‹ La librairie de Charles d'OrléansChapitre 3 sur 224 · IV LA LIBRAIRIE · texte numérisé non relu

IV LA LIBRAIRIE

C'est seulement dans la seconde partie du xiv= siècle que l'on vit se répandre, sans toutefois se vulgariser, l'amour des livres et la coutume de posséder une librairie. Une opinion, répandue chez les clercs, voulait que science et chevalerie fussent comme les deux piliers établis par la volonté de Dieu pour soutenir l'ordre des lois divines et humaines : on comparait ces deux ordres à l'un de ces arcs géminés dont le fléchissement pouvait entraîner la ruine de l'édifice entier. Et l'on répétait : là où science sera détruite la loi sera annulée ; le royaume où cessera défense de chevalerie deviendra vite la proie convoitée de ses ennemis '.

On trouvait encore d'autres raisons démontrant l'étroitesse d'une telle alliance : c'est par la science que nous connaissons l'histoire des bons trépassés dont les noms vivent en notre mémoire et, grâce aux témoignages des livres, leur renommée est portée jusqu'à la fin des temps. On se rappelait le « dit » de Caton : « Lis les livres » ; quelle que soit sa situation un homme ne s'élève véritablement que par la connaissance des lettres et des livres '.

A vrai dire, après tant de ruines et de malheurs, il semblait qu'il fut le disciple de Sagesse et de Prudence ce roi Charles V qui^ du fond de la librairie comme de son conseil, présidait aux destinées d'une France plus heureuse, lentement, avec discrétion et fermeté \

Il se plaisait en la grave compagnie des notables livres rassemblés dans trois chambres de la tour du Louvre, toutes garnies de huches neuves et de sièges, lambrissées de bois de cyprès et d'Irlande, et dont les fenêtres étaient treillagées de fil d'archal contre les oiseaux indiscrets ^.

Là les meilleurs écrivains avaient calligraphié pour lui les compilations de la Sainte Ecriture, de la philosophie et de

1. Livre des faits de Jean Boucicatit, t. III de Froissart, éd. Buchou, p. 567.

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