‹ La liberty et les conservateursChapitre 2 sur 11 · ÉM · texte numérisé non relu

ÉM

Quelques années après, le fameux conipte*rendu de Neckerprésent'iit le budgetavecun excédant de 10,200,000 livres (1). Il faut i-ccounaitre que les prodigalités de

Calonne et que diverses autres causes modifiaient, quelques mois après, ces chifTres et augmentaient le déficit, mais il n*en reste pas moins prouvé queles finances, au début du règne, n'étaient pas dans une condition désastreuse et que, même à la dernière heure, si la France n*eùt cherché qu*à en rétablir l'équilibre, il n'était point besoin d'une révolution pour y parvenir.

La vérité est que le pays voulait autre chose et qu'il j eut parti pris d'exagérer la gravité des embarras financiers pour les exploiter. La véritable- lutte se produisait dès lors entre le droit ancien et le droit nouveau, et la bourgeoisie, qui représentait ce dernier, répétait complaisamment et imprudemment ce qu'avait dit autrefois Saint- John à Whitehall : « Les choses n'iront bien que lors- » qu'elles iront plus mal. » Ce n'était pas, en effet, seulement le redressement des finances que voulait le pays : il demandait, au nom de la relipon comme au nom de la

(I) Ed recette* : 264,154,000 livret.

En dépensée : £3,954,000 linw.

philosophie^ au nom de la misère comme au nom de la fortune, l'abolition des privilèges, l'égalité des droits et des charges pour tous, sans distinction de caste et de rang. Une société nouvelle, active, résolue, intelligente, reven-^ dlquait, dans les choses de l'Etat, le droit d'initiative, de Contrôle et repoussait toutes les servitudes sociales. Elle ne voulait au-dessus d'elle qu'une royauté éclairée, con-* tenue par les Etats-Oénéraux. Elle voulait pour elle, pour tous, pour le pays, la vie publique, la vie politique, le droit d'intervention, le droit de self government.

Elle voulait ce que nous voulons encore, ce que nous voulions toujours : l'alité, la liberté, la souveraineté de la nation.

Ces aspirations se retrouvent en germe, dè^ 1775, dans les remontrances de la Cour des Aides rédigées par Maiesherbes.

Elles sont développées et visées dans tous les Cahiers des Btats-Oénéraux«

Du 15 au 31 mars 1789, les trois ordres, Clergé, No- J)lesse, Tiers-Etat, les eni-egistrent avec une égale ardeur et leur donnent un caractère d'universalité indiscutable.

Il est impossible de parcourir les Cahiers du Tiers-Bta^

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>llHtf'liai

sai^s éprouver une profonde admiration pour la mâle et câlmc énérgiôavec laquelle les citoyens dont lés ttôittis^ retrouveront plus tard dans les sombres annales de TéobiH faud oii dans les bulletins de tios victoires, exposent ioQt à la fois leurs convictions et leurs besoins^

Le Clergé réclame : des Etats Généraux élus, « élément indispensable du pouvoir législatif, » la gratuité dé renseignement, le rétablissement des conciles nationaux, l'égalité de rimpôt, des garanties pour la liberté individuelle, pour le secret des lettres, la responsabilité des ministres et des agents de Tadministration, laf réforme et l'unité de la justice.

La Noblesse émet les mêmes vœux : elle renonce i ses immunités pour tous impAts qui seraient votés pàt les Etats-Généraux et consent au rachat des droits féodâili.

« La liberté de la presse, dit la Noblesse de Guieûne, étant aux afliûres publiques ce qu'est une disctission libre dans les intérêts particuliers, les députés insisteront sur l'abolition de toute censure, et aviseront aux moyétts les plus conveûables pour garantir, des atteintes de \k tictHce, la religion, les moeurs et l'honneur du citoyeni >^

Quelques jours après elle ajoute i

« La presse seni eutièrciiient libi'e, sous la seule » condition, imposée à chaque auteur, de mettre son » nom au titre de son ouvrage* ou de le déclarer à » l'imprimeur, qui répondra alors des demandes qui » pourront être faites contre Tauteur. »

Nobles paroles! sages aspirations, qui sont encore aujourd'hui les nôtres.

Ce sont bien là leâ principes de 89 (1). Ils se dégagent de la royauté et du passé et non point de la révolution de 03 qui les a faussés et rendus suspects. Ils sont bien la liberté, trahie et méconnue depuis parles Jacobins de 93, comme par les autoritaires de 1852.

Comment la société nouvelle qui s'affirmait ainsi s'étaitelle créée f

Comme il advient lorsque les nations se tranforment, tout y avait concouru, les choses et les hommes, les revers autant que les succès, et la transformation avait été si rapide» si complète que la société ancienne s'était laissée aller, elle aussi, au courant qui entraînait tout. Cette force irré-

0) Voir Notes, n» 1.

t^ts^mét

sisiîble est le privilège des choses vi-aies ! Mais* si le vieil ordre devait disparaître, emportant avec lui les abus de la vieille monarchie ; si la royauté de Louis XIV, s'absorbant dans la souveraineté nationale, devait s'éteindre avec le pouvoir absolu, une autre royauté, reposant sur d'autres assises, ne pouvait-elle pas se fonder?

On a souvent répété, on a souvent écrit, sans réfléchir à l'atteinte portée par un pareil système à la dignité et i la liberté humaines, qu'une implacable logique, que la tatalité, dominait la situation et condamnait i périr, ensemble, société et monarchie.

Mais ji quelle heure, à quel jour les choses furent-ellei i ce point désespérées ? Pourquoi sous Louis XVI plutôt que sous le Régent t

La France n'était pas déchue depuis cette époque; bien au contraire, elle était devenue plus riche au dedans, plus considérée au dehors. Ce qui rendit le mal irréparable, ce tut l'inintelligence de la situation même, Fesprii de rétiê^ tance à l'idée que portait le siècle et les préjugés du pouvoir sur ce qu'il s'obstinait à appeler ses prérogatives et ses droits. ^

Là, fat toute la /atalité. Le mécanicien qui, en voyant

1^ vapeur monter, n'ouvrirait pas ses soupapes, pourrait tout aussi bien accuser le sort de Texplosion dont il deviendrait victime. Si, à Tavénement de son règne, alors qu*il voyait avec tant d*effiroi descendre sur sa tète la lourde couronne» Louis XVI ^ se rendant un compte exact des périls qui le menaçaient et des besoins légitimes des esprits, eût rallié autour de lui toutes les forces vives et honnêtes du pays ; si, appuyé sur le trône, auquel sa probité, acclamée par la nation entière, attachait un nouveau prestige, il eût résolument accepté la transformation: qui oserait dire qu'il n*eût pas coiguré les tempêtes et attaché à son nom une gloire impérissable f

Il y aurait eu, sans doute, des irritations à calmer, des intérêts à couvrir, des combats peut-être à livrer, mais Louis XI et Richelieu avaient affronté de bien autres pé* rils; ils avaient fini par vaincre, et la France était sortie de leurs mains plus vivante et plus forte. Louis XVI n*a-^ vait pas devant lui les grands vassaux dont avait du triompher le vainqueur de Charles le Téméraire. Il n'a-^ vait pas, comme Richelieu, à réduire la féodalité française si fortement trempée par les guerres de religion. Il pouvait et il devait concilier les deux grandes passions* alors en 'présence, le passé et le présent, Tautorité et la liberté. Il devait et pouvait empêcher ceite fatale division entre les deux tendances, les deux besoins de Tesprit humain, le respect de la tràditioil * et

MkiktfMÉHMMtoiHk

l'amour du progrès. U le pouvait, et un moment il 1*9 voulu.

La Royauté eut. en cfTot, très certainement la pensée d'entrer dans cotte voie de salut lorsqu'elle appela Turgot au pouvoir: elle attendait de lui la réalisation des vastes projets et des larges doctrines qui avaient d^â conquis à son nom une reconnaissante popularité. Lorsque plus tard, et par deux fois, elle confia le gouvernement à M. Necker, elle accueillait encore, à quelques nuances près, les mêmes idées : Tégalité des droits et des charges, le droit de contrôle et d'intervention, la séparation des ]>ouvoirs (1), l'autorité encore puissante, mais éclairée et contenue par une représentation n'^ellp ot %igilante de la nation.

Il n'est point douteux que Louis XVI ne se soit, dés 1^ dé» but, associé avec un intérêt bienveillant, sinon i tou9 le$

(1) c L*oniqtie moyen de prévenir cet mcoussm est d*atticbfi » essentieHement les parlements tox fonctions honorables ettras- » qnlUet de la magistrature et de sonstraire à lenrs regards eoft*> • tinoels les grands ol^ets de radministration, snrtpnt ôè$ qv'o» » pent y parvenir par nne institution qni, remplissant le veto » tlonal, conviendrait également ao goovfmemeat »

(Mémoire ffenl de NeclPir.)

projets, du moins à la tendance générale de ces deux ministres. Scsobjections, ou plutôt ses hésitations, dontil nous est facile aigourd*hui de suivre les traces, portaient plutôt sur des questions de personnes, de circonstances, d*opportunité; ajourner les choses était dans son tempérament. L'honnêteté de son cœur lui avait révélé la nécessité des réformes ; mais la bonté de sa nature, en Tâttendrissant sur les souffrances que ces réformes devaient imposer à ses serviteurs, arrêtait les élans de sa conscience et troublait la clairvoyance de son esprit.

Il ne voulait que faiblement même ce qu*il voulait et estimait juste. Capable de résister à la flatterie, mais sans force contre les obsessions de son entoui*age, cédant aux espérances que Ton faisait briller devant ses yeux, alors même qu'il n*y croyait pas, de guerre lasse et à regret, il sacrifia Thomme qui pouvait le sauver, aux intrigues de quelques courtisans, au décri intéressé des Parlements et des traitants.

Lorsque plus tard, Louis XVI se retrouva avecM. Necker en présence d*un plan général qui ne différait de celui de M. Turgot, nous venons de le dire, que sur des questions qui ne sont plus ai\jourd*hui que des nuances, car elles procèdent de tendances communes, il ne sut pas plus soutenir Necker qu*il n'avait soutenu Turgot II les abandonna tous deux.

