‹ La liberty et les conservateursChapitre 4 sur 11 · OT · texte numérisé non relu

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tement toute une population, nous compreDOOs que. Taction judiciaire doive s*exercer plus rapidement, te multiplier, décupler, s*il le faut, le nombre de ses agents; mais nous n*admettons pas qu'il puisse être indispensable de suspendre les garanties de la 1<h et, encore moins, d'a^^ver et d'exagérer les pénalités.

Nous estimons que l'un ne réussira jamais a combattre le mal, — Terreur politique, — par la crainte d'un châtiment excessif: les rigueurs extrêmes font les martyrs. Il doit toujours suffire, de la réduire à l'impuissance, en lui prouvant son impuissance même : or ce but doit être atteint, d'une part, par les mesures qui préviennent les surprises de la rue; d'autre part, et surtout, par celles qui donnent satisfaction aux légitimes besoins, aux justes aspirations.

Voilà ce que nous voulions dire des lois d'exception, de ces erreurs du présent qui sont aussi celles du passé, nous le reconnaissons, mais sur lesquelles nous tenions à exprimer notre pensée.

Nous demandons, en conséquence, à la société de renoncer à confier sa garde û « ces vieux lions endormis, » comme les appelait le malheureux StraflTord, qui leur était livré, et de reconnaître avec nous que le droit social doit s'arrêter avec respect devant la liberté indivi-

«AttiMMbidMaAadÉMi

daoUe, et que le prétendu « saint public » ne saurait légitimer ou excuser la plus légère atteinte portée, en dehors des sauvegardes légales, à la personne du moindre des citoyens.

Mais pour que cette protection soit sérieuse, pour que la garantie qu'elle apporte soit complète, efficace, il nous faut obtenir la responsabilité directe, personnelle, des agents qui, au nom et de par la loi, ont à exercer Tactiou de la Justice : surveillance on répression (1).

Faute de cette res])ou8abilité, nous nous trouvons eu présence de Tinfaillibilité de l'agent, car s*il est couvert par la responsabilité de son chef immédiat, couvert luimême par celle du chef de l'Etat, il devient, ft peu près, impossible au citoyen de rechercher et de poursuivre la sanction de cette responsabilité suprême, et par conséquent la protection de la loi devient illusoire.

On n'a pas assez rédéchi, peut-être, aux singulières conséquences de la doctrine de la responsabilité

(1) dette broehure était iottt preité avtat Tarrét iaterveni dans Taifiirt UlyiM ParsateMtnt Aidri»

exclusive du chef de TEtat. Elle a, en effet, cet étrange résultat que l'agent de rautorité devient infaîlliblo prôcisémcnt parce qu'il a plu au Prince do se reconnaître faillible, en se déclarant responsable.

C'est pourquoi nous demandons, au nom de la liberté» au nom du bon sens, que les agents relèvent du droit commun, et que leurs actes, comme ceux de tous les citoyens, puissent être déférés à la justice sans autorisation préalable.

La liberté des cultes :

La question est trop grave, trop complexe ])ourque nous nous permettions, de la traiter incidemment ici. Il no serait pas digne,- il n'est pas juste de la mêler à nos agitations. Cependant, il nous sera permis de dire que les conditions de cette liberté ont été méconnues. On a cherché pour elle des sécurités spéciales qu'elle ne de-. vait pas demandor et qu'elle ne comporte point

Dans la société libre, l'Eglise pourrait ne dépendre ni du ministère des cultes, ni du Conseil d'Etat, ni des rigueurs, ni des faveurs des préfets.

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Elle relèverait du droit commun, de la liberté commuiie, de la conscience et du dévouement de ses fldùles. Et ceux-ci, à quelque communion qu'ils appartienent, cprouvoraieut, sans nul doute, un profond soulagement do ne plus voir leurs chefs spirituels mêlés à des questions dont leur sagesse ne suffit pas toigours à les tenir écartés, pressés qu'ils sont par les sollicitations du pouvoir et par leur propre dépendance.

La liberté de l industrie

L'industrie, pour se développer, a besoin, tout à la fois, de libellé et de sécurité, car ce qu'elle redoute, par dessus tout, c'est la mobilité des théories économiques, les brusques changements des lois, les surprises, en un mot.

Cependant, soudainement, eu un jour, toute la législation commerciale a été transformée, toutes les conditions de la vie industrielle bouleversées sans que la Fi*ance ait été consultée, sans que ses délégués aient eu autre chose i faire qu'à accepter et ùl enregistrer des faits voulus et accomplis i)ar le pouvoir exécutif.

En échange de l'appui qui lui était retiré, on lui

a promis rarponl A bon marchô, les trans])orts à bon marché, les fraiichisos înt:^riourcs. Ces avanta$|^s qui auraient dû prôcôcîer pour elle cotte rude épreuve do la concurrence ôtrang^TO, lui sont-ils acquis même aujourd'hui f

Porsonnellement, nous avons pour le libre échange, pour ses doctrines, des sympathies raisonnéeset que nous croyons justifiées; mais, par cela même, nous sommes convaincus que si son application avait été précédée de ces lar«3'es enquêtes qui éclairent le pays, qui dégagent tous les inconnus, éclairent et préparent tous les intérêts, il ne serait pas encore à ce point discuté et combattu, et il n*aurait pas été condamné ù triompher sur tant de ruines !

On a commencé par où il fallait flnir; Thistoire dira peut-être, quelque jour, le secret de ces impatiences et de ces précii>itations. Il nous reste Tespoir que Ton finira ])ar où il était normal et humain de commencer.

