L'A LICORNE
GEORGETTE
Beaucoup.
ANDOCHE
Pas amusant, Bridois.
GEORGETTE
Oh! non, pas amusant...
ANDOCHE
Mais précieux pour les courses.
GEORGETTE
Oui, très-précieux pour les courses, (a part.) C’est un commissionnaire ?
ANDOCHE
Il ne trouve jamais rien, Bridois.
GEORGETTE, A part.
Comment? il cherche aussi quelque chose?
ANDOCHE
Et pas fantaisiste du tout... oh! mais pas du tout... Figurez-vous, madame, qu’il commence toujours par le domestique qui... époussette...
GEORGETTE
Ah ! il commence... (a part.) Qu’est-ce que ce peut être, ce Bridois ?
ANDOCHE
Vous voyez ça cî’ici... le domestique époussetant : Madame est sortie...
GEORGETTE
Oui... en effet... je vois cola..* très-bien.
ANDOCHE
Ou monsieur n’est pas encore rentré... Inutile de vous dire quo moi jo coupe tout cela...
GEORGETTE
Ah! vous coupez... (a part.) Est-ce qu’il serait...
ANDOCHE
Bridois cric!... Mais... ça m’est complètement indifférent... C’est là tout notre menu... avez- vous encore faim, madame?
GEORGETTE
Non... et vous, monsieur?
ANDOGHE.
J’accepterais volontiers... un dessert... si vous vouliez me l’offrir.
GEORGETTE, te levant.
Justement... j’ai... mon chocolat... dans mon sac... (eu«
•e 1ère et Ta prendre son sac.)
ANDOCHE, à part, se lerant.
Elle n’a pas compris. (Tandis que Georgette ouvre son sac, Andoebe loi prend la taille.)
GEORGETTE, tirant de son sac nne paire de ciseaux.
Prenez garde ! je suis armée!...
ANDOCHE
Je ne crains pas les armes blanches... (il veut l’embrasser.)
GEORGETTE
Si vous n’ètes pas sage, je dirai tout... à Léontine.
ANDOCHE
Hein! Vous connaissez Léontine?
GEORGETTE
C’est ma meilleure amie. Toutes les fois que je vais à Paris, je descends chez elle...
ts
ANDOCHE*
Bigre ! pas de chance ! rencontrer à 250 lieues de Paris une jolie femme, déjeuner avec elle en tète à tête., et au moment des friandises, découvrir que c’est l’amie de sa bonne amie.. .
GEORGETTE*’, â part.
Maintenant je ne crains plus rien.
ANDOCHE
Mais j’y pense, puisque vous ôtes l’amie de Léontine, elle a dû me parler do vous.
GEORGETTE
C’est probable.
ANDOCHE
Et je dois vous reconnaître... Dites-moi votre nom...
GEORGETTE
Cherchez ! (il* »e raisayent.)
ANDOCHE, cherchant.
Une amie de Léontine... mariée... oui habite la province... et qui descend chez elle... Ah! j’y suis! vous ôtes madame Landurcau ?
GEORGETTE
Vous devinez du premier coup.
Vous ôtes... vraiment... madame Landuroau... vous en êtes sûre ?
GEORGETTE
Si j’en suis sûre !...
* Andoche, Georgette.
** Georgelte, Andoche.
ANDOCHE, h levant.
Eh bien! voilà encore un de ces hasards... Madame Landureau !... une gaillarde qui... Mais alors, je peux me risquer...
GEORGETTE, se levant.
Comment, vous pouvez vous risquer? (a part.) Eh bien, j’ai accepté là un joli nom!... (Haut.) Mais, monsieur, mon mari?
ANDOCHE
- Oh ! je le connais, votre mari : un petit vieux, vilain, qui a la passion du bezigue chinois.
GEORGETTE, à part.
Et je me suis donné un joli mari.
Pas gêneur, ni méchant, monsieur votre mari.
GEORGETTE
Mais si, monsieur... je vous assure qu'il est très-méchant...
ANDOCHE
Landureau, allons donc... d’ailleurs puisque... je vous
adore, (il veut l’embrasser.)
GEORGETTE, s’échappant.
Mais, monsieur, et Léontine !
ANDOCHE*
Je l’aime aussi, mais d’une autre manière !
GEORGETTE
Ah ! monsieur, c’est indigne.., je lui dirai tout...