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k*«aHBÉ«MMUlMa m^m^ÈÊÊÊtilUm^Ê^ÊÊmmÊ^kÊÊÊmÊÊIÊài

(VMixqui vivaionl ilos abus s'en réjouiront, et, avec onx, nous le reconnaissons, b«\iucoup de serAÎlenrs sincères et dévoués. Cependant, les imprudents venaient do faire perdre tout à la fois, à la royauté, les moyens de diriger la transformation pacifique du pays, et, au pays, sa confiance dans le caractère, ou, tout au moins, dans l'énergie du souverain. Us n'avaient pas compris, et ne comprirent pas davantage par la suite, qu'ils jetaient i la mer la planche de salut qu'une heureuse fortune leur avait donnée, car, avec les idées de Turgot et de Necker la Révolution eût été prévenue, la transformation assurée, la liberté fondée, et la société nouvelle accomplissait dès lors pacifiquement ses destinées par des voies et dans des formes légales. Des résistances partielles, éphémères, il y en aurait eu, sans doute, mais elles auraient été noyées dans l'enthousiasme général, à la condition toutefois qu'il n'eût pas été possible de douter de la sincérité de la Couronne. Sans cette conviction de tous dans la volonté du prince, rien de possible. Il fallait donc que la Royauté prit pour sienne^ comme son œuvre propre, comme l'expression spontanée et ferme de sa pensée, les réformes, les vœux des Cahiers Généraux, les intérêts et les droits souverains de la nation.

C'est ainsi, pour avoir manqué, au début, de cette prévo}'ance et de ce courage qui préviennent les périls.

que la monarchie s^ vit entraînée par un mouvement irrésistible et désordonné. A mesure que les orages grossissent, mêmes fautes, mêmes erreurs, mômes aveu*glements. Elle ne cède qu*à fin de voie, à bout d*expé« dients et avec la pensée qui se trahit à chaque pas, de ressaisir le lendemain, si elle le peut, ce qu'elle a été forcée d'accorder la veille,

Qu'il y avait loin do là au rôle calme et souverain qu*au« rait pu, qu'aurait dû prendre la royauté! La liberté qui pouvait ravoir pour guide, la tint pour ennemie.

Ce qu'il en advint, le monde le sait,....

L'histoire n'a pas de pages plus sombres, plus douloureuses, plus éclatantes. Mais, quand le feu de la four* naise fut éteint et la fumée moins épaisse, l'Europe, vaincue, pleine d'étonnement et de terreur, salua une nation transformée, ngeunie, nouvelle, qui avait conquis, — au prix de quel sang et de quels sacrifices ! — ce qu'elle voulait conquérir, ce que la Royauté, hélas ! aurait pu lui donner, une terre libre, et la vie politique.

Cependant, nous aurions échappé, tout au moins, aux suprêmes horreurs de la révolution sans la guerre étrangère, ear ce fut bien cette diversion insensée, tentée par l'Evppe contre la France, qui enfanta cette double né^-

Xifm 4^ la lih^rté. cHte4o«b> «^myssioq de rariiilrairF K An d^potiraie : la Terrevr etrEaptre.

Tandîii que qiiaU>rzAanD^«s défAiidai^xit nos fitmtièm. b Terreur» coarrant le pays d« mines, régna a« nooi àm ftalut poblkr, javpi'i ce que. snccomhant à ses propres ez^ cH. elle tnmha poar n^»nft léguer à l'Empire (1),

(l> < Le plot gnod mal de la Rérotntioa, ce s'est pas CaToir » rené à floti le fasg de la aatioa estière, c'est d*aToir Jeté eatre » len éléroeott de la société française des sofrresirs de kaise et de » Tenfesoce qai enpécbent encore od rapprocbemest dass n»» » térét comaoB. »

(Léoacede LaTcrgne : Les At t em è tétt p^w r imti mt n Êomê Lomiê X\% préfoee.)

AMMHHWtÛMiÉfll

Quand César parut, la France épuisée i»ar ses sanglantes luttes intérinuros, affamée de sécurité, ivre de gloire» s'abandonna à son génie, au nom de la société dont il promettait de cicatriser les plaies, au nom des conquêtes morales de la révolution qu'il affirmait et jurait de respecter.

Mais, ces principes de 89 qu'il s'était engagé à défendre. Napoléon ne tarda pas à les violer. A vrai dire, il les repoussait par tempérament aussi bien que par ambition : il n'était l'homme ni des libres discussions, ni des transactions honnêtes et loyales ; il était, avant tout, un esprit autoritaire : cinquante ans plus tôt, il eût pu continuer Louis XIV, on 93, il eût pu être jacobin, mais il était impropre à devenir le chef constitutionnel d*un pajrs libre.

L*Égalitéfat pour lui, l'égalité devant le canoa, un instrument de destruction, Tadministration un moyen de centralisation et de compression.

Dès le début, il porta une main violente sur la représentation nationale dont il ne laissa quW simulacre ; il annihila le droit de contrôle, il mit la vie politique hors la loi, en étouffant la liberté de la presse, en rétablissant la confiscation, les tribunaux d'exception, en se jouant de la liberté des citoyens, en ordonnant d^inqualifiables exils. Que Ton ne s'y trompe pas, c'est ce qui le perdit !...

Si le droit de contrôle eût existé, si toute liberté de la Presse n'eût disparu ; si la vie politique, circulant dans les veines du pays, eût permis de sages remontrances et d'ér nergiques refus, la France aurait-elle livré à l*Emperéur ses enfants pour l'inique invasion de l'Espagne, pour la folle campagne de Russie? Non; elle ne l'eût pas faiti et il se serait vu contraint d'accorder la paix à la France et au monde épuisés^

Ce serait, cependant, mentir à l'histoire que prétendre que Napoléon tomba sous l'action de la volonté nationale; il tomba parce qu'il l'avait détruite, parce qa*il loi avait enlevé tout moyen de se manifester, parce que sa puissance n'eut plus de limites et plus de contrepoids.

Pendant quelques années le pays n*avait pas semblé

s*aperccvoir de ce qa*il lui avait ravi, tant était ébloubsante la gloîi*equ*il vcrsaitsur la France^mais, lorsque lèi conscriptions répétées eurent absorbé le plus Jeune de notre sang(l), lorsque les réquisitions de toute nature eu«* rent dévorê nos économies et paralysé la production, lors->

que le régime impérial eut froissé toutes les Consdenôes, il se fit dans les esprits un retour sur les fautes commises; les protestations grondèrent sourdement, une profonde lassitude s*empara du pays, et les hommes ne se battirent plus que par point d*honneur ou pour défendre le sol de la patrie. « Nous sommes allés à Waterloo, a dit le » général Foy, comme les Grecs aux Thermopyles ; l*Bil- » rope nous avait donné un rendez-vous dlionneor, » nous n'avons pas voulu qu'il fût dit que la France y » avait manqué ! » Voilà les sentiments des derniers béros et des demiei*s jours de l'Empire.

Ce qui manquait à l'Empereur Napoléon, ce n*était point, comme à Louis XVI, le coup d'œil sûr, les fortes résolutiens, l'initiative dos grands desseins: ce qui lui manquait c'était le respect des justes résistances. Enivré par son propre génie et par les bonheurs de sa carrière de gloire, il dédaignait tous les avertissements, même ceux de la fortune contraire.

(I) Voir Notât, B* t.

Il comprenait, du reste, que la Frauce en paix avec le inonde, c'était la Fnmce rendue aux traditions progressives et revendiquant ses droits usurpés; or, nous Tavous déjà dit, devenir le premier servifeur de la volonté nationale répugnait à son génie. Et lorsqu'on 1815, sous le poids d'une implacable nécessité, il s'offrit à rendre au pays les libertés qu'il lui avait ravies, la France ne crut pas à la sincérité de cette conversion de la dernière heure et, impuissante et incrédule, elle le laissa partir pour ce rocher « d'où toute la terre le voyait. » Mais en définitive, au point de vue des idées françaises, de la grande tradition de 80, quand Na]>oléon tomba, sa chute fut celle d'un contre-révolutionnaire.

La Restauration arriva.

En histoire, ces rentrées au suprême pouvoir de races frappées d'ostracisme jouent un rôle singulier qu'il est intéressant d*étudier.

L*idée première qui vient à la pensée lorsqu'on parle de Restauration, c'est Tidée d'un retour vers le régime détruit ; il semble, qu'avec les hommes du passé, doivent revenir les vieilles institutions; que le pays vaincu, confessant ses erreurs, les abjure et les abandonne.

Eh bien, ce que semble dire le terme même que Ton emploie, ce que la logique parait indiquer, l'histoire ne

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le confirme pas.. C*C8t le résultat tout contraire qui se produit.

En fait, les Restaurations dressent et arrêtent le bilan des révolutions, les visent et les afiSrment. Elles vont plus loin : si ces temps d'orages et d*enfantement désordonnés ont oublié quelques corollaires indispensables au jeu des institutions conquises, réparant l'oubli, les Restaurations les complètent : « Le règne de Charles II, dit » Fox, forme une des plus singulières comme des plus » importantes périodes de l'histoire d'Angleterre. C'est » un temps de bonnes lois et de mauvais gouvernement. » La suppression de la cour des Gardes Nobles, le rap- » pel du rescrit qui faisait brûler les hérétiques, le bill » pour les parlements triennaux, le privilège accordé » aux Communes de poursuivre les délits publics, Tabo- » litiou de l'acte des licences et, par-dessus tout, le glo- » rieux statut de Vhabeas corpus, ont déterminé un écri- » vain moderne de premier rang à fixer l'année 1679 * comme l'époque à laquelle notre constitution est par- » venue à sa plus grande perfection. »

Ainsi, voilà le fils restauré de Charles I*', un prince fri-^ vole, aspirant au pouvoir absolu, remonté sur le trône sans conditions, qui met la dernière main à l'œuvre du Long-Parlement, qui consolide ses actes, qui étend ses doctrines ! Ce que Charles II détruisit, ce fut les hommes

)^ÊÊÊÈéài^aâÊ^ÊÊÊm

de Cromwell et do la Révolution ; mais, les choses» il les subit et les acheva.

Il en fut de môme en France. Gomme le fils des Stoarts, mais avec cette noble élévation de cœur et d'esprit qui sait se dégager des souffrances du passé et voir clair dans l'avenir, Théritier des Bourbons consacre et adopte les grands principes de la révolution ; de son libre arbitre, il promulgue la Charte, et les deux plus grandes Restaurations de Thistoire moderne aboutissent ainsi au môme but : toutes deux visent et légalisent, les conquêtes da peuple et les font entrer dans le droit général de TEurope.

 la chute de TEmpii^e, ce fut un bonheur pour la France que la famille des Bourbons eût encore des rejetons, que la coalition victorieuse admit la légitimité de leurs droits et les traitât comme des héritiers ii\justement dépossédés. Notre malheureux pays se trouva dans de meilleures conditions pour défendre rintégrité de son territoire menacé par d*ardentes vengeances ; il évita les compétitions des princes étrangers aspirant à la couronne suspendue dans la tempête ; la solution de la question fut française, moins lourde au pays, moins blessante pour nos susceptibilités nationales.

