‹ La liberty et les conservateursChapitre 5 sur 11 · Tome III · texte numérisé non relu

Tome III

(9) € Je prendrai, ici, ToccaBion d'observer qae bien lois que la liberté de la Presse soit une chose (ktale à la réputation des parilcnliers, elle en est le pins sûr rempart Lorsqii*iI n*exlste aucua moyen de commonication ayec le publie, chacun est exposé, sans défense, aux coupa secrets de la malignité et de FenTie. Lliomme en place perd son honneur, le négociant son crédit, le particnlltf sa réputaUon de probité, sans connaître ni ses ennemis ni leur marche ; mais lorsqu'il existe une presse libre, l'homme Inaoeent met tout de suite les choses au grand Jour et écrase tous ses accusateurs à la Ma par une sommation publique de prouTer ce qu*ils aTancent. »

(DKLOLMB.)

Il a raison ! — Bien plus redoutable, comme bien plus lâche, est celle que des voix insaisissables et perfides vont répandant â bas bruit. Celle-là, tous ne pouves Tattcindre et la démasquer ; tandis que Tautre vous la combattez, vous la repoussez, vous la confondes publiquement ; et, si elle est si basse que vous ne puissiesla relever sans vous salir, vous la livrez au mépris public ou à la vindicte des lois.

Autrefois, avec le suffrage restreint, ou pouvait trouver que la liberté de la Presse pesait d'un poids trop lourd sur les institutions, sur le Corps législatif et contrebalançait son autorité ; mais, nous Tavons déjà dit» que pourrait-elle contre un gouvernement émanant directement de la souveraineté nationale et renouvelant constamment, â cette source toujours vive, ses inspirations et ses pouvoirs ? Que pourrait-elle contre une assemblée issue du suffrage universel, dont personne ne méconnaîtrait la sincère et légitime origine t

Nous n*hésitons pas à le dire, non-seulement nons croyons que la liberté de la Presse est sans danger dans un pays libre, mais nous la considérons comme la pins sûre, la plus précieuse des garanties. Elle est donc à nos yeux mieux qu'un droit inscrit dans la Constitution.

Et cependant qu'en a-t-on fait?

La Presse à ctô li vrco à Tarbitrairc administratif le plus complet ; on Ta soumise à Tantorisation préalable, au ré- [^ime des avertissements, des suspensions, à un ensemble inextricable de mauvaises mesures et de misérables précautions.

On en a fait un monopole et un privilège dans un double but : il fallait faire disparaître des mœurs publiques le goût et rhabitude de la discussion, de la controverse, , parce qu'avec eux l'esprit de contrôle et de critique devait aussi disparaître. Il fallait faire de la Presse une propriété particulière, personnelle, un bien de famille, afin que cette propriété, toiyours menacée, se fit prudeifte et devint attentive à ne pas déplaire, pour ne pas braver la confiscation et la ruine ; il fallait que, livrée aux exploitations financières, aux influences d'argent, elle vécût d'une vie d'expédients commerciaux au lieu do vivre de la grande vie de la discussion politique; pour qu'abandonnant enfin ces questions, qui la font utile et respectée, elle servit à détourner le pays des larges intérêts sociaux, sur lesquels la plus vulgaire prudence ordonne, cependant, que l'on appelle les méditations de tous ; il fallait qu'on lui donnât cette mauvaise tâche à remplir pour la retenir dans le récit malsain des petits scandales où les esprits s'avilissent et les habitudes se comrropent!

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X'est-cc pas là le régime actuel de la Presse t

Mais, nous (Iii*a-t-on, cette situation u*cnipêcho itas dos journaux do paraître et do prospérer, des brochures et des livres de se publier; le gouvomcment apporte une incontestable modération dans rexercico de SOS pouvoirs. Nous n'en savons rien, et, pomr le croire, il nous faut oublier bien des poursuites, des suppressions regrettables :

Soit; — le régime s'exerce, peut-être, avec tolérance.

Mais ce régime est l'arbitraire... *

Tolérance ot arbitraire !

Nous ne connaissons pas de formule qui soit plus odieuse a la liberté, qui soit plus, et à un plus haut degré, sa négation!

A rhoure où nous trarons ces lignes, le Corps législatif va être appelé à discuter les conditions légales qui devront décider de l'existence de la Presse. Quelles résolutions sei*ont prises? Nous l'ignorons ; les délégués de la nation, acceptant ce que l'abbé Sieyës proclamait, ce que M. de Serre reconnaissait, ce que soutenait M. Royer-

Collard (1), cousacreront-ils les libertés qui sont la force, l'honneur et la vie de la Presse? Nous ne le savons

pas ; mais ce que nous savons, c'est qu'il n'existe pas de

terme moyen, qu'il n*y a pas de compromis possible, qu*il faut que le pays puisse librement parler, qu*il puisse le faire sans entraves et sans crainte, pour que la Presse soit ce qu'elle doit ôtrc, ce qn*clle est : la sauvegarde de la Constitution i

Ce que nous savons aussi, c'est que tous les |écri vains, dont s'honore le pays, ceux des msûorités comme ceux des minorités, sont unanimes à demander la seule légis* lation qui convienne à leur dignité et aux intérêts qu'ils représentent : point de lois spéciales, de tribunaux spéciaux, de mesures fiscales spéciales. Ils prétendent écrire librement, sous la responsabilité de leur signature, et si, la plume à la main, ils commettent un délit on on crime, la loi commune les atteindra, les frappera, sans qu'il soit besoin de rpcourir contre eux à une législation de méfiance et d'exception I

Le droit commun, la Juridiction du jury, voili la berté de U Presse.