La réforme a été faite sans le vote, sans rintervention do la nation et de ses délégués ; c*est de ceux-ci que nous attendons maintenant les compensations qui auraient dû précéder les jours d'épreuve.

SUlft Collège of ^asMniton Ubiaq •

La. libbrtk de la presse

Sans elle quelle nation pent se dire libre, quel gouvemcmeut instniit de ce qu*il doit savoir, quelle minorité protégée, quelle majorité éclairée?

Nous n'ignorons pas de combien de crimes on raccuse et quels égarements on lui reproche ; nous reconnaissons que, comme Tesprit humain, dont elle procède, elle participe de toutes nos mauvaises comme de toutes nos honnêtes passions.

Parlant d'elle et avouant ses emportements, Erskine s*écriait « qu*il préférait, malgré tout, les tempêtes i Tair stagnant des marais. »

iVinsi que ce grand orateur, nous préférons les orages de la vie, au silence des sépulcres.

Oui, nous savons le mal dont on accuse la Presse, celui qu'elle a pu faire, mais nous savons aussi quels services elle a rendus.

Elle a combattu tous les despotismes, toutes les t}'raimies, toutes les anarchies. Lt Terreur a en-

voyô Camille Desmoulins à Téchafaud, avouant ainsi qu*uvec la libertô do la presse son odieux système s*écTOulait. En 1848, la Presse a combattu dos doctrines déplorables, menaçantes, et les a réduites à rimpuissance. A toutes les éi)oqucs de trouble et de dôsordroi nous l'avons vue donner Texemple du courage le plus rare et le plus difficile : le courage désarmé devant l'émeute, le courage civique. Toujours, et en tous temps, elle a entretenu de ses ardeurs le feu sacré du patriotisme et l'amour de la chose publique.

Elle peut devenir l'exagération fiévreuse de ces vertus; — soit, — mais n'oublions pas ses bienfaits I

Son silence est l'abaissement du niveau moral, intellectuel et patriotique, l'énorvement des caractères, Tinsouciance des intérêts publics.

Elle développe les grandes et redoutables aspirations, c'est vrai, mais elle fait aussi les grands citoyens.

Qu'il lui soit donc beaucoup pardonné par ceux qui ont pu ou pourront souffrir de ses erreurs ou de ses excès; nous \ avons quelque droit à le leur conseiller, prêchant d'exemple.

Quel mal sérieux, d'ailleurs, pourrait-elle faire à on gouve moment issu du suffrage universel, des principes

de 80 et fldôle àson origine? Elle pourra les lui rappeler, 8*il les oubliait; — utile avertissement! Elle pourra attaquer ses actes; mais \\e sont-ils pas, d'avance, soumis au pays et à son libre contrôle? Elle pourra se montrer sévère, irrespectueuse môme, pour les délégués de la représentation nationale ; mais Topinion publique entendra accusateurs et accusés, et, à son heure, elle les jugera en dernier ressort.

A côté de la Presse qui attaque, il y a la Presto qui défend ; de part et d*autre , la discussion sera publique, les armes égales : pourquoi donc reculer devant cette condition normale, inévitable, utile, nécessaire de la vie publique? Elle sera sans danger du moment où la logique de la liberté étendra sur tous son niveau.

La Presse signalera les violations de la loi et attaquera les agents qui s*en rendraient coupables: qui en doute et qui pourrait s*en plaindre?

Elle fera connaître les aspirations du pays, ses tendances, ses erreurs mêmes; mais ce sont là des lumières utiles, des enseignements salutaires.

Par l'exposé des faits, des situations politiques, commerciales, ou industrielles, elle préparera les lois, les

transactions, les solutions. Elle forcera lo Pouvoir à dévoiler ses desseins, et lo pays sanra où il va. Grâce à elle, plus de ces coups de théâtre qui bouleversent les conditions du travail national et sèment la méfiance et la colère ; plus de ces secousses qni frappent notre industrie, notre agriculture, et qui sont d'autant plus redoutables qu'elles sont plus imprévues.

Elle propagera de fausses et dangereuses doctrines, elle troublera les consciences et égarera les esprits !... Ne désespérez donc pas à ce point du bon sens public. Si la discussion est libre, si Tarène reste ouverte à tous, la vérité, elle aussi, trouvera des défenseurs, et ceux-ci ne seront ni moins éloquents, ni moins ardents, ni moins écoutés. Les mœurs publiques s'épureront par le contrôle, la critique, Texamen, par la polémique, à ce point et si vite, que vous seres les premiers -à reconnaître l'irOustice de vos méfiances.

On a prétendu aussi proscrire la liberté de la Presse, au nom du respect du foyer et de l'inviolabilité de la vie privée.

Pour notre part, nous n'hésitons pas i demander.

avec S. M. TEmpcreur Napoléon III (1)» qu*eUo soit protégée contre ses propres excès» contre ceux-là surtout qui faussent sa voie ; mais Targumént, en luimôme, ne vaut rien : on y a répondu depuis longtemps. Delolme, Benjamin Constant, Royer-CoUard, et bien d'autres, l'ont fait, et nous ne nous permettrons pas de reprendre leur œuvre.

Delolme estime que la calomnie par la voie de la Presse est la moins dangereuse de toutes, parce qu'elle est forcée de se produire au grand jour et qu'on peut ainsi la prendre corps à corps (2).

(1) € Présenrer It liberté de la Pressa des deax excès qui la » compromettent tonjoart : Tarbitraire et sa propre licence. »

(Napoléon Ht. Se$ OSuvm. Déoembre 1S48.

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