‹ La libre paroleChapitre 13 sur 20 · PROUDÏÏON ET M. LOUIS VEUILLOT · texte numérisé non relu

PROUDÏÏON ET M. LOUIS VEUILLOT

Ce Proudhon converti qui terminait l'article précédent déplut singulièrenaent à M. Veuillot. En remerciant M. Jouvin d'un travail sur les Odeurs de Paris, le polémiste sacré répondit ce qui suit dans une lettre qui fut publiée alors :

Encore que je ne craignisse point cela de vous, je ne saurais vous dire combien je vous sais gré de ne m'avoir point assis sur un tîibouret dans le voisinage du piédestal de feu Proudhon. On le fait quelquefois même par courtoisie, et c'est le vrai moyen de m'insulter jusqu'au c(rur. Il m'est horrible de me voir comparer à ce rustre impie et vaniteux.

Je ne souhaite et ne vois, Dieu merci, entre Proudhon et moi, d'autre rapport sinon que j'adore ce qu'il outrage, et que je voudrais mériter de mourir pour ce qu'il aspire à renverser. Son œuvre me paraît le plus grand des crimes et le dernier des délires. Quant à son talent, il ne consiste, à mon avis, qu'en une certaine furie de langue, claire dans les mots, fort obscure dans les idées, extrêmement bornée et beaucoup plus emportée que forte, un vulgaire outil d'ergoteur sans finesse et de déclamateur sans entrailles. Mes ambitions littéraires, si j'en pouvais nourrir, s'indigneraient de n'avoir à manier que cette pioche et ce tambour.

Un jeune écrivain, qui mûrira, je l'espère, imaginait l'autre jour un Proudhon converti. Si Proudhon s'était converti, il n'y aurait plus eu de Proudhon du tout. Le baptême aurait noyé son talent particulier comme il etïaco la tache originelle. Plus d'orgueil, plus de blasphème, plus de coups de pioche enragés et fastueux h, la base sacrée de la société humaine, que reste-t-il de Proudhon? Un notaire limpide.

Jamais le rayon divin de l'art n'aurait louché ce front; il ne pouvait être illuminé que d'en bas. J'affirmerais que Proudhon l'a compris, et ce fut peut-être la principale horreur de son intelligence contre les vérités de la foi.

Je souhaitais, il y a longtemps, de dire ceci en bon lieu. Assurément,

je consens d'être classé comme on vendra. La vraie place oii j'aspire en comprend point de ces classements. Favorables ou contraires, ils ni» touchent peu. Mais me distribuer dans cette froide, stupide et hideuse régiou du blasphème, c'est contre nature, et je m'y refuse pour l'honueur de mon baptême et de ma raison.

Louis Vedillot.

Et à mon tour je répliquai :

L'attaque de M. Veuillot contre Proudhon, cet énorme coup de poing, cet artistique coup de massue, m'a donné l'idée de rechercher si Proudhon lui-même ne s'était point défendu par avance, n'avait pas, dans un de ses écrits, parc la botte ou frappé lui-même. Je viens de parcourir les volumes, de feuilleter les journaux, les Confessions d'un révolutionnaire et la Justice dans la JRévolution, le Peuple et la Voix du Peuple. Je n'ai trouvé là que des polémiques impersonnelles où ï Univers est en jeu, non M. Veuillot, discussions et fusillades politiques dont je ne pourrais parler. Il semble que Proudhon dédaigne cet adversaire. Il en a tant d'autres! C'est vers eux qu'il marche, et M. Veuillot, tout gros qu'il paraisse, est mis de côté.

Proudhon a d'ailleurs des courtoisies singulières. Lorsque l'archevêque de Paris, en 1850, inflige un blâme public à Y Univers, il n'abuse pas de la situation, ne fait pas ressortir l'imprévu du cas. Il enregistre le mandement et passe. Ou bien il annonce que M, Eugène Veuillot part pour Rome, va, au nom de son frère, protester devant le pape. Proudhon ne nomme M. Louis Veuillot, dans une note de ses Essais de philosophie populaire, qu'au moment où V Univers est supprimé, et c'est pour s'affirmer en faveur du journaliste qui vient d'être frappé.

Voilà de beaux motifs à une si terrible sortie! N'importe, je suis satisfait. J'avais atteint juste, l'autre jour, en appelant M. Louis Veuillot un Proudhon converti. Proudhon converti! Là-dessus M. Veuillot s'emporte; il se fâcherait tout rouge si ses opinions le lui permettaient, Je

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