Non sans tristesse, non sans amertume, comme il coih

venait à un grand peuple épuisé par vingt ans de gloire

et envahi par les soldats de vingt nations, avec un singulier mélange d'entraînements et de résistances procédant de sentiments complexes et simultanés, contraires comme les causes et les courants divers qui les produisaient, la France, affamée de sécurité et de repos, accepta les Bourbons, au nom de la liberté qu'ils lui promettaient et de la paix qu'ils ramenaient (1). Mais notre armée les subit comme le sceau de ses malheurs. C'est ce qui explique la folle et coupable aventure de l'Ile d'Elbe, le retour de l'aigle volant, non de clochers en clochers, mais de casernes en casernes, pour aller tomber à Waterloo.

Ce que nous a coûté cette tentative d'un désespoir sans excuses, nous le savons !

Une fois encore, la Royauté restaurée proclama les principes de 89, garanties que les alliés eux-mêmes étaient convaincus qu'il fallait donner à la France, parce

(1) « Pourquoi en 1814, a-t-on vu avec satisfaction, en dépit de » nos revers, inaugurer le régime parlemeotaire! G*est que l*Em- » pereur, ne craignons pas de Tavouer, avait été, à causa de la > guerre, entraîné k un exercice trop absolu du pouvoir. > *

(ya»;oféon 111, Ses œurre» : tome !!T.)

qa*ils sentaient que, seules, elles pouvaient Tempècher de se jeter dans de nouvelles aventures et de troubler la paix de TEurope.

Après les premiers jours d'une violence regrettable, grâce à la sagesse du Roi, au libéralisme et à l'énergie du ministère du duc de Richelieu, rétablissement du pays, dégagé de l'invasion étrangère et d'imprudentes tentatives de réaction, devint, à peu près, ce qu'il eût été sous Louis XVI, si ce prince infortuné eût écouté, compris cette voix qui conseille ai]gourd*hui , mais qui commande demain : la voix de l'opinion publique.

Malheureusement, l'entente si nécessaire du pouvoir et du pays n'exista que pendant les premières années du * règne. La logique de la liberté qui veut que de certaines institutions sortent forcément certaines autres, qui fait, par exemple, que le droit de contrôle comporte et exige la liberté de la presse ; qui, de l'existence même de la représentation nationale, fait découler le droit de réunion, seul capable de donner aux électeurs le moyen de choisir en connaissance de cause; tout cet enchaînement, qui doit unir et joindre les parties de la législation politique qui se complète ainsi et s'affermit par son développement même, n'était encore ni compris par le pays ni accepté par l'opinion conservatrice.

A vrai dii*e, et dès lors, les majorités légales étaient plus préoccupées de sauvegarder les droits de la courouno que de respecter ceux de la nation, et, à part quelques rares esprits, les amis de la monarchie n'auraient pas admis facilement que les gouvernants, dans les pays constitutionnels, fussent uniquement des mandataires, n*ayant que des devoirs à remplir et non des droits i opposer à ceux du pays, et que la force, comme la raison d'être de la légitimité, fût surtout dans cette fortune heureuse qui lui permettait d*£tre le plus libéral, le plus largement progressif des gouvernements, parce qu'il était celui qui offrait le plus de garantie aux préoccupations de la liberté comme aussi le plus de stabilité aux véritables intérêts conservateurs.

Cependant, il nous parait certain que le premier moment d*étonnement passé, toutes les réformes eussent fini par être acceptées des mains d*un Roi libéral par les amis de la monarchie. Si donc le successeur de Louis XYIII eût continué son règne, l'union de la liberté et de la monarchie aurait été définitivement consacrée ; on serait arrivé ft « royaliser la nation et nationaliser la royauté».

Il n*en fut pas ainsi ; et de tendances contraires et méfiantes, d'habitudes d*esprit invétérées, il était difficile qu'il ne surgit pas de graves malentendute. A force de se

-kMtaMHirttfMaiMlAAflÉ^

qu'ils sentaient que, seules, elles pouvaient Tempécher de se jeter dans de nouvelles aventures et de troubler U paix de TBurope.

Après les premiers jours d'une violence regrettable»

grâce à la sagesse du Roi, au libéralisme et à Ténergie du ministère du duc de Richelieu, rétablissement du pays, dégagé de l'invasion étrangère et d*impnidentes tentatives de réaction, devint, à peu près» oe qu'il eût été sous Louis XVI, si ce prince infortuné eût écouté, compris cette voix qui conseille ai^jourd'hni» mais qui commande demain : la voix de l'opinion publique.

Malheureusement, l'entente si nécessaire du pouvoir et du pays n'exista que pendant les premières années du * règne. La logique de la liberté qui veut que de certaines institutions sortent forcément certaines autres» qui fait, par exemple, que le droit de contrôle comporte et exige la liberté de la presse ; qui, de l'existence même

de la représentation nationale, fait découler le droit de

• réunion, seul capable de donner aux électeurs le moyen

de choisir en connaissance de cause; tout cet enchaînement, qui doit unir et joindre les parties de la législation politique qui se complète ainsi et s'affermit par son développement même, n'était encore ni compris par le pays ni accepté par l'opinion conservatrice.

A vrai dire, et dès lors, les majorités légales étaient plas préoccupées de sauvegarder les droits de la couronne que de respecter ceux de la nation, et, à part quelques rares esprits, les amis de la monarchie n'auraient pas admis facilement que les gouvernants, dans les pays constitutionnels, fussent uniquement des mandataires, n*ayant que des devoirs à remplir et non des droits à opposer à ceux du pays, et que la force, comme la raison d'être de la légitimité, fût surtout dans cette fortune heureuse qui lui permettait d*6tre le plus libéral, le plus largement progressif des gouvernements, parce qu'il était celui qui offrait le plus de garantie aux préoccupations de la liberté comme aussi le plus de stabilité aux véritables intérêts conservateurs.

Cependant, il nous parait certain que le premier moment d'étonnement passé, toutes les réformes eussent fini par être acceptées des mains d*un Roi libéral par les amis de la monarchie. Si donc le successeur de Louis XYIII eût continué son régne, l'union de la liberté et de la monarchie aurait été définitivement consacrée ; on serait arrivé â « royaliser la nation et nationaliser la royauté».

Il n'en fut pas ainsi ; et de tendances contraires et méfiantes, d'habitudes d*esprit invétérées, il était difficile qu'il ne surgit pas de graves malentendu's. A force de se

« voir discutés par los conseillers de la royauté, les intérêts de la société nouvelle arrivèrent à se croire menacés,et ils le furent en eflTct, dès que, de parti pris et par une résultante fatale de la lutte qui se poursuivait, on les tint pour hostiles.

A partir do ce moment, et au nom du Tr&no qui se croyait, lui aussi, menacé, commença la croisade réactionnaire du gouvernement de la Restauration.

C'étaient là, cependant, une voie périlleuse et de bien . dangereux errements ; en y persévérant, on courait droit aux abîmes. Il fallait être plongé dans un étrange avenglement pour ne pas voir que le pays entier, campagnes et villes, appartenait aux doctrines de 89; que, bien loin de les attaquer, on devait leur donner de légitimes satisfactions, et que, surtout, il était insensé de songer i porter la main sur la Charte qui les garantissait.

Quand les peuples ont revendiqué certains droits, et que, pour les obtenir, ils ont couru les risques effiroyablés d'une révolution, ils lui sont devenus aussi nécessaires que Tair à la vie ; ils Sont entrés dans la circulation de son sang. On dit que les douleurs de l'enfantement augmentent l'amour maternel ; cela est vrai totgourt. n faut longtemps pour que les peuples qui n*ont pas souffert 9'attachent à la liberté ; mais quand ces droits

à la suppression de la Charte ; la tentative réactionnaire de juillet 1830 ne visait ni si loin ni si haut.

Qu'était-elle donc f

A notre sens, rien autre chose qu un essai mal habile d'interprétation trop subtile de la Charte, tenté par des tiomn^es qui n'avaient compris ni leur temps, ni la portée de leur imprudente entreprise, ni la mesure dç leurs forces,

L'histoire les a jugés.

Nous avons contre eux, nous Tavouons, des tendances de sévérité qui sont aussi les rancunes de nos regrets; car ils ont causé à rétablissement de la monarchie libé^ raie, à la cause de la liberté par la Royauté, un tort grave qui restera, peut-être. Irréparable.

Mais, pour le moment, ceci n*est point notre thèse. Ce que nous voulons établir, et ce qui reste prouvé, c*est que, comme Napoléon, Charles X fut maître de ses destinées. Si an mois de Juillet 1830, après avoir consulté le pays, il eAt accepté sa réponse ; s*il eût appelé branchement à loi les hommes que Topinion publique désignait pour faire cesser le fatal malentendu, la monarchie n'aurait couru aucun danger entre les mains de tes nouveaux

Au nom de quel puissant intérêt menacé se décida-t-il à courir cette suprême aventure f

Quelle était-elle? Que pouvait-il y chercher t

Le pouvoir absolu ?

Nous ne le pensons pas.

Ni M. de Villèle, ni M. Chateaubriand, ni M. de Polignac lui-même ne le voulaient et n*y croyaient

Le gros du parti, qui entraînait la Royauté ou qui Tappuyait, et dont nous écartons, d'abord, cette masse flottante, sans principes et sans pudeur, qui se presse autour de tous les pouvoirs, qui appartient à Harius comme à Sylla, &*obstinait, il est vrai, à ne voir dans les faits, dont il avait été témoin ou victime, que la conséquence de rinfluence corruptrice de quelques-uns ou de la faiblesse du prince, mais ce parti comptait dans son sein des hommes d*Etat éminents, pleins de ressources et d'expérience, des esprits élevés, d'admirables orateurs, de grands cœurs et de nobles caractères. Cet intelligences éclairées et le Roi lui-même, nous n'hésitons pas i le dire, n'aspiraient ni au pouvoir absolu ni

conseillers ; la cause de la rojaoté ooostitntioQaeUe «^ rait pu cire «nrée; et, certes, M. Casimir Pérîcr aurait ea moins d'obstacles 2 yaincre en jnai 1830, qmll n'en rencontra deux ans plos tard,

Ui France, avant Jaillet, n'entendait donc âdre qn*iiiia chose : s'opposer i la violation do pacte social. Elle comt>attit aux cris de : « Vive la Charte ! > Et, après U victoire, elle ne demanda qn'one chose : la Charte.

