L'INVITATION AU VOYAGE
IV ^ ON enfant, ma sœur, •*'''*■ Songe à la douceur D'aller là-bas vivre ensemble
CHARLES BAUDMLAntE
Aimer à loisir,
Aimer et mourir Au pays qui te ressemble !
Les soleils mouillés
De ces ciels brouillés Pour mon esprit ont les charmes
Si mystérieux
De tes traîtres yeux, Brillant à travers leurs larmes.
Là, tout n'est qu'ordre et beauté^ Luxe, calme et volupté.
Vois sur ces canaux
Dormir ces vaisseaux Dont l'humeur est vagabonde >
C'est pour assouvir
Ton moindre désir Qu'ils viennent du bout du monde.
Les soleils couchants
Revêtent les champs, Les canaux, la ville entière,
D'hyacinthe et d'or;
Le monde s'endort Dans une chaude lumière.
Là tout n'est qu'ordre et beauté, Luxe, calme et volupté.
(JJInvUaHon au Vqyagt.)
ALFRED DE VIGNY
^N dthner ligs, kmcé à la * nur des mulHUmUs ' pmr Ut nutin dédaigHiusi êifim du poète des Destinées, injure eiu Parnasse VadoraHon de Part ei h dédain stcXque du s$tecès imigaire; un nuage a passé sur le courant^ jadis froid et pur^ révâant ses profondeurs et ses moires —
OOUVENIR étemel! gloire à la découverte
^ Dans l'homme ou la nature égaux en profondeur,
Dans le Juste et le Bien, source à peine entr'ouverte,
Dans l'Art inépuisable, abîme de splendeur !
Qu'importe oubli, morsure, injustice insensée, Glaces et tourbillons de notre traversée t
Sur la pierre des morts croit l'arbre de grandeur.
Cet arbre est le plus beau de la terre promise. C'est votre phare à tous, Penseurs laborieux I
Voguez sans jamais craindre ou les flots ou la brise i^nîr tout trésor scellé du cachet précieux.
L*or pur doit surnager, et sa gloire est certaine ;
Dites en souriant comme ce capitaine :
* Qu'il aborde, si c'est la volonté des dieux I '
Le vrai Dieu, le Dieu fart est le Dieu des idées.
Sur nos fronts où le germe est jeté par le sort, Répandons le savoir en fécondes ondées ;
Puis, recueillant le fruit tel que de Tâme il sort, Tout empreint du parfum des saintes solitudes, Jetons l'œuvre à la mer, la mer des multitudes :
•— Dieu la prendra du doigt pour la conduire au port * * * « * '
{La Bouteille à la Mer.)
ALFRED DE VIGNY
T T ÉLAS ! ai-je pensée malgré ce grand nom d'Homme
^ ^ Que j'ai honte de nous, débiles que nous somme
Comment on doit quitter la vie et tous ses maux.
C'est vous qui le savez, sublimes animaux !
À voir ce que l'on fut sur terre et ce qu'on laisse,
Seul le silence est grand ; tout le reste est faiblesse.
— Ah I je t'ai bien compris, sauvage voyageur,
Et ton dernier regard m'est allé jusqu'au cœur I
Il disait : ' Si tu peux, fais que ton âme arrive,
A force de rester studieuse et pensive,
Jusqu'à ce haut degré de stoTque fierté
Où, naissant dans les bois, j'ai tout d'abord monté.
Gémir, pleurer, crier, est également lâche.
Fais énergiquement ta longue et lourde tâche
Dans la voie où le sort a voulu t'appeler,
Puis après, comme moi, souffre et meurs sans parler.'
{La Mort du Loup.)
T 7IVEZ, firoide Nature, et revivez sans cesse ^ Sur nos pieds, sur nos fronts, puisque c'est votre loi ; Vivez, et dédaignez, si vous êtes déesse,
L'homme, humble passager, qui dut vous être un roi ; Plus que tout votre règne et que ses splendeurs vaines. J'aime la majesté des souffrances humaines ; Vous ne recevrez pas un cri d'amour de moi.
Mais toi, ne veux-tu pas, voyageuse indolente, Rêver sur mon épaule, en y posant ton front t