernement' comprenant ses devoirs ne permettra qu'on abuse de la religion pour troubler la paix publique. Nous ne voulons point, comme on l'a prétendu, fonder une nouvelle bureaucratie. D'où vient en définitive l'opposition aux lois actuelles qui comptent bon nombre d'adhérents parmi les catholiques pieux et sincères? Elle vient de ce parti qui a horreur des principes de notre constitution. Il ne nous fera pas oublier que la mission d'un corps législatif n'est pas d'engager la guerre avec l'Eglise, mais de régler les choses de telle sorte qu'elle puisse se mouvoir librement dans sa sphère en respectant le droit inaliénable de l'Etat. Ces lois ne sont pas le produit du caprice législatif mais de la nécessité, elles répondent à l'impérieux besoin du moment. »

La discussion générale sur la première loi fut close le même jour, 9 mars 1874, par quelques fermes paroles du prince Âuersperg, président du

conseil des ministres, qui après avoir confirmé les importantes déclarations de àon collègue, prit l'engagement de donner force à la loi tant qu'il serait au pouvoir. C'était un avertissement salutaire pour les ultramontains qui avaient joué trop tôt du Tion possumus. La discussion n'avait pas cessé d'être brillante et passioniiée ; elle avait été suivie par une immense assistance qui n'avait pu toujours retenir ses marques d'improbation ou d'enthousiasme, car nulle question ne remue à ce point l'âme humaine dans ses profondeurs.

La discussion des articles ne souleva plus de discusôion approfondie. La loi fut votée presque sans changement, puis portée à la chambre haute où l'esprit ultramontain espérait prendre sa revanche. C'était un vain espoir, la commission nommée se montra en majorité favorable à l'adoption du projet du gouvernement. Nul doute n'était possible sur le résultat final. Ce n'est pas que le haut clergé n'eût tout fait pour changer le courant de l'opinion. Dix-neuf des archevêques et évêques de l'Autriche avaient rédigé dans le courant du mois de mars à la suite d'une réunion solennelle tenue à Vienne une protestation au nom de la justice, de l'Eglise et de la société contre l'abrogation du concordat. Pour eux le traité conclu par l'empereur avec Rome, alors qu'il était un souverain absolu.

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ne saurait être ni modifié ni abrogé. La constitution du pays peut changer, le concordat est immuable. A les entendre, la législation si modérée proposée par le gouvernement est une vraie persecution contre l'Eglise et une adhésion scandaleuseaux principes de llmpiété contemporaine. Selon la coutume du parti ultramontain, les évêques crient à l'iniquité dès qu'on touche à leurs privilèges et le droit commun est à leurs yeux^ une tyrannie odieuse dès qu'on le leur applique. Au fond tout ce factum épiscopal est une longue diatribe contre l'Etat laïque, il vise avant tout le mariage civil qui est l'une de ses conséquences les plus naturelles et les plus bienfaisantes. Les évêques prussiens n'ont pas fait entendre de revendications plus énergiques sous le coup de l'oppression que le haut clergé autrichien qui se voit menacé de ' perdre non ses droits mais d'injustes prérogatives contraires aux libertés les plus sacrées d'un peuple. Ce serait à décourager de prendre la défense de la liberté de l'Eglise catholique, si on ne s'élevait à la hauteur des principes qui veulent être maintenus pour eux-mêmes. L'encyclique du saint-père sur les afiFaîres ecclésiastiques de l'Autriche a le style de ces documents dolents et acerbes qui ont l'art de n'extraire de l'Evangile que du fiel. On y retrouve l'intraitable esprit de la curie romaine qui

du sein de son impuissance ne sait que maudire la liberté religieuse partout où on la fonde aux dépens de ses prétentions théocratiques, quitte à la réclamer avec fureur lorsqu'on lui applique le régime exceptionnel dont elle voudrait jouir seule. Nous avons le ferme espoir que le gouvernement autrichien ne se laissera pas exaspérer par ces folles résistances et saura suivre son propre che- min selon l'expression de son ministre des cultes, sans prendre celui de M. de Bismarck. Il a donné une preuve de sa modération en résistant dans la séance du 25 mars dernier aux instigations de la ganche extrême; ses orateurs, à l'occasion de la discussion du budget, voulaient, par une simple suppression de crédit accordé à la faculté de théologie d' Inspruck qui compte des Jésuites parmi ses professeurs, amener la chambre à abolir la Société de Jésus. Le ministre a pensé avec raison que ce n'était pas par une voie détournée qu'il fallait prendre une mesure si grave et qu'on n'avait le droit de s'jr décider qu'ar près un débat approfondi, produisant des griefs légitimes et actuels.

Le débat public s'est ouvert à la chambre des seigneurs le 10 avril. La discussion générale mérite seule de nous occuper, car une fois close dans le sens du gouvernement, tout est gagné pour lui. Les articles ne provoquent plus que d'insignifiantes

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escarmouches. L'intérêt ardent que soulève cet ordre de questions s'est manifesté par la plus nombreuse assistance que l'on eût jamais vue à la chambre des seigneurs fort peu fréquentée d'habitude. Les évêques ont porté à la tribune des protestations à grand fracas. Le cardinal Rauscher, évêque de Vienne, a ouvert le feu en déclarant contre l'évidence que le gouvernement s'engage dans la voie de la Prusse, qu'il veut faire la guerre à TEglise et réduire ses prêtres à n'être pliis que des fonctionnaires civils. L'inviolabilité du concordat a joué un grand rôle dans ces harangues épiscopales. Le ministre des cultes a répondu avec fermeté et dignité; après avoir écarté les exagérations de la polémique et les fausses accusations, il a maintenu le droit de l'Etat de se défendre contre toute agression. Le prince d'Auersperg n'a pas été moins net; il a écarté d'un mot la fantasmagorie du clergé opprimé, en disant que les prêtres autrichiens n'étaient point des parias. Les lois présentées, a-t-il ajouté, étaient déjà préparées sous le ministère Potocki; çlles sont empreintes d'un esprit libéral et conservateur; le ministre a pris l'engagement de veiller à leur stricte exécution, tant qu'il serait au pouvoir. Soixante-dix-sept voix contre 43 lui ont donné raison dans la séance du 15 avril et ont affirmé la

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ferme intention de TAutriche d'abroger le concordat de 1855, sans adopter la politique provocatrice de son puissant voisin. Elle a tousnos vœux dans cette voie sage et libérale.

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