‹ La lignée des poètes français au XIX siècleChapitre 33 sur 40 · DERNIÈRE CHANSON · texte numérisé non relu

DERNIÈRE CHANSON

/K NUIT épanouie !

^-^ Les bras ouverts vers ton baiser qui déifie,

J'ai pleuré d'être seul à t*aimer en silence ;

ô nuit t mon âme tremble ;

Qu'il vienne une âme et nous prierons ensemble ;

On pleure d'être seule à t*aimer en silence . . .

Voilà pourquoi, des jours, des mois, et des années, J'ai marché en chantant dans les foules, menées Par tout le pauvre leurre impur des désirs vils. Mendiant quelque écho pour mes rêves d'avril.

Voilà pourquoi, parmi les babils du printemps, Guettant les cœurs nouveaux et les jeunes moments. J'ai dit, ainsi que d'autres, qu'il est doux De vivre et de prier l'Amour aux cheveux roux Dont l'auréole est comme une chair rayonnée ; Voilà pourquoi j'ai dit, en Theure tantôt sonnée,

'ÂIV

La douceur d'aller deux par un veiner d'enfiuice,

Pour sentir battre en moi les coeurs de ceux qui s*aiment,

Et pour que vive en eux un peu de mes poèmes,

Car on pleure, ainsi seul à f aimer en silence.

Mais tu sais que je sais tonte parole vaine, Que ton silence est la seule voie surhumaine, Et la seule clarté ta ténèbre étoOée Où l'on entend passer les ang^ par volées • . .

Viens, chère, toi la gaieté de tous sourires,

Toi, la douce justice de A^e,

Toi, panacée,

Toi, rayon ou reflet de toute la Pensée,

Ombre du jeune Amour, — le suivant, ou suivie —

Les choses que l'on dit sont futiles, ou pires ;

Toi, tu sais le secret, interdit même aux lyres.

La nuit est sur nous en sa joie ineffiJ>le ;

Nos baisers et l'écho des poèmes — la gloire ! . . .

— La gloire, où nul n'atteint — ne valent la victoire

De dominer son rêve et le taire à jamais • • •

Hélène, ô l'Évoquée en lythmes innommés.

D'entre les saules gris apparais, Rône fière.

Car Voici que se fait muette la prière.

{Les Çygms,)

VIELÊ'GRIFFIN

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