La révolution de 1830 n'a donc pas été une révohition, fruit d'une idée nouvelle; elle n'a été que l'afHrw mation des principes de 89 et de la volonté de la nation de les faire respecter. Il ne s'agissait point encore d'en réclamer une plus large application. Ce fut plus tard, i la suite de longues prospérités, en présence d'une population transformée par les institutions mêmes, politiques et sociales; par le partage des propriétés, par le développement de l'instruction primaire, du travail et de la richesse, que le' cercle s'élargit, que de nouvelles aspirations, que de nouveaux besoins se produisirent Ce fut, enfin, dix-huit ans après, que le gouvernement se trouva aux prises avec une idée, avec une formule

nouvelles.

Nous allons voir comment il l'accueillit; mais, pour bien déterminer cette situation, Ù nous faut faire quelques pas en arrière.

Depuis 1789,1a conquête de Fégalité avait été, en principe, complète, absolue, radicale. Le droit d*accorder on de refuser le budget, le droit d'initiative, le droit de contrôle, étaient ^profondément gravés dans nos lois; mais, en fait, ils n'étaient délégués qu*à quelques-uns seulement. La Constituante, s*inspirant de la constitution romaine, n'avait attribué Texercice du droit politique qu'aux citoyens aciifs, payant à l'Etat un certain chifflne d'impositions qui constituait le cens électoral. Ce chiffre était très minime, il est vrai ; cependant il suilBsait 1 créer une classe privilégiée de citoyens qui jouissait exclusivement de la plénitude de la vie politique. Cette classe, étendue ou restreinte par les législations qui se succédèrent, annihilée par les Constitutions de l'Empire,

avait été composée par la Charte de 1814 de tous les Français versant à Timpôt une somme annuelle de trois cents francs. En 1830, la Charte, révisée, élargissant cette base électorale, abaissa le cens à deux cents francs; elle n*alla pas plus loin.

C*était Topinion de Tépoque, comme celle de la Cons-> tituante, que celui qui possédait offrait seul, à Tordre et à la paix publique, des garanties suffisantes de moralité et de capacité. L'expérience en a décidé autrement. Nous savons, ai:gourd*hui, que le conservateur parexcellence est le travailleur qui a besoin de jours paisibles pour gagner son pain et celui de sa famille, et pour sortir, s*il le peut, de la foule à force de labeur; c'est le paysan qui, froidement calculateur, repousse les agitations capables de troubler les marchés sur lesquels il écoule ses produits. Quant aux garanties de capacité, les chercher exclusivement dans la fortune n'était assurément pas logique. Le propriétaire de l'usine est-il plus capable que l'ingénieur qui l'exploite? Le jugement du petit cultivateur doit-il avoir plus de poids que celui du savant, du médecin, de l'avocat! Tous ne devaient-ils pas concourir à l'élection, et, en cas d'exclusion, n'est-ce pas l'ignorance qu'elle devait atteindre?

Ces arguments, aujourd'hui consacrés par l'expérience, étaient présentés et soutenus alors par une por-

lion du parti légitimiste» par la prcsso de TOpposition, mais ils étaient vivement combattus par le parti conservateur, par ses orateurs, par ses écrivains, par la m^jo- ^ rite de la Chambre des députés, comme livrant TBtat aux turbulences et aux surprises des masses et constituant la plus dangereuse des utopies, qualification que de rudes et fréquentes leçons devraient apprendre à ne pas prodiguer. Du haut de la tribune, le pouvoir suivit le parti oonservateur dans cette voie de résistance et, par un senti* ment de dévouement aveugle à ce qu'il considérait comme W p.iys léoraK il attacha imprudemment à lui les destinées de la monarchie. Il eut, en effet, le fanatisme absolu, qrstématique, doctrinal, de la formule même des institutions. Il voulut être le gouvernement des ms^Jorités parlementaires, du corps électoral tel que la loi l'avait constitué, ne cherchant rien au-dessous, rien au-dessus, rien au delà, n'imaginant pas d'autres droits, d'autres devoirs que ceux que la Constitution même avait déterminés.

On s'explique ainsi qu'il ne s*apergut pas que, sous le pays légal, dix-huit années de libre instruction, de libre discussion, de libre travail avaient porté leurs fruits*

La civilisation avait conquis à la société une couche de plus, et les nouveaux venus» comme leurs aines autrefois^ s'étaient revêtus de la robe virile. Amenés par les mêmes causes, sollicités par les mêmes passions et les mêmes

besoins, ils rccIamaicQt,à leur tour, les mêmes droits que lejirs pères avaient conquis en 1789.

Lorsque ces sortes d*indidents se produisent dans la vie des nations, les affirmations sont d'abord vagues et confuses ; elles ne procèdent que par tâtonnements. On les sent au malaise étrange, à Tanxiété douloureuse qui travaille les esprits. La société a comme le pressentiment de la tempête. Mais bientôt, si la discussion est libre, les formules mûrissent et se dégagent. Au moment de ces crises décisives, si le Gouvernement a su donner au pays une confiance absolue dans la sincérité de son désir de Taider dans la recherche de la vérité, dans sa volonté de poursuivre la solution du problème sans parti pris, sans opinion ou préférence préconçues; si, en effet, cette recherche se fait loyalement par la tribune libre, par la presse libre, par le droit de réunion largement exercé, il arrive alors ce qui est arrivé en Angleterre : les hommes d*Etat, obéissant eux-mêmes à ce que nous appellerions le courant moyen de l'opinion, déterminent une première inconnue, et la première étape de la réforme se trouve fournie sans danger pour le présent et avec toute sécurité pour Tavenir.

Mais ce ne fut point là ce qui arriva en 1848. Le Gou* vernement ne sut pas rassurer les esprits, éclairer l'opinion sur la sincérité de son dévouement à Tétude dé la

irilâMI

riMi

réforme. Les oppositions, à leur tour, conimircut nne faute immense, inexcusable, en ne comprenant pas qu'armées comme elles Tétaient pourla lutte légale, en présence (l'un Gouvernement qui professait et respectait le droit^ constitutionnel, elles avaient le devoir d'être patientes et de ne poui-suivre leurs satisfactions, même légitimes» qu'en évitant au pays des agitations et des commotions révolutionnaires. Elles lancèrent, ainsi, la France dans une terrible aventure où la liberté devait sombrer.

Des deux côtés l'erreur fut grave, car, nous n'hésitons pas à le dire, la catastrophe pouvait être évitée. Il suffisait d'étudier le mouvement, au lieu de le nier; il suffisait d'être logique, de ne pas trouver ii^juste en 1847, ce qu'on célébrait comme juste et excellent en 1789, le droit d'entrer dans la vie politique à une classe de la société» si elle présente des garanties d'instruction et de moralité suffisantes, et à la nation toute entière, si elle satisfait à ces conditions. Il fallait donc, avant tout, prévenir l'émeute en acceptant largement la discussion; puis admettre, dans le corps électoral, les capactiéi. C'était là ce qu'on demandait; et si le gouvernement eût, en même temps, abaissé, ou promis d'abaisser le cens à cent francs, la France entière illuminait

Ces temps sont déjà loin de nous, mais,|cependant,noiit n'avons pu encore oublier quelles étaient,*alors, les im-

pressions do tous-; cllossctrâduisaientondcsuomspropres et chacun se disait que si Mgr le duc d*Orléans oût vécu, la résistance à la réforme n*eût pas été tentée.

A cette concession, qu'aurait perdu la royauté! De quelles hautes prérogatives se serait-elle dépouillée? En quoi son avenir et celui de la dynastie eussent-ils été compromis?

Mais, nous dii-a-t-on, le lendemain la République eutrait aux Tuileries.

C*est là un triste argument contre lequel nous protestons au nom de Thistoire, au nom de la logique et au nom du sentiment intime de ceux-là mèmesqui nousropposent

En effet, comment serait-il ceilain que la République dût nécessairement naître de Tâdjonctiou des capacités et de Textension du cens, électoral quand le suffirage universel, cette suprême expression de la réforme^ trouvant la République fondée, n*a ni pu, ni même voulu la faire vivre? Comment admettre que la réforme dût rendre la république inévitable, puisque cette réforme conquise, en février 1848, n*a pu la rendre étemelle?

mm^.^aÊmmÊm^âÉm ^m^^g^m^ MAiM

Mais enfin qu^est-ce donc que la Répobliqaef

Pour les uns, elle est Tobjet d*une répulsion systématique, le synonyme d'anarchie et de désordre.

Us se trompent : ce n'est pas, en réalité, la République qu'ils repoussent,' c'est son cortège d*homme8 et de souvenirs, ce sont les républicains, ou plutôt certains républicains*

Pour les autres, elle est l'objet d'un fanatisme absolu; peureux, elle n'est plus seulement une forme de gouvernement, elle devient un principe* presque une religion*

Ceux-là se trompent aussii

éÊÊÊÊimÊÊiàmÊÊÊmâm

La liberté — voilà le principe.

La République n*e8t qu'une forme.

Est-ce la forme par exeeUence?

Nous allons Texaminer.

Nous chercherons d*abord à définir le sens et la portée du mot « République, » en fixant son caractère historique et pratique en dehors de toutes les exagérations, et nous continuerons notre étude en ne tenant compte que des tendances du pays, de ses ti-aditions vivantes, de ses besoins et de la logique des situations.

Armand Carrel disait : « Toute question de forme politique a ses données dans Tétat de la société ; » si donc nous tombons d*accord sur les faits historiques, sur les bases de notre oi^nisation civile, sociale, politique, sur les droits et les devoirs de Thomme et du citoyen, il nous sera facile d*apprécier quel est le gouvernement qui protège le mieux ces droits essentiels et complexes, et enfin, de reconnaître si la République est bien Texpression suprême de cette sauvegarde nécessaire.

