‹ La librairie de Charles d'OrléansChapitre 68 sur 224 · LVIII LA LIBRAIRIE · texte numérisé non relu

LVIII LA LIBRAIRIE

Je ne tiens contre ne teneur, Enroué, faisant faulte mainte, Et mal entonné par contrainte :

C'est la chapelle de douleur K

La composition de la bibliothèque poétique de Charles d'Orléans nous retiendra surtout. Il aimait non seulement la poésie comme un art et son propre passe-temps, mais encore l'appréciait chez les autres Olivier de la Marche nous a laissé de ses goûts un témoignage précieux. Voici ce qu'il écrit en 1457 : « Et de ce temps je feisz ung tour en Bourgoingne de la grâce du duc d'Orléans qui me fist et monstra moult grant privante ; et ce à cause qu'il estoit moult grand rethoricien et se delectoit tant en ses faictz comme en faictz d'aultruy \ » Le même chroniqueur nota en 1450, lors du tournoi de la Fontaine de Pleurs, à Chalon, la présence de « François, Ytaliens, Provençaux et aultres dont il y avoit plusieurs grans gorgias et honnestes personnages a la court du duc d'Orléans » ^ ; dans cette même ville il avait fait remettre précédemment 4 s. 6 d. à Baudet Harenc, son confrère en poésie « pour ce qu'il avoit fait des balades devant lui » +. Sur cette réputation, en 1459, un pauvre hère sortant de prison se mit en route vers Blois et s'offrit comme son domestique: François Villon. On ne s'étonnera donc pas que Charles d'Orléans prit plaisir à lire les livres de poésie, du soin avec lequel il les recherchait; on savait aussi lui plaire en lui en faisant cadeau \

Il avait lu et relu le Roman de la Rose qui lui venait de Valentine. Là il prit le cadre du Songe, la description du jardin et du manoir du Dieu d'Amours, les personnifications de Danger, Bel Accueil, dont il abusera dans la première partie de son œuvre, mais dont l'imagerie évoluera plus tard chez lui de l'abstraction vers la psychologie; car ce fut tout son procédé de concrétiser l'abstrait comme de réaliser les allégories. Et, sans doute, il connut encore les Ballades d'Eustache Des-

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