(1) Voir «ot#i m, IV •! V»

Le droit de rêumion :

La Constitution no pouvait lo méconnaître; mais, en vérité, elle aurait pu négliger de Taffirmer, car le droit de réunion, c'est l'état naturel et normal. Il procède» i la fois, de la liberté individuelle, de la liberté des cultes, de la liberté du territoire, de la liberté de Tindustrie ; ce n*est pas seulement un droit politique, c'est un droit social.

L'homme, à l'état de société, a le besoin d*é^ clairer, do fortifler, de développer sa vie intellec* tuelle, religieuse, morale, industrielle, par le commerce de ses semblables, par la discussion, par le frottement, raccord et la complicité des esprits unis au sien.

Le droit de réunion est dono préexistant i toute loi politiquoi et nécessaire i toute création,* consti« tution, affirmation ou délégation politiques. Tout acte politique présuppose la conscience, la reconnaissance d*un intérêt commun à plusieurs, de môme qu'il est Texécution d*un devoir commun à plusieurs. Il est exclusif de l'isolement; il nécessite, pour être ra* tionpel, une entente, une expansion préexistantes, une solidarité de sentiments née d*une solidarité dlntérètf4

Supprimez Taccord préalable, Tacte politique n*e8t plus qu'un caprice de Tindividu, 8*isolant pour traiter et disposer dans la cause de tous, sans consulter autre chose que son inspiration personnelle.

Vous êtes donc nécessairement condamnés à supposer, à conseiller Teutente; mais si vous supprimez le droit de réunion, elle ne résulte plus de la discussion, plus du conseil ; elle ne peut plus procéder que

d*une vag^e intuition.

Nous ajouterons que la société politique a le devoir spécial, absolu, d*en réclamer, nous oserons môme dire d'en imposer, Texercice.

En effet, que les industriels ne se réunissent pas pour s'entendre sur leurs affaires communes, il pourra en résulter un dommage considérable pour telle ou telle classe d'industrie, mais, évidemment, la société n*eQ éprouvera qu'un tort partiel.

Si,' au contraire, les citoyens, appelés à déléguer telle ou telle partie de leur souveraineté, à se prononcer sur tel ou tel intérêt général, ne se réunissent pas, ne se concertent pas, n'arrivent pas, par l'échange des idées et des sentiments, par la discussion préalable, à s'éclairer tout, à la fois, sur ce

qu*ils veulent, sur ce qu'ils ne veulent pas, sur la valeur et sur la pensée des délégués qu'ils ont à choisir; cette fois, de ce manque d'entente, il pourra résulter un dommage grave pour la société toute entière.

Nous devons ajouter que, dans notre fonctionnement électoral, les réunions préparatoires nous semblent être, pour les prétendants à la confiance du pays, une question de dignité personnelle. Chacun d'eux a l'obligation de savoir ce que souhaitent et ce que repoussent les citoyens qu'il entend représenter, de connaître et d'étudier les in-* térèts auxquels il a le désir de se dévouer, chacun des candidats a le devoir d'ouvrir sa vie, son cœur, sa pensée toute entière, à ceux dont il ambitionne le jnandat (1).

Ne nous y trompons pas, au lendemain des candidatures officielles, des circonscriptions arbitraires, improvisées dans le silence des préfectures, des pressions administratives immodérées, qui ont si profondément dénaturé notre fonctionnement électoral, qui ont si amèrement ou dégoûté, ou blessé les populations et qui peuvent, si on n'y prend garde, les livrer, par l'indiflérentisme des masses, à l'action toute puissante de l'intrigue et des

(1) Voir oot« VI.

mauvaises passions, les réunions préalables, peuvent seules donner au Corps législatif ce caractère d'autorité, do haute indépendance dont il a besoin pour servir le gouvernement auprès du pays.

Elus après avoir été discutés, les députés seront bien la représentation éclatante et sincère de la volonté nationale, Texpression de ses craintes, de ses besoins, de ses espérances, de ses dévouements, et, dès lors aussi, le gouvernement trouvera en eux ce contre-poids, cotte part réelle de solidarité et de responsabilité que la France veut trouver en eux, autant pour elle-même que pour les pouvoirs qui la régissent.

Nous n'avons entendu faire, contre le droit de réunion, par nos contradicteurs, qu'une seule objection; elle leur parait décisive :

Ils semblent croire que l'exercice permanent du droit de réunion serait aussi une cause permanente d'agitation et de trouble. *

S'il s'agit d'un trouble et d'une agitation des esprits, nous répondrons que c'est là un mal dont l'exercice même de la liberté nous guérira. L'usage permanent du droit fera disparaître les excitations passionnées

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qui auront d'ailleurs, toij^ours et partout, leur correctif : la discussion.