ANDOCHE
Oh ! que non !...
« Aüdoche, Georgette.
GEORGETTE
Mais si, monsieur, elle saura que c’est la troisième fois que vous l’oubliez.
I^a troisième fois...
GEORGETTE
Et quo vous la trompez quand vous lui écrivez
Loin des yeux, loin du cœur...
Quel proverbe monteur...
ANDOCHE
Mon quatrain!... D’où tenez-vous ces vers, madame?
GEORGETTE, à put.
Oh ! quelle imprudence !
ANDOCHE
Je demande une réponse, s’il vous plaît!...
GEORGETTE
C’est... c’est Léontine qui m’en a envoyé une copie...
ANDOCHE
Léontine vous a... Mais c’est d’une invraisemblance qui serait remarquée, même dans une opérette, (pomssnt un cri.) Ah !
GEORGETTE, ettrayéa.
Qu’avez-vous, monsieur ?
ANDOCHE
Je devine tout... vous avez lu ces vers... signés de mes initiales... dans mon carnet...
Moi ! ! !
ANDOCHE
Vous n’êtes pas madame Landureau, et vous ne connaissez pas Léontine.
GEORGETTE
Je ne connais pas Léontine!!!
ÀNDOCHE.
Quel est son signe particulier, car elle a un signe particulier ?
GEORGETTE
Si vous croyez que je vais daigner vous répondre !
ANDOCHE
Madame, toutes les fois que je laisse mon carnet quelque part et que je crains qu’on ne le lise... je me coupe une mèche de cheveux, et je la mets... à la première page... en guise de signet; si on ouvre le carnet, les cheveux s’envolent et...
GEORGETTE, à part.
Ah ! mon Dieu!...
Je vais m’assurer si ma mèche y est encore... Où est mon carnet ? (il cherche.)
GEORGETTE, qui est debout pris du buffet sur lequel est le carnet, le prend virement et le cache derrière elle.
(a part.) Il va découvrir mon mensonge...
ANDOCHE, cherchant, à part.
Je suis sûr qu’elle va le fourrer dans sa poche...
GEORGETTE
Que faire? il ne le trouvera pas. (Elle le cache dans sa poche.)
* Ceorgetto, Andoche.
ANDOCHE, la royant *.
(a part.) Ça y est. (Haut.) Je suis pourtant bien certain de l’avoir laissé dans celte salle... Madame, jo dois vous prévenir... que si je ne le retrouve pas. ..je fais des perquisitions jusque dans vos poches.
GEORGETTE
Ciel !
ANDOCHE, cherchant toujours.
Madame, je vais commencer... mes perquisitions douanières.
' GEORGETTE, A part.
Ah ! un moyen de comédie. (Poussant un cri.) Ah!
ANDOCHE
Qu’avez-vous, madame ?
GEORGETTE
Je me suis tourné le pied.
f I ANDOCHE, A part.
Oh! par exemple, voilà une ficelle usée... Dridois lui-même n’oserait plus s’en servir.
GEORGETTE, sa plaignant.
Aïe! aïe!
ANDOCHE
Vous vous êtes tourné le pied... sans marcher?
GEORGETTE, Rasseyant près do la table.
Les souliers de mademoiselle Fritzen sont trop grands pour moi et... Oh ! mon Dieu ! que je souffre !
ANDOCHE, A part.
Où veut-elle en venir?
GEORGETTE
Je sens que ma cheville grossit à vue d’œil ; n’est-ce pas, monsieur?
ANDOCHE, so mettant è genoux devant Georgette.
Mais oui... il faut frotter... et énergiquement, (u frotto
la pied do Georgette.)
GEORGETTE
Ah ! monsieur, vous me chatouillez...
ANDOCHE
Mais non, madame, je frotte.
GEORGETTE, tirant de sa poche 1rs ciseaux dont elle s’est strrie pour couper la ficelle du chocolat.
(a part.) Ah ! ma foi, tant pis... il n’y a pas d’autres moyens... (Haut, sa plaignant.) Aïe! aïe!
ANDOCHE
Je frotte, madame, je frotte...
GEORGETTE, lui couport uns petite mèche de cheveux.
Aïe!
ANDOCHE
Ça ne va pas mieux ?
GEORGETTE
Oh! si... je crois que ce ne sera rien...
