LIV LA LIBRAIRIE
prisonnier. Sa librairie atteste ce goût. On y conserva le traité de fins de partie de Nicolas de Nicolaï, qu'il annota, corrigea, et par la suite donna au duc de Bourbon ' (ms. lat. 10286). Il prenait plaisir à faire régulièrement la partie avec ses familiers, dans ses châteaux, dans ses maisons de campagne, pendant ses courts voyages, tandis qu'il descendait en bateau la Loire d'Orléans à Blois ^. Gilles des Ormes, maître d'hôtel de sa maison, et Jean Caillau, son médecin, étaient ses partenaires habituels. En 1457, Charles d'Orléans régla les frais du séjour à Blois de Juvenal Negro, un Lombard, professionnel du jeu qui le passionnait. Les sommes engagées paraissent toujours minimes, en général de 10 à 25 s. tournois ; contre le Lombard le duc risqua jusqu'à 27 s. Nous possédons un Gallien que Charles d'Orléans gagna sur Caillau (ms. lat. 6868), enjeu plus cher encore au bibliophile qu'au joueur 5.
Il était également joueur de méreles +, de tables % de cartes ^ ; il s'entendait même au glic qui ne passait pas pour fort honnête ^. Dans ses poésies Charles a souvent allégorisé ces jeux et s'est servi du vocabulaire du joueur ^. Après la conquête de la Normandie il dira à Charles VII :
Roy des François gaigné as l'asvantaige : Parfaiz ton jeu, comme vaillant et saige '.
De l'amour et du hasard il raisonna déjà :
De riens ne sert à cueur en desplaisance,
Chanter, dancer n'aucun eshatement
Il lui souffit de povoir seulement
Toujours penser en sa maie meschance
Quant il congnoit qu'en hasart gist sa chance '°...
1. P. Champion, Charles d'Orléans joueur d'cchccs, 1908, in-4. — Album, n" 11.