Nous trouvons en tète d*un projet de Constitution,

um

I M I 11 iii-îiiii ^^ig^^imuggiy^^i^^if

prépara par S. M. TEnipereur, des considéranU qui nous semblent diîmes d'être médités :

« Le peuple français, dit le Prince, convaincu que ron- » bli et le mépris des droits naturels de Thomme sont lefi » seules causes des malheurs du monde, a résolu d*ex- » poser dans une déclaration solennelle ces droits sacrés » et inaliénables, afin que tous les citoyens, pouvant corn- » parer sans cesse les actes du gouvernement avec ce but » de toute institution sociale, ne se laissent jamais oppri- » mer et avilir par la tyrannie, afin que le peuple ait ton- > jours devant les yeux les bases de la liberté et de son » bonheur; le magistrat, la règle de ses devoirs; le légis- » lateur, Tobjet de sa mission. »

Ces paroles sont justes, et nous tenons que c'est, en effet, de cette haute manière qu'il faut procéder, non point seulement pour discuter tels ou tels actes, mais pour constater, en principe, ce que telle ou telle forme de gouvernement peut donner aux droits de force, de grandeur et de sécurité.

Mais quels sont donc ces droits que le prince proclame inaliénables et sacrés?

Recherchons-les :

Nous entendons tous être citoyens libres d*un pays libre» dégagé de toute entrave nationale, religieuse, sociale et politique. >

Nous demandons tous :

Que notre nationalité soit protégée non point tant par rétendue de nos frontières et le sacrifice de nos enfants, dont nous voulons être avares, que par le juste respect que nous réclamons des autres puissances et que nous entendons pratiquer au même degré envers toutes;

Que notre croyance religieuse s'exerce sans autre contrainte que celle que chacun de nous devra s'imposer pour régale liberté de tous ;

Que notre aristocratie ne pèse pas sur notre société au nom de ses traditions, que nous entendons, d'ailleurs, respecter, car elles sont unerdes gloires de notre pays ;

Que notre bourgeoisie n'exerce ni privil^e, ni monopôle au nom de ses richesses dont nous désirons la conservation et le libre développement, car elles font partie de la richesse nationale ;

Que notre démocratie complète dans des conditions de calme et d'appaisement son œuvre d'organisation éco-

iioniiqne ot de progrôs intellectuel, sans prétendre à pxagcrer son action par une pi*e$sion despotique et violente sur les minorités ;

Que notre société politique repose toute entière sur le suffrage universel et que celui-ci puisse s'exercer en dehors de toute cause de trouble et de tout acte arbitraire.

« Il nous faut donc :

La liberté religieuse ;

La liberté et la gratuité de renseignement;

L'égalité civile, politique et économique;

La liberté de suffrage et de contrôle se complétant par la liberté de la presse et de la tribune, le droit de discussion et de réunion;

La liberté du travail et du commerce, c'est-à-dire Tordre et la paix publique ;

La liberté des propriétés, c'est-à-dire la liberté des transactions et des transmissions sans autres entraves que celle d*une législation fiscale, égale pour toutes natures de propriété.

Ce sont là les droits que la France réclame et qu*en cmpnmtant les justes expressions d*un homme d*Etat illustre, nous nous permettons d'appeler après lui : « les libertés nécessaires. »

Chacune d'elles s'exercera jusqu'à cette extrême 11-

mite que nul ne saurait franchir sans porter atteinte à une autre liberté coexistante, d'une origine primordiale, aussi haute et aussi sacrée que la sienne ; ce sera, partout et toigours, le droit limitant le droit.

Dans cette condition d'harmonie et d'équilibre, laissant autour de lui toute chose se mouvoir dans la loi, le pouvoir ne peut être que Texpression et la représentation du régime légal. Si quelque froissement se fait sentir, il interviendra pour atténuer le mal, pour donner à la réflexion et à la discussion le temps d*éclairer les esprits et de les incliner aux sages tempéraments. Son action, essentiellement modératrice, ne s'exercera qu*au nom de la souveraineté de la nation; et afin que celle-ci puisse sans cesse prononcer en juste connaissance de cause, il présidera sans relâche à une vaste et incessante enquête toigours ouverte sur tous les intérêts sociaux, matériels et moraux du pays.

Ainsi défini, son rôle restera assez grand pour

faire les ambitions les pins hautes, sans laisser place anx flévrenses ou cupides imjiatiences de Tintrigne.

La magistrature suprême constituée sur ces bases n*aura rien à craindre du temps, rien à redouter des événements qu*elle dominera dans des conditions d'abnégation, de désintéressement et d*impartialité complètes. Elle sera respectueuse du passé, parce qu'elle sera la tradition; éprise du progrès, parce qu'elle sera l'avenir. Et, pour la caractériser d'un dernier trait, il nous sera permis d'emprunter une saisissante image an dernier adieu qu'un grand Prince adressait au fila qu'il léguait à son pays :

« Il faut, disait-il, qu'il sache être le complice de la > France, jamais son gardien (1). »

Telles sont, à nos yeux, les conditions théoriques du gouvernement de la France de 89, éclairée par l'expérience d'un siècle.

Si ceux de nos lecteurs qui nous feront llionnear de donner leur adhésion i ces doctrines, trop rapide-

(1) TetUment de 8. A. R. Mgr !• duc d'Orldus.

ment formulées pour ne pas être incomplètes, àrrîvoîont à en conclure que nous sommes, ai\jourd*hui, trop gouvernés, trop administrés, trop protégés, nous serions absolutnent de leur âtid.

Cela dit stlr les libertés nécessaires et sur le pouvoir qui doit les couvrir toutes, de deitx choses TUne i

Ou la République est la fbrine qui convient le mieux au suffrage universel, qui ptt)tége le mieUx là se* ctété moderne, et si elle donne, en effet, la plus lAt^ satisfoctiOtt et là plus grande sécurité aux aspirations de là liberté, si elle la défend d*une manière plus âûre contre Tanarchie et le despotisme, si elle est, à la fois, la stabilité et le progrès, il devient incontestable qu'elle a tout droit et toute raison d*6tre, et il faut, non plus protester et se défendre contre elle, mais l'affirmer, mais l'appeler eu citoyens dévoués;

Ou bien la République n^est rien de tout cëlà ; ou n*est pas tout cela, auquel cas elle ne peut être qu*nn incident^ et alors pourquoi sacrifier notre place au soleil de la vie politique^ le glorieux héritage de nos pères, à cette terreur puérile, savamment entretenue, à l'aide de laquelle on a essayé de paralyser jusqu'à notre pensée ! Souvenons-nous donc que, quelles que puissent être en notre graUd pays les surprises des temps et TàUdace

des aventures, les triomphes de Terrenr sont éphémères, et que les causes qui ne naissent i>as viables meurent fatalement.

Après tout, nous n*hésitons pas ù le dire, noils préférons les orages d*un jour, oti la France ne saurait périr, à ces paniques qui sont rabaissement des àmei, et nous redoutons moins les épreuves qui grandissent les cardctèros que celles qui les déshonorent

Quant à nous, il ne nous est pas encore démontré que la République soit le cadre le meilleur du droit, la protection la plus sûre de Thomme et du citoyen. Dans les livres, elle est sublime, c'est la théorie même de la liberté; — en fait, dans la pratique de l'histoire, elle est autre chose.

Il est même absolument faux que Tordre démocratique, tel que nous Tentendons dans notre civilisation moderne, soit né ou ait jamais pu se constituer sous les gouvernements républicains.

A Gènes, à Florence, en Pologne, i Venise, la République n'a été qu'une dictature; en Hollande, elle a si peu su défendre la liberté, qn*elle

a laissé égorger le glorieux de Witl et livré les destinées du pays à la maison d*Orange; en Angleterre, la République, c^était le Parlement mutilé , Tarmée , Cromwell et ses M^yors Généraux; en France, elleftit la Terreur, le Directoire, le Consulat ; sous toutes ces formes, sous tous ces noms, le despotisme ou Tanarchie. Ce qui parut grand alors ne venait pas d'elle, mais des principes qu'elle recelait dans son sein et qu'elle fut, tout à la fois, impuissante à étouffer et incapable d'appliquer.

Que sur une terre vierge de traditions et de vieilles mœurs, la république puisse s'établir et prospérer, nous ne le nierons point ; mais elle est malhabile à s'accommoder avec les intérêts qui lui sont antérieurs; elle n'a ni ménagement ni moyen terme, elle ne sait pas se prêter aux transactions nécessaires.

Passionnés pour l'idéal qu'ils poursuivent, les Républicains sont restés en Europe i l'état constant de protestation contre ce qui a été ; ils ne peuvent tenir aucun compte du passé, et par conséquent ils sont considérés comme une menace et un péril par tous les intérêts

créés, de telle sorte que leur présence au pouvoir blesse toutes les habitudes, inquiète toutes les positions acquises et suspend la vie sociale. Le pays tombe alorsdans

une sorte de torpeur fébrile, secouée, de temps à autre, par d*orageuses surexcitations ; tout en souffle, le pauvre plus que le riche, le travail plus que le capital. Aussi qu*advient-il ?- Le point d*appui sur lequel la République s*était primitivement appuyée, le peuple, lui manque, elle s*en irrite, et s'abandonne à toutes les hésitations de rimpuissance ou à toutes les fautes de la colère.

Si nous avons été sévère pour les conservateurs du passé et pour les regrets qui leur ont fait méconnaître, en 1789, les droits de la nation, en 1830, et en 1848, les nécessités des temps, les justes aspirations et les volontés du pays ; il nous sera permis aussi de constater qu*en effet, par un aveuglement non moins étrange quoique contraire, les Républicains, en présence d'une société do dix-huit siècles, se sont obstinés à repousser et à nier toutes les traditions de cette société, les intérêts qui survivent au passé, à les déclarer incompatibles avec le nouvel ordre de choses, se condamnant, de la sorte, à n'édifier que sur des ruines, et à concilier par la destruction.

Dans le langage républicain toutes les formules libérales se transforment, la confusion est complète.