Parce que j’ai frotté énergiquement, (u se lève, a part.) Mais où diable veut-elle en venir ?
GEORGETTE, feignant d'apercevoir le carnet *.
Monsieur! monsieur!
* Antioche, Georgetto.
ANDOCHE
Madame?...
GEORGETTE
Votre carnet... le voilà... là... sur cette table ! Vous qui le cherchiez partout ! Décidément, vous ne savez rien trouver.
ANDOCHE, à part.
Comment, c’est elle*qui m’offre mon carnet, main tenant!
GEORGETTE, se levant et lui présentant le carnet,
Ouvrez-le, monsieur, je vous prie. Je tiens à vous prouver combien vos soupçons étaient injustes, et combien vous avez tort de me croire coupable d’une indiscrétion.
ANDOCHE
Puisque vous l'exigez. fourrant le carnet.) Ah ! par exemple voilà qui est fort ! très-fort même I
GEORGETTE
Quoi donc, monsieur ?
ANDOCHE
Des cheveux ! (Regardant.) Les miens encore !
GEQRGETTE.
Eh bien...
ANDOCHE
Je n’èn avais pas mis du tout.
GEORGETTE, i part.
Ah ! mon Dieu !
C’est même là tout le truc. On dit devant la personne
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soupçonnée que l’on a déposé une mèche, mais on ne dépose rien.
~ GEORGETTE
On ne dépose rien !
ANDOCHE
Madame, si j’avais déposé une mèche toutes les fois que j’ai fermé mon carnet, je serais chauve comme Bridois... Mais comment avez-vous pu vous procurer?... Ah ! j’y suis! Pendant que je vous frottais, vous me tondiez I Ça no so fait pas, madame... ça ne se fait pas, ça ne s’est jamais fait ! Ah 1 si! Dalila avec Samson... mais il y avait des circonstances atténuantes.
GEORGETTE
C’était pour vous punir de vos soupçons...
ANDOCHE
Me punir... Mais maintenant que je suis certain que vous ne connaissez pas Léontine, je ne crains plus rien.... Vous allez me payer ma mèche... autant de cheveux, autant de baisers.
Monsieur...
ANDOCHE
Pas un de plus, c'est-à-diro si, beaucoup do plus, mais pas un de moins, (comptant ses cheveux.) 11 y en a un quarteron, madame, (il ▼a vers elle.)
* GEORGETTE*
Laissez-moi, monsieur, ou j’appelle.
ANDOCHE
Ici on ne comprend que le suisse, (n )a poursuit.)
GEORGETTE, allant à la tenêtre.
Si vous faites un pas, je me jette par la fenêtre.
* Georgette, Andoche.
ANDOCHE, courant 4 1a fenêtre. (
Oh 1 oh! madame, il pleut... trop fort! (Regardant par la fenêtre.) Vous seriez trempée avant d'arriver... comme ce monsieur qui descend de cheval...
Un cavalier!... (Allant A la fenêtre.) Ciel! mon mari! ANDOCHE.
Hein !... votre mari ! Cristi ! quel bel homme !...
GEORGETTE
■11 nous a vus... Monsieur, vous êtes perdu. * •
ANDOCHE
Comment, perdu !
GEORGETTE
Alfred est d’une jalousie!... une bête fauve...
ANDOCHE
11 en a la couleur... Alors je m’en vais, madame...
GEORGETTE
S’il vous rencontre dans l’escalier, il vous tuera...
ANDOCHE
Comment, il me tuera. •
GEORGETTE
Comme il a déjà tué Ernest!
ANDOCHE
Il a tué Ernest, déjà !
GEORGETTE
Qui était bien innocent! plus innocent que vousl
ANDOCHE
Mais alors, que faire?
GEORGETTE
Je vous en supplie, monsieur, cachez-vous... Ah! là... dans ce placard.
• ANDOCHE
Est-ce qu’il est armé?
GEORGETTE
Les moments sont précieux.
ANDOCHE
Je lui expliquerai... je lui dirai... je ne savais pas que vous étiez mariée.
GEORGETTE
Tout ce que vous voudrez, mais il vous tuera avant.
ANDOCHE
Sapristi !
' GEORGETTE
Vite, vite... entrez, je réponds de tout. (Elle enferme Andoche dans le placard, à droite.)