‹ La lignée des poètes français au XIX siècleChapitre 14 sur 40 · LECONTE DE LISLE · texte numérisé non relu

LECONTE DE LISLE

, Viens du^^^sible seuQ de la maison roulante ^ Voir^eiuc qui sont passés et ceux qui passeront,

^ Tous làstableaux humains qu'un Esprit pur m'apporte S'animeront pour toi quand devant notre porte Les grands pays muets longuement s'étendront.

Nous marcherons ainsi, ne laissant que notre ombre ^ Sur cette terre ingrate où les morts ont passé ;

Nous nous parlerons d'eux à l'heure où tout est sombre,

Où tu te plais à suivre un chemin efiacé, À rêver, appuyée aux branches incertaines, Pleurant, comme Diane au bord de ses fontaines.

Ton amour taciturne et tot^ours menacé.

{La MmsoM du Bergftr,)

T\E cê drapeau du Pamasst, qui daquê encore ''-^ au ventf deux nmUres ouvriers se partagèrent Pauvre: Vun donna à ses pUs la lourdeur noire somptueuse de Porgueû et du dur pessimisme :

T T NE muette ardeur, par effluves épais,

^^ Tombe de l'orbe en flamme où tout rentre et se noie ; Les formes, les couleurs, les parfums et la joie Des choses, la rumeur humaine et le soupir De la mer qui halète et vient de s'assoupir ; Tout se tait. L'univers embrasé se consume.

Et voici, hors du sol qui se gerce et qui fume, Une blanche fourmi qu'attire l'air brûlant ; Puis cent autres, puis mille et mille, et, pullulant

JOSÊrMARIA DE HÊRÉDIA

Toujours, des millioiis eacoro, qui, aans trêve. Vont à faanut de l'homme «baoïbé du» son rêve, Debout contre le tronc du vieil arbre moussu, Et qui s'anéantit dans ce qu'il a conçu.

L'esprit ne sait plus rien des sens ni de soi*mteie.

Et les longues fourmis, traînant leur ventre Uérne,

Ondulent vers leur proie inerte, s*amassant.

Circulant, s'affaissant, s*enflant et bruissant

Comme Tascension d'une écume marine.

Elles couvrent ses pieds, ses cuisses, sa poitrine,

Mordent, rongent la chair, pénètrent par les yeux

Dans la concavité du crftne spacieux.

S'engouffrent dans la bouche ouverte et violette.

Et de ce corps vivant font un roide squelette.

Planté sur THimavat comme un Dieu sur l'autel.

Et qui fut Valmiki, le poète immortel.

Dont l'Aiùe harmonieuse emplit l'ombre où nous sommes

Et ne se taira plus sur les lèvres des hommes.

(^Leconte dk Lislk, Poènus antiques,)

T^ AUTRE ^ œHfttisUulor, seulpia la hampe et -^-^ la planta d^un geste SHperbe et unique sur un pic rude, au coucher du soleil

T^T tous les Conquérants, dans un morne silence, "^-^ Sur le col des chevanz laissant pendre la lance. Ayant considéré mélancoliquement Et le peu qu'ils étaient et ce grand armement,

JOSÊ'MARIA DE HÈRÊDIA

Pâlirent. — Mais Pizarre^ arrachant la bannière

Des mains de Gabriel Roja% d'une Toix fière :

— ' Pour Don Carlos, mon maître, et dans son Nom Royal,

Moi, François Pizano, son serviteur loyal,

En la forme requise et par devant Notaire,

Je prends possession de toute cette terre ;

Et je prétends de plus que si quelque rival

Osait y contredire, à pied comme à cheval.

Je maintiendrai mon droit et laverai l'ii^jure ;

Et par mon saint patron. Don François, je le jure I * —

Et ce disant, d'un bras furieux, dans le sol

Qui frémit, il planta Pétendard espagnol

Dont le vent des hauteurs qui souflBait par ra£des

Tordit superbement les franges triomphales.

Cependant les soldats restaient silencieux, Éblouis par la pompe imposante des deux.

Car derrière eux, vers l'ouest, où sans fin se déroule Sur des sables lointains la Pacifique houle.

En une brume d'or et de pourpre, linceul Rougi du sang d'un Dieu, sombrait l'antique Aïeul De celui qui régnait sur ces tentes sans nombre. En face, la sierra se dressait haute et sombre. Mais quand Tastre royal dans les flots se nojra. D'un seul coup, la montagne entière flamboya De sa base au sommet, et les ombres des Andes, Gagnant Caxamarca, s'allongèrent plus grandes. Et tandis que la nuit, rasant d'abord le sol. De gradins en gradins haussait son large vol»

Page 1