S'il s'agit de ces troubles et de ces agitations matérielles qui se traduisent en désordres»

Alors vous avez la loi et les gendarmes.

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Nous avons recherché le texte de nos institutions et I*esprit dans lequel elles sont appliquées.

Maintenant, au nom des principes de 89, au nom du mandat que la France leur a confié ; au nom du passé de cette nation qui, après le Christianisme, a été la plus grande initiatrice de la liberté dans le monde moderne, nous demanderons aux conservateurs:

Qu*cntendez-vous conserver f

Est-ce la lettre des institutions?

Est-co Vespril qui préside i leur application f

Si c'est la lettre:

Au nom du pacte qui a fait TEmpire, redemandez avec nous nos libertés, le « couronnement .de Tédiflce, » car Theure de l'échéance a sonné.

Si c'est l'esprit :

L'esprit tel que vous le comprenez, tel que vous le pratiquez du moins, c'est-à-dire la négation de tous les droits inhérents, essentiels, à la souveraineté de la nation;

Nous avons le devoir de protester et de vous dire :... « au nom du pays : relisez l'histoire... »

A vous, non plus, les avertissements ne manquent pas.

Maiff laissez-nous répondre pour vous.

Vous voulez conserver la paix publique, éviter au pays les désastres et les ruines des commotions politiques et

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OXXâi foin (Ainhv:^ rjjiamn toujours, la restitution des 'lroit«,J';j;i[ili^-;jtiori siricôrc et loyale des institutions — l:i )ih':rti; f:u un i/iot — voilà la stabilité, voilà la vérita- \tU: roiiH'îrvation.

\yt»7. \f roiir;i^f; de la réclamer, et vous aurez bien iiifrilf* du pays.

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Il ne saurait nous sufjQre d'avoir demandé aux délégués de la souveraineté nationale, à tous les degrés, le respect de la loi et Tamour de la liberté; nous devons, aussi, recommander au pays ce même respect et ce même amour.

Il ne faut pas qu'avec Montaigne on puisse toi^Jours dire « que : nous flottons entre divers advis, nous ne voulons « rien librement, rien absolument, rien constamment ; » il ne faut pas que Ton puisse dire que, si nous possédons le génie et le courage virils, qui conquièrent la liberté ou font les martyrs, nous n'avons pas les vertus civiques qui gardent et assurent ses conquêtes. C'est le reproche que nous adressent l'histoire et l'Europe, et ce reproche est mérité.

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La victoire remportée, nous nous abandonnons au sommeil, et nous ne veillons pas sur les dépouilles opimes qu'elle nous a livrées.

La liberté veut qu'on Taime d'un amour attentif et jaloux.

Cette insouciance toute gauloise est la cause princii>ale de nos déceptions. L'engourdissement des âmes encourage les mauvais desseins et facilite les retours agressifs de la force.

Quand ces retours se produisent, la faute en est aux citoyens mêmes qui, sentinelles peu vigilantes, n'ont pas su jeter à temps le cri d'alarme; qui ont oublié qu'il ne faut jamais souffrir une usurpation, quelque minime qu'elle puisse paraître. Au pouvoir qui la tente, le p^sdoit, immédiatement, opposer la légalité pour défendre ses franchises, toutes atteintes par le coup qui en frappe une seule.

Le suffïrage] universel donne, en effet, au peuple souverain le moyen de faire prévaloir sa cause, sans secousse, sans révolte. Il vote, tout est dit ; sa volonté sort des urnes, toute puissante.

Il ne s'agit donc que de vouloir, que de savoir, an jour

Il I uni Mil i^^^ig^i^^^^ig^atÊaatÊÊÊt^^mÊÈÊm^^^sm^Êmri^^^mtm^dmÈÊiÊiimi^ÊÈim^mJ^àÊmÊÊkH rf^ ÉmÊàmmm^ÊÊeÈÊmima^ÊÊm^ÊÊà

du scrutin, se dégager des vues étroites, des mauvaises pressions d'où qu'elles viennent, des calculs timides ou égoïstes, pour conférer le mandat national au plus digne, à celui qui le mérite par son patriotisme indépendant, par son respect pour la loi, par sa soumission au principe de la souveraineté du peuple. La tâche n'est ni difficile, ni périlleuse; mais le fût-elle, ne serait pas citoyen qui n'oserait la remplir.

En écrivant ces pages, en exposant ces doctrines, nous croyons faire acte de sage conservateur.

Nous obéissons à la voix de notre conscience et à l'amour profond, sincère, filial, que nous portons à notre pays. En étudiant l'histoire de ses grandeurs et de ses misères, de ses besoins et de ses aspirations, en suivant sa vie et sa marche à travers les siècles, nous avons,

depuis longtemps, reconnu, et notre devoir était de le dire, que la seule assise sur laquelle la société moderne puisse désormais reposer, est :

La Liberté.

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