‹ La liberté religiuese en Europe depuis 1870Chapitre 5 sur 19 · REVUE DBS DEUX-MONDES, !«' MAI · texte numérisé non relu

REVUE DBS DEUX-MONDES, !«' MAI

La France afi^iblie semble exposée & un péril nouveau non moins grave que ceux qu'elle a traversés. L'étranger lui a pris des provinces; on voudrait qu'elle abandonnât son patrimoine moral, le fruit le plus incontestable du glorieux effort de 1789, le caractère laïque de l'Etat moderne. La révolution française n'a pas eu de résultat plus certain que la sécularisation de la société civile.

(l)Nous ne traitons dans cette étude que de la politique française en 1871 et 1872, réservant à plus tard de signaler ce que nos institutions ont de défectueux au point de vue de la liberté religieuse. C'est en France, après ses désastres^ que Tultramontanisme a trouvé le terrain lej)lus favorable pour engager la lutte contre la société moderne. C'est donc Ik qu'il faut tout d'abord chercher à pénétrer ses desseins.

Ce principe de rindépendance de l'Etat, en dépit des démentis qui lui ont été infligés à diverses reprises, est l'âme même de la France moderne, qui pendant toute la première moitié de ce siècle a été seule à le proclamer et à le pratiquer avec quelque largeur dans l'Europe continentale. Nos constitutions successives pouvaient disparaître, ce principe n'en demeurait pas moins enraciné dans la conscience nationale. Nous assistons à une tentative audacieuse : on voudrait mettre de nouveau la politique au service de la religion ; c'est là l'effort de l'école ultramontaine, si puissante aujourd'hui aussi bien par nos malheurs que par son propre triomphe au sein de l'Eglise.

Les grandes épreuves nationales ont ce résultat certain de ranimer le sentiment religieux. Bien n'est plus salutaire quand ce sentiment pousse à Faction virile; rien n'est plus dangereux quand.il se tr9.nsforme en une dévotion maladive. Les réactions politiques et religieuses mesurent alors leur audace à la grandeur des calamités ; tout devient possible en fait de prétention et de revendication au lendemain dçs catastrophes. On sait ce qu'ont osé les partis rétrogrades en 1815 et en 1849. Les mêmes tendances reparaissent^ et si elles triomphaient, ce serait la fin de notre pays

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