Nous parlons des libertés religieuses, — les Républicains se font les champions de la négation absolue

(le ridée religieuse, et, au nom de la liberté, ils entendent imposer cette négation ;

Nous parlons de la liberté et de la gratuité de l'en* seignement, — on nous répond par renseignement au* toritaire;

Nous refusons à Taristocratie tout privilège, — ils entendent lui interdire son patrimoine de famille, ses traditions ;

Nous refusons à la bourgeoisie tout monopole, — les Républicains socialistes lui interdisent la liberté du capital ;

Dans la constitution de la famille, les Républicains entendent, avec la conscience publique, définir le droit paternel, mais ils vont plus loin et, toujours poursuiyis par le souvenir du passé, des migorats et des substitutions, ils proclament le dix)it héréditaire absolu afin d'enlever au chef de famille la disposition de la fortune acquise et ménagée;

De régalité civile et politique, — ils font le despotisme des msyorités ;

De la liberté du travail, — le droit au travail i

Dc la liberté des rues, — le droit à l'émeute ;

Du droit de réimion, — le droit au club ;

Et c*est ainsi, qu'après avoir méconnu ou dénaturé toutes les libertés, les Républicains, débordés par Timpatience des uns, exaspérés par la mëflance des autres, sont entraînés par une pente irrésistible & livrer le pays à la dictature, au despotisme, nous Tavons dit, i la Terreur ou à 1* Empire.

Ceci ne s'adresse pas, nous le savons, à tous les Républicains : nous en connaissons d'autres, qui cherchent de meilleures solutions. Intelligences énergiques et sincères, citoyens dévoués à la chose publique, fiers et ayant su tout soufArir pour leurs counctions, les persécutions, la pauvreté et l'exil, nous les honorons et nous les tenons pour les vrais amis de leur pays, car la France. n'a pas de meilleurs fils; mais ils ne sauraient refaire l'histoire et changer ses conclusions. Que de fois, ils nous ont avoué avec tristesse, leur d6-' couragement et leur peu de foi dans l'avenir pacifique du parti qui les harcelle, qu'ils ne peuvent ni demi* ner, ni diriger, et qui suit l'aveugle impulsion des plus nombreux et des plus ardents! Que ces esprits d'élite nous permettent de les mettre en présence de ce que nous croyons être la difficulté même de leur poeî-

tiou, de l'obstacle contre lequel il nous semble qu'ils viendront toujoui*s se briser, et devant lequel reculent leurs consciences honnêtes. * -

Us sont trop loyaux pour ne pas reconnaître que, dans son passé et par ses habitudes, la République n'a été que le triomphe du plus fort; or le triomphe de la force ne peut jamais être le triomphe de la liberté.

On nous répoudra que le droit du plus fort, ou des plus forts, c'est-à-dire du plus grand nombre, n'est autre que le droit des msuorités.

Cela est vrai ; c'est pourquoi il nous faut, pour arriver au terme de notre argumentation, examiner aussi quel doit être, dans le fonctionnement d'un système sincèrement libéral, le caractère et le rôle des migorités, dégagées de toute pression.

Nous reconnaissons que le gouvernement leur appartient exclusivement, que c'est d'elles qu'il doit recevoir toutes ses inspirations, toutes ses tendances, jusqu'à son initiative; nous l'entendons bien ainsi, à la condition toutefois que cette action soit toi^joura tempérée au moyen de la discussion, s'exerçant par toutes les voies, pour éclairer le pays, afin que.

« ■■*■ I ii^^aifa^aaufc^MM

^IMtt^

grâce à cotte discussion même, les ms^orités puissent modérer, se modifier et se transformer. Les majorités systématiques, exclusives, ne sont, en effet, antre chose qu*une des formes du despotisme, la pins odiense de toutes peut-être : le despotisme des foules passionnées, brutales et aveugles.

La libertr^ n*est pas seulement le droit des ms^oritéSt elle est aussi, et surtout, la protection des minorités, du faible contre contre le puissant

Il faut donc qu*au-<lessus des majorités, la société ait placé, pour la défendre contre ses propres impatiences, un élément modérateur et pondérateur planant sur les passions et les accidents de la lntte« dans une condition d*impartialité qui lui permette tout à la fois de les tempérer, de les rappeler au sang-froid et à la justice, afin qu'en dernière analyse, la véritable et suprême expression de Topinion publique puisse prévtloir.

Cet élément pondérateur est le pouvoir exécutif tel que nous Tavons d^à défini.

Lui, aussi, pour être le droif, il a besoin de procéder de la délégation du peuple.

Lui aussi, devra recevoir cotte délégation des mains de

la nation se manifestant par sa msg'orité ; mais, pour cette cause mfimc, il est nécessaire que la nation n*ait pas à procéder à ces délégations suprêmes dans des conditions qui en fassent le triomphe d*un parti. Il faut qu'elle ne soit appelée àconstituer le pouvoir exécutif qu*au lendemain de ces crises solennelles qui, après avoir j^sorbé et confondu les majorités et les minorités, au nom d*un péril commun, au nom d*une aspiration commune, fassent du pouvoir exécutif Une émanation 'nationale presque Unanime, opérée par voie de fusion, de conciliation et de transaction. Et cette délégation, une fois établie, sera d'autant plus impartiale, plus libérale, qu'elle sera moins contestée, d'autant moins contestée qii*elle sera de date plus ancienne et qu'elle aura été plus longtemps sanctionnée par la reconnaissance des peuples.

Si l'élection du pouvoir exécutif devenait un simple fonctionnement de notre rouage électoral, â retours périodiques et fréquents, nous pourrions voirnon-seulement compromis les grands intérêts de liberté et de stabilité, dont nous avons proclamé et prouvé la nécessité, mais nous verrions aussi notre pays livré â l'arbitraire de la msûorité du jour, remplacée, à son tour par la minorité de la veille devenue la msgorité du len*demain, jusqu'au moment où, au nom du pays troipblé par toutes ces secousses et épuisé par toutes ces iréaotions» la société se donnerait un sauveUr qui deyien-

cirait son maître; car, ce u*cst jamais impunément qne Ton peut livrer le pouvoir en appât à tous les ambitieux et le mclti'c ainsi, chaque jour, aux prises avec les avenluriera de génie ou les hypocrites de liberté. • •

Vuilci pouniuoi il nous est difficile d'admettre que la Uépublique, condamnée à un va-et-vient d'élections présidentielles, de surprises, d'agitations, de réactions, puisse établir et consolider la liberté.

Voilà aussi ce que nous avions à répondre à cenx qui nous disaient qu'en 18481a République serait fatalement entrée aux Tuileries à la suite de la réforme.

Mais comment cette conviction avait-elle pénétré si pro- , fondement dans certains esprits et pourquoi, encore au-

jourd'hui, la retrouvons-nous, sous des formes diverses, I dans l'argumentation de coux qui nous abjurent do ne

réclamer du gouvcniement ni concessions, ni responsabilité, sous peine d'appeler sur nos têtes le drapeau rouget

Nous croyons avoir établi que, dans notre société, le régime de la République n*est pas celui de la liberté, et cependant c'est le contraire qui semble écrit dans la conscience même de certains conservateurs auxquels noot entendons chaque jour affirmer obstinément que Tidét

libérale est inconciliable avec tonte idée d*ordre et de tradition, avec la monarchie.

Dès 1819, M. de Serre les avait cependant avertis, lorsqu'il leur disait:

« Il a existé des pouvoirs qui se sont -crus enne* » mis nécessaires de la liberté. Cette erreur a été près- » que aussi fatale aux pouvoirs qu*anx peuples. »

Pourquoi cette fausse croj'ance s*est-elle à ce point propagée f

Il faut bien le reconnaître, c*est la faute de la monarchie, c'est parce que, dans notre pays, elle n*a pas su faire cause commune avec le progrès et qu'ainsi, dans la tradition historique mal comprise, monarchie veut dire résistance.

Mais, qu'éclairée et régénérée, elle se décide à mettre aux mains de la liberté le drapeau que la République n'a pas le droit de porter, qu'elle reconnaisse dans cette liberté même la source et le principe de tout pouvoir, qu'elle proclame que ses fonctions ne sont qu'Une émanation directe de la souveraineté de la nation » qu'elle comprenne, enfin, qu'elle doit être et rester simplement l'exécutrice fidèle, loj'ale, sincère, de& volontés nationales, librement et largement discutées*

aussitôt Tantagonisme cessera et Taccord se trouvera complet et absolu.

Ce que vingt années d^épreuves nous ont appris, les conser\'ateurs ne le savaient pas en 1847. Hs crurent alors qu*ils ne pouvaient céder sans péril pour la sociM même qui leur avait confié ses destinées.

Us tonibèi*ent, non pour avoir essayé une réaction, mais parce qu'ils n*osèrent pas faire à d*ardentes aspirations la place qu'elles réclamaient ; parce qu'ils eurent peur de ce qui est cependant la condition de la société moderne : le mouvement.

Ils tombèrent, parce qu'ils ne représentaient plus les forces actives et réelles de la France. On avait pu croire, en 1830, que les 221 étaient l'expression suffisante de la volonté nationale, mais, aigourd'hui, il faut reconnaître que la majorité de la Chambre n'était plus, en 1847, Texpression suffisante des aspirations du pays.

Ce qu'il advint de leurs successeurs, nous le savons tous...

Il nous faut cependant en dire notre sentiment. \

Nous estimons qu'au lendemain du] 24 février, la

Fiance, cette France objet de tant d*ii\jtisteâ méfiances, cette France ingouvernable, nons dit--on sans cesse, a donne au monde un spectacle admirable et nouveau.

Paris avait proclamé la Uépidiliqùe. Ce dénouement de la crise n'était ni dans les j)révisions, et, nous n*bésistons pas à Taffirmer, ni dans les désirs des populations.

Le fait accompli fut cependant accepté, sagement, loyalement. Tous les patriotismes, tous les dévouements se mirent â rœuvre;les arrièro-i)enséc8 furent refoulées, les pressions autoritaires et offlcielles, les excitatiens révolutionnaires restùreiit impuissantes et inutiles, et le suffrage universel, pour ses débuts dans la vieille Europe, conDa les destinées du paj's à une Chambre libérale, conservatrice, profondément patriotique. Choisie clans tous les partis indistinctement, elle n*eut« copendant, d'autre préoccui)ation, d*autre ambition que le bien, le salut du pays. Uhistoire lui résenxs nous n'en doutons pas, une page éclatante.

Tant qu*elle eût à lutter contre les périls ou les épreuves du présent, elle fut à la hauteur de son rôle. Elle faillit à sa mission, ou, pour ôtre plus juste, elle faiblit, lorsqu*elle se trouva en présence des préoccupations et, nous pouvons ajouter, des convoitises de Tavenir. Alors, cédant à de mystérieuses impulsions, elle se

prit à douter du suffrage universel et tenta contre loi do vaincs et impuissantes réglementations, dont le projet seul, habilement exploité, suftit à tourner contre elle le sentiment popi\laire.

