SCÈNE V
ANDOCHE, GEORGETTE, on Suissewe ; pcii FRITZEN.
GEORGETTE, entrant.
Il m’a été impossible de rester dans la chambre d’en face.il y fait une fumée suffocante.
ANDOCHE
Comment, c’est vous, madame, on Suissesse ! et enrhumée... Cela vous va à ravir... pas le rhume... le costume.
GEORGETTE
- Je viens vous demander l’hospitalité.
ANDOCHE
Comment donc, madame!... je vous offre avec joie., le logement, la table et. . . du reste, cette salle est com mune.
GEORGETTE, prônant la poêla.
Mais ça brûle ! Ah ! monsieur, comme vous semblez embarrassé. . . Donnez-moi ça. . .
ANDOCHE
Oh! avec plaisir... (u lui donna la poêla.) Alors vous consentez à partager mon déjeuner?
GEORGETTE
Puisque vous voulez bien mel’offrir.
ANDOCHE
Oh! les jolies petites menottes... et tout en crème...
comme du lait, (il Tout los lui embrasser.)
* Georgette, Andoche.
' GEORGETTE
Monsieur, je uous préviens que si vous continuez je renverse l’omelette dans les cendres.
ANDOCHE, ge inrnat.
Bigre! madame! ne renversez rien! je me contenterai de vous admirer en mettant le couvert, j’ai tout ce qu’il faut dans... Ah sapristi! il n’y a que la nappe!...
(Allant à la porte du fond et appelant.) Fritzcn !
GEORGETTE, à part.
S’il devient entreprenant je lui parlerai de la Léontine... ça le calmera.
ANDOCHE, appelant.
Fritzen ! Fritzen !
PRITZEN, en dehori.
Meinherr?
ANDOCHE, è la porte.
Zwei couverts, quet wein.
FRITZEN.
Ya meinherr.
ANDOCHE, mettant le couvert, aidé de Fritzen qui entre.
Air : En canon.
Sur le quai de la Ferraille ,
L’autre jour, Ramponneau,
Marchand de coco,
Disait d'une façon fort amiable A tous les badauds Qu’avaient chaud:
A la fraîche 1 A la glace !
A la fraîche, à la glace, qui veut boire ; Venez mes enfants, venez ribotter Et surtout payez,
Argent comptant,
. Mais le gars,
Ne disait pas,
Le fin petit mot;
C’est que la soi-disant, glace,
Chauffait depuis une heure,
En plein soleil I
ANDOCHE
Et maintenant, à table... Où en est l’omelette ?...
Elle est cuite depuis longtemps 1 Monsieur, donnez moi vite une assiette.
FRITZEN.
Voilà! voilà!
ANDOCHE, prenant le pâté.
Ce pâté a une mine !... je l’ai acheté à Berne, il doit être à l’ours! Il me rappellera les pièces de Bridois Seul... Avez-VOUS faim, madame? (il se met à table, ainsi que Ceorgette.)
GEORGETTE
Je commence à croire que mon chocolat eut été insuffisant.
ANDOCHE, cherchant sur la table.
Eh bien, et pour servir ? Comment appelle-t-on? (n tait
des signes pour demander une cuillère.)
FRITZEN, comprenant.
Ah ! ia ! ia ! (sue sort.)
ANDOCHE, se rasseyant.
Elle a compris !... elle est remplie d'intelligence.
* Georgetle, Fritzen, Andoche.
FRITZEN, rentrant nne cruche à la main.
Hier (t)y raeinherr.
ANDOCHE. Riant tous deux.
Nein. (Recommençant les «ignés et montrant une fourchette.) I as fourchette.
FRITZEN, en bon français.
Ah ! une cuillère. (Donnant immédiatement nne cuillère qu’elle prend dons le tiroir du vaissellier.) Voilà, monsieur.
ANDOCHE
A la bonne heure! elle est remplie d’intelligence ! et gentille! gros bébé!... A présent, tu peux t’en aller.
FRITZEN, riant.
Oh ! oh ! oh ! (Chantant.)
Mais le gars Ne disait pas
Le fin petit mot. (Eiiesort.)
ANDOCHE
C'est gentil un déjeuner en tête à tête.
GEORGETTE
N’oubliez pas, monsieur, que mon mari est là.
ANDOCHE, se levant et renversant sa chaise.
Votre mari... où cela?
Moralement.
ANDOCHE
Vous m’avez fait avaler de travers. Oh! alors... pas encore gênant, le mari, pas encore ! (u se rassied.)
GEORGETTE
Du reste, j’ai confiance en vous, je vous connais depuis longtemps.
(1) Prononcez Hir.
ANDOCHE, regardant U coucou accroché au mur.
Depuis une heure vingt-cinq.
GEORGETTE
Oh lavant, monsieur... On m’a beaucoup parlé de vous...
ANDOCHE
Gomment... vous savez donc mon nom ?
GEORGETTE
Sans doute.
Dites-le un peu.
GEORGETTE
C’est inutile... mais... la preuve que je sais qui vous êtes... c’est que les initiales de vos noms sont A. M.
ANDOCHE
Andoche Moulineau!
GEORGETTE, A part.
Andoche... Où donc ai-je déjà lu ce nom-là ?
ANDOCHE
Ah ! on vous a parlé de moil Alors, entamons le pûté.
GEORGETTE
Volontiers.
ANDOCHE
Mais il n’est pas du tout à l’ours... veau et jambon !
GEORGETTE
U est excellent.
ANDOCHE
Mais, puisque vous me connaissez, vous connaissez aussi Bridois ?