‹ La librairie de Charles d'OrléansChapitre 2 sur 224 · I. Voir Pièces justificatives · texte numérisé non relu

I. Voir Pièces justificatives

Il nous faut, puisque nous devons décrire une bibliothèque ancienne (une librairie comme l'on disait), oublier toutes notions représentatives du livre imprimé. Le livre manuscrit était encore un objet rare et précieux. Médité, corrigé, annoté dans ses marges, on l'empruntait pour en faire de nouvelles copies, on le léguait par testament, comme une fortune. Un petit nombre suffisait à la curiosité d'une longue vie. Si le livre avait un sens littéral on ne manquait guère de lui forger une explication allégorique ; la glose l'encadrait naturellement, épuisant, après la phrase, le mot. Il valait par la rareté de son texte comme par son art. La finesse de la matière employée, la qualité de sa calligraphie, l'élégance de son ornementation faisaient alors du livre un objet coûteux. Jusqu'au jour où il venait aux mains de l'amateur que d'artisans y avaient collaboré depuis le vendeur de peaux de vélin, le régleur à la pointe sèche, les scribes patients, l'artiste qui esquissait l'image (l'histoire), l'enlumineur qui l'animait de vives couleurs, le rubricateur qui « tournait » de vermillon ou d'azur ses lettres capitales, le doreur qui appliquait le bel or à reflet métallique. Venaient ensuite les brodeuses qui l'habillaient d'étoffe et les relieurs de cuir; enfin les orfèvres fondaient coins et fermoirs où parfois les émailleurs appliquaient les devises ou les armes du propriétaire. Aussi les étudiants pauvres copiaientils, sur quelques feuillets de papier, en les abrégeant fort, ces livres commentés aux examens, qu'ils empruntaient au libraire; les bourgeois et les bourgeoises possédaient des Heures pour suivre les offices du moûtier ; seuls les rois, les princes, les riches ecclésiastiques et les communautés possédaient une (( librairie ». Elle se composait généralement d'un petit nombre de livres, presque toujours les mêmes.

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