De ce jour, le cœur de la France se retira de l'Assemblée, et le pays accepta TEmpire, malgré elle, contre elle.

Il est toiuours dangereux et mauvais de se méfier du pays!

Comme si tant d'enseignements ne suffisaient pas, voici, qu'à leur tour, les conservateurs de TEmpire ont peur de la Liberté ! Qu'ils prennent garde, cette terrour ])out nous lancer dans l'inconnu des agitations nonvollos.

MâhiAiMMiiAiiAMdhJE^teJfa

■ I I I r]hJMB«ahaiataMfcMfcJMMi^M>l— ÉIÉÉMI

*AHi^

N*âvions-Dous pas raison de dire en commençant qu*il u*est point vrai que les gouvernements, successivement dévorés par la tourmente révolutionnaire, se soient trouvés en présence d'événements que la sagesse humaine ne pouvait ni prévoir ni coi\jurert N'avions-nous pas raison de protester contre cette prétendue fatalité historique, si commode à la paresse et à la vanité humaines, et d*affirmer que Rois et Peuples sont maîtres de leurs destinées!

Cependant, n'exagérons pas retendue de cette liberté. Hommes et gouvernements sont impuissants à briser les lois naturelles de l'histoire ; ils ne sauraient faire que TefTet ne tienne pas à la cause, comme le fleuve i sa source, qu'un principe une fois admis n'ait des consé-

qucnccs logiques et forcées. Mais ces lois qui* éclatent dans toute la nature, qui régissent Tesprit et la matière, ils sont parfaitement libres de les combattre ou de les proclamer, d'en ralentir ou d'en hâter le mouvement, d'en prévenir les secousses, de les subir ou de les accepter généreusement. Pour cette option de fortune ou de misère, de paix ou de guerre, de vie ou de mort, ils ont, princes et peuples, la plénitude de leurs forces et leur souverain arbitre. Ils l'exercent i leurs risques et périls, et, de l'usage qu'ils font de cette responsabilité, nait leur gloire ou leur honte, leur grandeur ou leur ruine.

Tous les Uois qui, depuis moins d'un siècle, sont tombés d'une chute si soudaine et si tragique, pouvaient avoir d'autres Ans ! Le temps, la faculté, les avertissements n'ont manqué ni aux uns ni aux autres. Ils ont succombé pour avoir résisté à l'irrésistible courant ; non pour avoir défendu le passé, comme on l'a dit, mais pour avoir méconnu ce qu'il portait dans ses flancs, pour avoir nié l'effet après avoir reconnu la cause. L*actlon de l'homme, grâce au ciel, n'a pas la redoutable puissance de renverser les lois constantes et étemelles.

Pour que les pouvoirs se gardent et vivent , que doivent-ils donc faire? Quelle politique suivre et quelle conduite tenir? Elle nous semble tellement tracée, le simple bon sens l'indique si bien, que poser la question c*e8t

la résoudre. Sî, cependant, et il le faut bien, ou cherche pourquoi elle a été si souvent mal comprise , on peut en trouver l'explication partielle, hors de celles que nous avons présentées et hors de la question de droit, dans quelques idées fausses, dans quelques dénominations erronées.

Pour se rendre compte des évolutions et des phases historiques, on est amené à reconnaître que les pouvoirs publics n'ont pas de forces qui leur soient inhérentes et propres. Au risque de revenir sur notre argumentation, nous redirons donc encore que la Royauté n'existe pas i)ar elle-même. * Les droits des Rois ne sont, comme

> Va dit, avec raison, Bolingbroke, que des dépôts^ les

> droits des peuples sont des propriétés. » Le pouvoir des princes n'est qu'un mandat plus ou moins limité, plos ou moins étendu; et, non-seulement, ces grands servitours des peuples doivent exécuter leurs mandements, mais encore ils doivent les prévoir et les prévenir; c*est leur raison d'être, la charge la plus importante de leur fonction, le droit qui les intéresse le plus, car leur existence dépend de la manière dont ils Texercent.

Mais, puisque la nation est l'origine et la source de toute autorité, ou se sert d'une vicieuse exj)ression lorsqu'on dit qu'un Roi, qu'un Empereur, a fait des codéessions à ses peuples, au lieu de déclarer que, coufor-

mémcnt à leurd désirs ou à leurs besoins, le pouvoir exécutif obéissant a pris telles ou telles mesures.

Ce malheureux terme de concession^ qui suppose des droits essentiels aux couronnes, a causé bien des maleu* tendus tous chèrement payés. Le peuple Ta souvent tenu à ii^ure, tandis que pour les princes il est devenu preuve de faiblesse, synonyme d'abaissement; et, conune, à son étemel honneur, Thomme s'insurge contre la fovce et ses oppressions, il en est résulté d'iiyustes révoltes de la part de ceux qui n'avaient pas qualité pour protester. De là aussi, chez quelques-uns, la dé* loyale manœuvre de créer à la nation, dans ses rapports extérieurs, des préoccupations et des embarras, afln de retenir son attention, de la détourner et de sus* pendre, à son grand préjudice, l'exécution des choses qu'elle demande et dont elle sent le besoin. Le pou* voir exécutif parvient ainsi souvent, par des moyens précaires, toujours ruineux, quelquefois même sanglants, à ajourner la nécessité de ce qu'il appelle des concessions. C'est le comble d'une habileté à courte vue et à courte échéance, d'une politique de « pain quotidien, » qui afln de gagner quelques mois, quelques années peut-être, et je dis beaucoup, épuise, tout à la fois, par ses subterfuges, ses mensonges, ou ses hésitations, la patience et les richesses d'un pays, pour arriver, en dernière analyse, ou i

riîumilier ou à compromettre la paix générale et à cn-

sanglanter le monde.

C'est dans ces luttes ouvertes on déguisées entre le pouvoir exécutif et la volonté nationale, que se sont créés les deux partis que Ton a appelés Tun, le parti conservatear; Tautre, celui du progrès ; tous deux utiles et nés des conditions mêmes de Tesprit humain, mais qui souvent ont compromis les situations; celui-ci, par ses résistances obstinées et son immobilité, celni-là, par son excessive mobilité, et ses intempestives ardeurs.

Nous avons indiqué, en commençant cette étude, ce que les conscn'ateurs auraient dû être; il nous faut maintenant constater ce qu'ils sont

Amis sincères ou intéressés du pouvoir, auquel ils se rattachent par leurs instincts, leurs convictions et aussi leurs intérêts, comme par crainte de toute nouveauté, ils ne se dissimulent point toujours les problèmes, mais, presque toujours, ils en sgoument les solutions et comptent sur les bénéfices du temps gagné. Ceux-là sont les modérés du parti. Les autres ne trouvent que dans le passé Tidéal des bons gouvernements et, conséquents avec celte pensée, ils s'efforcent d'entraîner le prince vers des institutions à jamais impuissantes, ne voyant pas, que si leur voix est écoutée, ils l'éloigneutt

loséparcnl ilc la nation, le rendent infldèlo à son mandat et deviennent ainsi les véritables fauteurs de ces révolutions qu*ils détestent.

Si leparti conservateurvoulaitadopter rattltude qui conviendrait le mieux à la maturité d*esprit et aux solides positions d*influence et de fortune do ceux qui le composent, s'il comprenait que Ton ne consente qu'en perfectionnant et qu'on innovant, il devrait, comme chez un peuple voisin, se faire le promoteur des sages réformes. Appelé à vivre au milieu dos populations agricoles, c'est-à-dire de la majorité du pays, il arriverait facilement, avec un peu d'attention et de liberté de Mie, à se rendre exactement compte des besoins généraux ; il les préviendrait et remplirait de la sorte un rôle modérateur très utile à tous

et pour lui-même excellent.

Les conser^'ateurs tiennent à honneur, et ils ont grandement raison, d'être considérés comme des esprits d'ordre et de paix. Mais, quand tout se meut, que tout mar^ che, s'arrêter c'est n'être pas dans l'ordre général» c'est embarrasser la voie, amener des chocs et du désordre. Le danger est plus grand encore si on tente de marcher dans le sens contraire de la foule. Quand on prétend la guider, il ne faut pas lui résister, mais se mettre à sa tète, marcher en avant, d'un pas grave, soit» mais pas trop lent toutefois, car elle vous dépasserait»

lia ■> ! ■ i>ft»ÉiteMÉi m i I i m \ t t àM w mtmm^ttàÊSa^am^ÉiÊÊig^mi M^iÉ^tM ^y^^^^ ^^^^^^^^^^^^^^^

Ainsi quo le parti consci^vatenr, lo parti dn progrès, da moavcmcnt, est divisé en deux fractions. L*ane» réfléchie, honnête, étudie avec passion les besoins du peuple et les légitimes satisfactions qu*on peut lui donner. Quelquefois, ces besoins, elle en exagère Timportance et cause dans le pays une agitation factice qui gène les rouages de Tadministration. Elle a aussi des impatiences puériles, mais il est sage de compter avec' elle, parce qu'elle est la bonne tradition démocratique, qu'elle aime Tordre, — elle Ta prouvé, — et qu'elle représente l'avenir. Si on la cherchait exclusivement dans une classe de la société actuelle, on se tromperait: elle est répandue dans toutes, ce qui accroît sa raison et sa force. C*est là un signe nouveau des temps qui n*est point à méconnaître et à négliger. Entre cette fraction du parti du progrès et le parti conservateur, nous estimons qu'il n'y a que des nuances faciles à faire disparaître ; Tun et l'autre doivent finir par 8*entcndre pour 8*absorber dans un seul et grand parti, le parti de la liberté, le parti du bien ; nous croyons cette fusion possible, et nous la dési-* rons ardemment*

Mais, à côté de cette fraction du parti du progrès» il en existe une seconde, irréfléchie, emportée, fébrile* peu saine d'esprit, mal placée pour juger et connaître, déclassée lo plus souvent, et que le malheur, mérité ou non, a aigri et exalté. Par ses emportements»

elle compromet tout et gAte môme les meilleures causes. Le mal, — le grand mal, — ce sont les craintes légitimes, les justes défiances qu'elle inspire , ou dont elle sert de prétexte pour faire livrer au pouvoir des moyens de répression dont il abuse presque totyours. Celui-là, c*est le parti du despotisme et de Tanarchiè, de Tarbitraire ou de rémeute.

