‹ La Ligue a Abbeville, 1576-1594 (volume 2)Chapitre 11 sur 43 · LUI · texte numérisé non relu

LUI

le plus odieux des tyrans (t. II, p. 151). Ce qui est certain et ce qui sort de la prédication, c'est que les ecclésiastiques d'Abbeville prirent l'arquebuse, mais, nous aurions tort de l'oublier, sur l'invitation des échevins. En décembre 1588, l'échevinage les oblige à s'armer et à avoir un corps -de -garde devant Saint-Vulfran. Le VI septembre 1589, il est délibéré que M. le doyen de Saint-VuKran et Me Jehan Cavillon, doyen de chrétienté, « seront requis de faire assembler les gens d'église demeurant en ceste ville pour en arrester le nombre et d'icelluy former une compaingnie armée, etc. » (t. II, pp. 154-155). Ainsi, on le voit, les ecclésiastiques ne prennent pas spontanément les armes comme on l'a quelquefois pensé et écrit (Devérité, Hist. du Ponthieu, t. II, p. 81). Us ne s'organisent en compagnie militaire que sur un ordre de la ville et sous peine d'amende arbitraire (1).

Que faut-il donc penser de la procession grotesque rapportée par Formentin et que je rappellerai d'après lui avec mes précautions ordinaires? Je ne sais; si ce n'est, comme je le dirai (t. il, pp. 2G9 270), que Formentin, en écrivant son récit, se souvenait peutêtre un peu trop de la Satyre Ménippée; et quant aux rires du peuple faisant escorte à cetle procession, nous pouvons déclarer n'en rien croire. Dans les

(1) Quant aux désordres attribués à la milice ecclésiastique. Voyez t. III, pp. 74-75.

temps de passion, l'esprit de raillerie fait défaut, et si la procession eut lieu, le peuple dut la suivre trèssérieusement.

Les cordeliers paraissent avoir été les prédicateurs attitrés de la Ligue chez nous. Ils prêchaient beaucoup d'ailleurs. On les entendait à l'Echevinage en certaines circonstances (t. I, p. 106) ; on les entendait tous les dimanches dans l'église de Sainte-Catherine, — l'église de Sainte-Catherine fut pendant la Ligue un centre d'excitation politique et religieuse. — La ville soignait ces religieux, les abreuvait de bière, leur envoyait de la viande ; l'échevinage dînait chez eux (t. I, pp. 106-110). Tout nous porte à croire que les cordeliers ont été des plus animés pendant la Ligue. Suivant le témoignage même de nos registres, le gardien Raimbert ou Rembert prêchait souvent et dans des circonstances où la politique était évidemment en jeu. On peut juger de l'importance alors, de la vogue des cordeliers, par plusieurs petits traits que je rapporterai aux chapitres : Faits divers. N'oublions pas une circonstance qui laisse deviner leur crédit et le soin que prenaient les chefs de la Ligue de se les maintenir attachés et zélés. Le duc d'Aumale entendait la messe aux Cordeliers quand le maïeur, les échevins, les habitants vinrent lui demander la démolition du château. (Jean Hochart, Catalogue des MaïeursJ.

Aussitôt après la soumission de la ville au roi,

Téchevinage crut nécessaire d'admonester les prédi cateurs « d'eulx comporter modestemeni sans invectiver personne, » — réunion du 16 avril 1593 (t. III, p. 126). Il ne paraît pas qu'ils se soient tous soumis à ce conseil.

Nous aurons à noter l'abstention des minimes dans toutes les processions ou solennités ayant pour objet de se réjuuir de la soumission d'Abbeville au roi (t. III, p. 244 et suivantes).

Nous recueillerons d'abord tout ce qui peut nous édifier sur la résistance et la soumission du clergé (t. III, pp. 155-162) et nous signalerons la prudence de Téchevinage dans les circonstances rappelées. Nous remarquerons que nous n'avons, dans nos registres, trouvé aucune trace des jésuites dénoncés par d'Aubigrié (t. III, pp. 154-155). Par contre, nous trouverons encore, au mois d'août 1595,, preuve de mécontentements exprimés par les curés de Saint- Gilles et de Saint-Paul (t. III, p. 278).

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