‹ La licorne comédie en un acte Octave GastineauChapitre 5 sur 11 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

ANDOCHE, seul.

Elle compte déjeuner avec une tablette de chocolat, c’est maigre; il paraît pourtant que ce genre de comestible lui profite ; moi, je préfère quelque chose do plus solide... car j’ai un appétit féroce! l’air des montagnes. (Regardant dans le panier.) Voyons Un peu... ma Carte du jour... Je crains qu’elle ne soit pas trop variée. (Tirantuno bouteille, lisant l'étiquette.) Vin du glacier. Drôle do cru !

Du beurre, desœufs... je vais me confectionner une jolie ■* omelette, et avec le pâté que j’ai dans mon sac de voyage j’aurai un déjeuner complot. (Mettant un tablier qu'il prend sur le vaisseiiier.) Cette dame a eu tort do ne pas accepter mon invitation!... elle est appétissante... la dame... des yeux ravissants... de l’esprit... de... un défaut, un seul, jusqu’à présent: son mari... Je détoste ce genre d’accessoire. . . quels gêneurs que les maris !. . . même quand ils sont absents... (Sa faisant un bonnet en ‘ papior. ) C’est vrai... on est tranquillement occupé à faire la cour aune jolie femme, ça commence à marcher... ça marche même très-bien... lorsque tout àcoup, v’ian ! monsieur arrive. . . comme un hanneton, on ne sait pas pourquoi, ni lui non plus. Madame voulant écarter les soupçons 6e jette au coude monsieur... l’embrasse, le câline, lui fait mille tendresses... et tout cela à votre

barbe. . . ou bien le mari est jaloux et brutal. . . il entre brusquement. . . et il tombe sur vous à coups 8e canne, quitte à s’expliquer après... Pas amusants du tout les maris, je préfère les veuves à responsabilité limitée... (coiffant son bonnet.) Voilà le costume, passons maintenant à l’omelette.. . Par où commencer? Le proverbe l’indique suffisamment : On ne fait pas d’omelette sans casser des œufs! Très-utile en voyage, la sagesse des nations! (il prend les œufs, les casse, puis il les bat.)Ah!si Bridois

me voyait... c’est lui qui serait surpris... lui qui ne serait même pas capable de faire des œufs à la coque. . . pas fort, Bridois. . Bridois, vous devez le connaître. . . Prosper Bridois?. . . Mais si! . . . vous avez vu son nom sur toutes les affiches de théâtre. . . avec le mien. Vous n’avez donc jamais assisté à une de nos premières. .. quand l’acteur vient annoncer au milieu des applaudissements : « Messieurs et mesdames, le chef-d’œuvre que nous venons dejouer est de messieurs Prosper Bridois,— il se fait toujours nommer le premier, — etAndoche Moulineau. » Andoche Moulineau, c’est moi. — Ça mousse, ça doit être assez battu. . . est-ce le moment de mettre le poivre et le sel? Ça doit être le moment, (iimetie poivra et le sel.) A présent, passons à la poêle. C’est là que l’auteur s’embarrasse quand il tient la... Mettons du beurre,

ça ne peut pas nuire, (il met un morceau de beurre dans la poêle-) Nous avons promis un acte au Palais-Hoyal pour le 1« r octobre... c f est même pour le chercher que je me suis accordé un petit congé d’un mois; ça n’est pas trop, j’ai fait mes adieux à Léontine, l’ange de mes rêves. . . et je suis parti pour la Suisse sous prétexte de lui acheter une montre de Genève! ! ! Elle l’attend!... (il rît.) Très-bonne tille, Léontine... un peu grue... mais très-bonne (ille.

(Pendant ce temps il a mis la poêle sur le feu.) Bon... voilà la

poêle qui chante, c.e doit être le moment de verser les œufs. . . (il verse les œufs dans la poêle.) Çà a très-bonne odeur, (il remet la poêle sur le feu.) Sapristi. . . ça sent le roussi, maintenant. . .

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