Au-dessus et au-^lessous de ces partis, qui lie sont que Texpression d*une infime minorité numérique, est la nation, vaste et profond océan qui embrasse tout, creiiset où tout bouillonne, masse qui, lorsqu'elle penche, entraîne tout

Mais elle ne penche pas tous les jours. Souvent, sui^ tout au lendemain des crises difficiles et douloureuses,

dans des conditions do calmo et d'apaisement relatifs, il

se produit de longues périodes d'abandon et de sommeil. Que l'on ne s'y trompe pas, cependant, et que l'on ne se laisse pas prendre à ces décevantes apparences ! La nation ne dort pas ; elle se recueille, elle se retrempe par le travail, par la réflexion. L'action du gouvernement s'affirme, ses tendances se dessinent, la nation les étudie, les suit dans les événements ; mieux que nous-mème((, elle en détermine, elle en surprend la portée. Et lorsque sa conviction est faite, en dehors des iinpatienceft, des agitations, des luttes, des. partis, à son heure, se-

couant cette trompeuse lethar^e, elle juge celui qui s'est cm son maître, elle penche... et tout est]dit.

Pour se refuser à faire ou à laisser faire un pas en avant et à restituer à la nation sa liberté, Targument, le thème favori, la conclusion de ce qu'on appelle le parti conservateur, est de dire qu'une première concession en amène toujours une autre. Devant cet argument, nous avons vu des esprits très éclairés, très libéraux, du reste, s'arrêter hésitants et surpris, tant l'objection leur semblait formidable et logique.

Mais d'abord, cette concession, quand le paj's la demande, a-t-on le droit de ne pas la faire? Nous croyons avoir établi le contraire. Et peut-on résister? Non, pas plus que le piston ne peut résister à la vapeur qui le presse et qui, lorsque sa course sera achevée, le pressera encore. Mais nous irons plus loin, il faut se méfier et prendre garde, car il n'est pas sage, il n'est pas prudent d'attendre que la vapeur soit trop tendue.

De toutes les qualités d'un homme d'Etat, la plus éminente et la plus rare est le sens politique ; b*est une sorte d'esprit de divination, de mens dicinior, appliqué aux grandes affaires.

Le pilote habile sent la tempête venir avant qu'elle ait paru au bas deThorizon, il n*attend pas que le vent soit déchaîné pour parer le navire. Plus heureux et plus puissant que le pilote, l'homme d'Etat prévient l'orage et le disperse avant qu'il soit formé. Il donne au peuple les choses qu'il réclame et il les donne à l'heure voulue; il sait que s'il différait, elles lui seraient arrachées et qu'alors, et par ce fait, ses concessions in extre-mis, deviendraient pour le Gouvernement, forcé de les subir, abaissement et faiblesse. Mais à qui la faute, si, en effet, le pouvoir sortait ainsi amoindri de la lutte? Au pouvoir lui-même. Le mal viendrait pour lui non de la concession, mais de la mauvaise grâce avec laquelle il l'aurait subie. Comment un pays, qui sent en lui la souveraineté, pourrait-il conserver sa confiance au mandataire qu'il aurait été forcé de rappeler, par de menaçantes injonctions, au respect de son mandat ?• Ce gouvernement serait fatalement considéré ou comme inintelligent ou comme couvant de mauvais desseins; et, en l'un et l'autre cas, le pays le tiendrait, avec raison» pour impropre à remplir sa mission. Dans toutes les circonstances de la vie, toigours et partout, quand une demande nous est faite, il nous faut acquiescer ou refuser, c'est-à-dire, prendre le parti de l'assentiment ou de la résistance.

Il est, malheureusement, nous le savons, d'autres sys-

tomes, fort préconisés par quelques-uns; ces systèmes reposent sur la coriiiption et la force, c'est-à-dire, sur ce qu'il y a do plus triste et de plus lâche au inonde.

Mais la corruption que serait-elle? Au temps do Walpole, elle s'adressait aux hommes. — Argourd'hui, perloctionnée, devenue plus habile, plus florentine^ oseraitelle s*attaquer aux institutions mêmes pour les fausser?....

Nous ne pouvons le croire !

^ Quant à la force, que pourrait-elle être? Dans une nation qui possède le suffrage universel, dans notre France, par exemple, que ferait-elle? Essayons de le rechercher.

Il n'est plus possible de s'appuyer, contre le pays légal, sur la puissance de classes qui n'en feraient pas partie; sur le prolétariat, contre la bourgeoisie, ou sur la bourgeoisie contre l'aristocralie. L'armée, dirat-on? Mais l'armée est une émanation du peuple, elle bat du môme cœur et, tôt ou tard, elle finit par être animée du môme esprit : Il n'y a pas de caserne si étroitement fermée que le souffle du dehors n'y puisse pénétrer. Et si les finances viennent à manquer? Et si le pays oppose la force d'inertie ? Le peuple, même en le supposant pacifique, n'est-il pas, comme, on l'a dit de

TEglisc, ronclnme snr laquelle se brisent tous les marteaux î S'il se lève , qui peut lui résister f

Mais, nous voulons bien admettre Timpossible : il ne se lèvera pas, il ne résistera pas et il payera. Quelle tâche encore ! Il faudra lui faire oublier tout ce qu*il sait, tout ce qu* il aime, tout ce qu'il vénère, l'isoler du monde et de cette puissante solidarité, née des intérêts communs, qui s'établit entre tous les peuples. Ainsi, pour que la force règne sur un point, il faudra qu'elle règne partout. Il y a démence dans la pensée seule, d'un tel rêve !

Non, ce ne sont pas là des modes réguliers et * viables de gouverner ; ce ne sont que des expédients de mauvais aloi , plus dangereux pour ceux qui les emploient que pour ceux qui en sont les passagères victimes. Le peuple voit, pense et juge ; et si l'on tentait jamais de telles pratiques, il dirait bientôt avec Montesquieu : « Il n'y a point de plus cruelle tyrannie que celle que Ton exerce à l'ombre des lois. » Et ce serait grave si le peuple disait cela!

Vous n'essayerez jamais de ces mauvais moyens; vous ne compterez jamais sur leur succès durable.

D'autres esprits, plus pratiques, se dégageant de cette grande théorie de la corruption, pencheront pour les

■' • » ' *» - t n iiià^^imii^mm^mm lUaaHteMUaaiMMBMU

petits moyens. Ils conscillerout remploi, Tusago, presque Tabus, des petites habiletés administratives.

Qu'en obtiendrait-t-on? — Des succès d*un jour. Mais le chiffre des minorités ne s'abaisserait pas, mais les adhésions ne deviendraient ni meilleures, ni plus nombreuses, mais ou ne gagnerait rien ni en stabilité ni eu vraie puissance.

Rien ne résistera — soit ; — mais cela* seul devra donner à réfléchir; il y a un grand péril, pour les hommes comme pour les choses, à se mouvoir au milieu de ix)uages et de ressorts brisés et à marcher dans le silence. Les Gouvernements absolus savent le faire autour d*eux, ils savent éteindre et étouffer les voix discoixlantes ; ils y sont conduit fatalement, car, pouvant tout, ils sont entraînés à tout oser. Mais, après s'être entourés ainsi de solitude et de ténèbres, ils s'en effrayent et, descendant en eux-mêmes, ils y trouvent, pour châtiment, la conscience de leur impuissance.

C*cst aux conseiTatcurs que nous nous adressons.

Los circonstances leur ont fait une situation exceptionnelle. Jamais, on aucun temps, ils n*ont été appelés à exercer sur les destinées du pays une influence plus considérable et plus décisive.

Expliquons-nous, et disons-le d'abord. Si, par hasard, et contre notre voîr»nté, notre lan^ge avait déliassé certaines limites que nous imposent, tout i la fois, notre patriotisme et le souci de notre propre dignité, nous prierions nos lecteurs de ne pas douter, cependant, des seatiments respectueux qui nous animent.

— SS- II nous fallait faire celte importante réserve avant de (lire du Chef d'Etat ce que nous avons à en dire ici.

Depuis sept ans, et à plusieurs reprises, l'Empereur s'est montré disposé à recevoir, des représentants du pays, la révélation des besoins, des aspirations des populations. Il a été plus loin : il a pris l'initiative des manifestations libérales et affirmé son désir d'entrer dans la voie des réformes. Il s'agissait, pour parler sa langue, du « couronnement de Tédiflce; » dans la nôtre, nous nous en excusons, nous aurions dit simplement et sans figure: «la restitution de nos libertés; » le fait est le même!

Cotte initiative n'était, d'ailleurs, ni surprenante, ni imprévue. Les paroles mômes de Sa M^gesté, que nous avons eu l'honneur de citer, témoignent que cet ordre d'idées lui était depuis longtemps familier.

Toutes les fois qu'elles se sont produites, ces tendances du Chef de l'Etat ont reçu de la majorité un accueil respectueux, mais peu encourageant. On a dû en conclure, qu'il était juste d'attribuer à cette attitude de la ms^orité du Corps législatif les hésitations, les ajournements, nous pourrions dire les retours contraires, dont ces premières manifestations des volontés libérales de l'Empereur ont torgours été suivies, et on doit supposer

que CCS volontés se seraient développées depuis longtemps, et qu'elles se dcvelop|)craîent plus largement encore aujourd'hui, si la m^gorité voulait s'y associer et les maintenir.

Nous sommes donc en présence d'une situation, qui n'est, nous Tcspérons. encore, qu'un malentendu, mais sur laquelle il importe que la lumière se fasse.

L'histoire a acxusé le paili conser\'ateur :

D'avoir empêché, en 89, la Royauté de se mettre à la tête des grands intérêts de la civilisation;

De les avoir méconnus en 1830 et en 1848, et d'avoir entraîné la Royauté dans son eiTeur.

Eutend-il recommencer aiyourd'hui les mêmes fautes, reprendre ces vieux errements des résistances, les imposer à l'Empire, comme autrefois à la Royauté, et rester une éternelle barrière entre le pouvoir et le pays, entre le passé et l'avenir?

C'est là ce qu'il faut savoir.

Nous poserons donc cette question aux conservateurs :

Que prétendez-vous conserver f

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«Mb^hMhMMHMHMH»Mii*taÉ« ^"■■■^■■^ ^■'••••*^" ■' ' ' ""•'

Les institutions sans doute?

Eh bien, reprenons la Constitution du 14 janvier 1852, celle-là môme qui a rallié huit millions de suffrages et qui a fait TEmpire.

Lisons-la ensemble :

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